CHAPITRE XXX HT
Unité de l'Eglise. — Congrès de Malines. — Accueil fait à M. de Montalembert. — Thèse de l'Eglise libre dans l'Etat libre. — Avènement de la dérnocralie. — Baiifjers de la démocratie. — Benaissance du catholicisme.
Jamais n'a relui avec plus d'éclat que dans notre siècle l'admirable unité de l'Eglise. Les inventions modernes en rendant les communications plus rapides ont facilité les réunions des fidèles enfants de Dieu. Et c'est dans ces réunions, on peut le dire, que les courages s'échauffent, que les espérances se ravivent et que s'attise la flamme d'amour et de dévouement qui anime tous les chrétiens.
La Belgique a la gloire d'avoir inauguré les assemblées générales des catholiques. Sa position entre l'Angleterre, la France et l'Allemagne, et ses institutions politiques la conviaient à prendre cet honneur.
Le premier de ses congrès s'ouvrit le 18 août 1863.
Des catholiques éminents accoururent de toutes les parties de l'Univers. On y comptait des évêques en grand nombre, plus de mille prêtres et environ trois mille laïques.
La France y envoya une phalange de ses plus nobles enfants. A leur tète était M. de Montalembert.
« C'est à la Moijiitjue ([ue M.tle MonlaltMiibort doit l'ins- [liralion ilo ^cs travaux; c'est à elle (lu'il iluil sa devise, lu liberté comme en BeUfique. d'est à elle ([u'il di.it le bonheur de son foyer doniestiijne el riiérédité dans sa maison des grands exemples et des grands sacrifices. »
De son côté, durant sa vie parlementaire, il n'a cessé d'èlre le zélé défenseur do la Belgique et l'un de ses plus fermes appuis. 11 a pris intrépidement sa défense chaque fois qu'elle a été menacée. Il y a donc entre ce noble pays et l'illustre chef du parti catholique, des ra[)ports d'estime et d'amitié, que le temps et les circonstances n'ont fait que rendre plus étroits.
Aussi fut-il accueilli avec un véritable et sincère enthousiasme et dut-il, pour arriver à la tribune, traverser les applaudissements et les acclamations de toute rassemblée.
Ses auditeurs n'ont point oublié son spirituel (l.'!)ut ;
« Après l'accueil, dit-il en commençant, qui m'a été fait, et les élocjuentes allocutions que vous avez déjà entendues, je suis vraiment confus de ne vous apporter ({u'un discours écrit, mais douze années de silence m'ont fait perdre l'habitude de la parole. Je ne sais plus que lire, et lire assis comme à l'Académie française. Vous me pardonnerez, j'espèie, de vous traiter comme l'Acad^'inie. (Sourires.) »
La thèse qu'il développa est celle-ci :
L'avènement de la démocratie est certain et son triomphe est prochain. Si les catholiques veulent sincèrement accepter l'esprit moderne, cet esprit moderne deviendra pour eux un auxiliaire puissant. I*>n outre, la liberté des cultes, qu'on doit accepter et proclamer partout, la fera dans l'avenir, le passé en est garant, marcher avec lapidité de progrès en progi'ès.
" Quant à moi, je ne suis pas démocrate ; mais je suis encore moins absolutiste. Je tâche surtout de n'être pa.s
aveiijïlo. Plein de déférence et d'amour pour le passé, en ce qu'il avait de grand et de bon, je ne méconnais pas le présent, et je cherche à étudier l'avenir. Je regarde donc devant moi, et je ne vois partout que la démocratie. Je vois ce déluge monter, monter toujours, tout atteindre et tout recouvrir. Je m'en eftVayerais volontiers comme homme ; je ne m'en effraye pas comme chrétien ; car, en même temps que le déluge je vois l'arche. {Longs applaudissements.) Sur cet immense océan de la démocratie, avec ses abîmes, ses tourbillons, ses écueils, ses calmes plats et ses ouragans, l'Eglise seule peut s'aventurer sans défiance et sans peur. Elle seule n'y sera pas engloutie. Elle seule a la boussole qui ne varie point, et le pilote qui ne fait jamais défaut. >^ [i)
Il convient des dangers de la démocratie et il les énumère avec éloquence :
» Le premier de tous est cet esprit révolutionnaire qui n'est pas de l'essence de la démocratie, mais qui, presque partout, se confond avec elle ; cet esprit plus fatal mille fois à la liberté, dont il empoisonne les sources, qu'à l'autorité, dont il ne subit que trop volontiers le joug en échange d'une pâture quelconque jetée à ses instincts destructeurs. {Adhésion.) C est lui qui, par les terreurs qu'il inspire comme par les appétits qu'il excite, est le principal auteur de tous les abaissements de la vie publique de notre temps. {Nouvelle adhésion.) C'est lui qui condamne la démocratie à se déshonorer en abdiquant et en se personnifiant tantôt dans un César, tantôt dans une Convention.
» Là même où la démocratie n'aboutit pas au césarisme, elle est toujours exposée, en Europe comme en Amérique, à être dissoute et broyée par le niveau égalitaire. Il ne s'agit pas de cette égalité raisonnable et légitime qui n'est que l'équité naturelle appliquée aux institutions sociales.
(1) L'Eglise libre dans TEiat libre, page 14.
mais do cetto i^j^lit»'' brutale (jui, on proscrivant tonte in- <l<''pon<laiuo ol toiit»^ divorsitt-, iiiiH-oiniait à la ^oi^? la proiiiiôro loi ilo la uaturo ol la proniière condition ii<' la liberté; qui poursuit le Uilent et rinlcllifîence connue les richesses et la nai'^snnce; ([ui dit avec Fouquier-Tinvillo à I-avoisior : h La Hépul)lit[ue n'a pas besoin de savants ! » et avec M. Louis Blanc, au Luxembourg, en 1848 : << I^ supériorité d'intelligence ne constitue pas plus un droit que la supériorité musculaire. ■> Là où elle règne, et elle aspire à régner partout, l'appauvrissement fl le sommeil de l'esprit humain sviivcnt de près l'asservissement des cœurs. L'inviolable toute- puissance de la méiliocrité propage et fomente une défiance haineuse contre tout ce qui s'élève ou se redresse. Toute pensée libre et virile est mise au ban de l'universelle platitude. Toute dignité personnelle devient suspecte ; toute résistance locale ou individuelle, impossible. Le droit est éloufVi'' pai' la force, comme la (jualité par la quantité. Les inégalités naturelles et légitimes n(-e^ du travail et du mérite sont sacrifiées aux passions et aux préjugés de la loule. Le talent, l'éloquence, la vertu, la justice sont noyés .sous las flots de ces masses aveugles et muettes, irresponsables pt inviolal)les, que nid châtiment n'atteint, que nidle le-
■ une corrige, mais que d'indignes meneurs égarent et liorninent trop souvent, poui' les conduire, à travers les saturnales de l'émoite, aux honteu.'jcs douceurs de la .servitude. L'individu, lé citoyen isolé, demeure dépouillé «le toute garantie comme de toute initiative; et la propriété n'est pas moins menacée, pas moins dépréciée cjue l'individu. J)ei-nier abii du privilège, dernier et inconlestalde •<igne de l'inégalité, et d'une inégalité cho(p.iante entre toutes, elle .se voit assimilée à l'aristocratie de nais:;,nce. L'héritage rencontre déjii les mêmes objections que l'héi«'dité. Minée chacpie j»»ur par les envahissements de
' xpropriation appliquée, non plus à la nécessité ou
mémo à l'utilité publique, mais à la convenanco ou à la lanlaisie des agents de l'Etat, l'inviolabilité do la propriété risque d'être bientôt reléguée parmi les préjugés gothiques et les obstacles impuissants (jue le progrès écrase en passant.
» Ces symptômes du maldonttousles peuples modernes sont atteints, éclatent surtout dans les progrès constants et quotidiens de la centralisation, inventée par les princes pour faciliter le triomphe de toutes les révolutions, et qui, après avoir été le tombeau de la royauté du vieux droit, menace de devenir la prison, l'ergastule de la démocratie moderne. Cette centralisation insensée commence heureusement à devenir suspecte aux démocrates intelligents et indépendants ; mais nulle part (depuis nos efforts trop rapides et trop timides à l'Assemblée législative de 1849) on n'a songé à lui opposer une digue sérieuse.
» Elle continue partout à armer l'État d'une puissance que ne soupçonnaient pas nos aïeux ; qui envahit des régions, telles que l'enseignement et la charité, où son action avait toujours été inconnue chez les peuples anciens ; qui s'exerce surtout par la distribution exclusive de ces fonctions publiques, dont le nombre s'accroît san;^~ cesse et dont l'ardente curée enflamme toutes les classes. Cette passion universelle et furibonde des places fait de la société une proie dont vivent des générations entières de parasites, en attendant que d'autres générations de solliciteurs affamés aient réussi à les remplacer par des miracles de servilité ou par la marée montante d'une révolution. Cette lèpre sociale se reproduit dans toute l'Europe avec une régularité effrayante. Il en est de même de cette assimilation qui s'opère entre les législations et les institutions de tous les pays, sur l'échantillon de la centralisation française. Elle prépare l'avènement d'une sorte de cosmopolitisme nouveau qui finira par tuer la notion (]o la patrie en même temps que le sentiment de la dignité
iiiilivulttolie. i/Kuro[)o maiilu» ;iii\-<i par loutcs les voios ;i ce hideux réj;ime de reinpirc romain, sorti, lui aussi, des lianes d'une démorralie corrompue, et <[ui trouve de nos jours, eliez nos savants otliciels, chez nos h^llrésdecour et même cliez c^rtainsprofesseurs alleman(is(l), de si ellmnlé.s panéi^Aiisles. Napoléon I^"" a déjà montré à THurope i-onlinentale qu'il n'était pas impossible de courber les nations les plus civilisées sous le jouj; d'une universelle humiliation. Les lois et les mieurs des l^taLs centralisés et déuiocratisés à l'excès abaisseront désormais devant la conquête les barrières et les obstacles dont ne sut pas toujours venir à bout ce grand homme de proie. Me sera-t-il permis d'ajouter que les progrès de la centralisation ne in'alarmenl nulle part plus qu'en Belgique ? Et si, en échange de la gracieuse et cordiale hosjiitalité ({ui nous est offerte ici, j'osais hasarder un conseil d'ami, je dirais aux Belges de tous les partis : « Résistez à outrance aux envahissements de la bureaucratie et de la centralisation. Uésistez, non-seulement par amour pour vos libertés po litiques et religieuses, mais encore dans l'intérêt de votre nationalité si chère à tous les cœurs vraiment libéraux. Ne votez pas d'avance dans vos lois l'annexion que répudient votre patriotisme et votre bonheur. » {Applaudissements unanimes).
)) Celles mêmes d'entre les nations qui échapperaient pai leur grandeur matérielle à la honte d'une absorption sympathique demeurent, tant que la démocratie n'aura pas trouvé son assiette morale, exposées à toutes les humiliations que comportent l'égalité .sans la liberté et une civilisation raflinée sans vitalité politique. Elles ri.squeront longtemps de voir les jalousies de l'égalité aboutir à une sénilité croissante; les ontiainemenls étourdis de la foule.se résoudre en des paniques et des lélhargie.s ridi-
rl) Au premier rang liesquels il faut signa'er MM. Mommscn et Urovfen.
cules; le niveau dcfi caiv.clères «'abai:?ser eu luèiiie leiiips ([VIO celui des capacités ; la réalité de la vie pul)li([ue remplacée par de vains simulacres; le droit de chacun asservi à la volonté de tous; la vie politique immolée à l'amour du repos, au besoin d'une ^sécurité épliémère; la révolution évoquée tantôt comme un épouvantail, tantôt comme
une complice, pour enchaîner la liberté publique
enfin la dictature exercée au nom de la multitude déclarée souveraine, et payant de sa liberté la rançon de sa souveraineté dérisoire ; maîtresse pendant un jour, esclave le lendemain et pour des siècles.
» Voilà pour la vie politique, ^lais dans la vie morale, dans la vie de l'âme, que de périls plus graves encore dans l'état social que les usurpations monarchiques des trois derniers siècles ont légué à la démocratie ! La passion universelle et exclusive du bien-être ;la disparition du frein de l'honneur car la foule, disait Machiavel, n'est pas tenue d'avoir de l'honneur ; la folle confiance de l'orgueil humain, l'infatuation de l'utopie, le culte dépravé du succès immoral, l'humilité chrétienne remplacée parla servilité, d'incessantes et formidables tentations dans tous les domaines de la pensée et de l'action; la vogue d'une publicité sans bornes, acquise à tout ce qui attaque le dogme et la morale chrétienne . l'effrayante popularité d'écrivains sans pudeur et sans foi, si bien qualifiés par M. Guizot de malfaiteurs intellectuels {Mouvement d'adhésion) ; le théâtre transformé, sous la protection de la police, en laboratoire d'insultes et de calomnies contre nous ; l'histoire indignement falsifiée^ transfoi'mée tantôt en réceptable d'immondices, tantôt en réhabilitation systématique des persécuteurs et des bourreaux, depuisHenri VIII jusqu'à Robespierre ; le roman devenu, non plus seulement, comme autrefois, le pourvoyeur du sensualisme, mais encore le prédicateur de la théologie du mal et l'anatomiste des difformités sociales {Nouvelle adhésion) ; l'éducation
• le uo.s onlaiils, irllo niiMiiu do nus lillcs, i onvdilt'c. dis- \nûèo par la main insaliahlo de inonopctlours incii''diil(\< 4111, sous 11' nom cl les couleurs Ao l'Klat. nous les arrathoraient pour los l'ulermcr dans des prisons inUdhnluelles elles y l'etcnir jusqu'à ce que la trace des crovancos <loniesliques soit ohlitéréo de leurs âmes; la lelii^ioii, endn, viclinie de rindillerence des masses, de Tacliarn»^menl des leltré>5, de la défiance 011 de Thosiilito du pouvoir, en altendan). ((ue la vraie théorie puisse devenir applicable. l'A celle Ihéorie, la voici, exposée à treize ans de distance par deux apôtres qu'il convient de louer au moins de leur franchise. En novembre 1849, un re|)ré sentant du peuple, alors as.?ez notoire, M. Félix Pyal, disait, dans une lettre publique aux électeurs : « Lu Uépubli»jue a les deux pouvoirs, les deux glaives, car elle procède de la souveraineté du peuple, el le peuple esl souverain spirituel comme il est souverain temporel. Plus de tiare ni de couionue. Le peuple est pape comme il est loi »
» Et l'an dernier ici même, en lielgiquc, à Bruxelles, au congrès do l'Association internationale pour le progrès des sciences sociales, un démocrate français a dit : a Non, Messieurs, nous ne votdons pas des doux glaives, nous n'en voulons qu'un; mais nous voulons l'avoii- dans la main. » [Sensalioit prolongée.) (1)
Ari-ivant à la liberté des cultes, M. de Montalendiert letrace en termes magnifiques, poi'r lui en attribueil'honneur, le tableau de la renaissance du catholicisme au XIX siècle.
<' Des papes, depuis hjugtenqis iiié|)rochabl<,'s, qui oui fait disparaître sans retour la plaie du népolism<', et rpij, rnlourés des honuuages passionnés d'une Eglise [dus unie i.'l plus soumise (jue jamais, la gouvernent avec une autorité plus incontestée à coup sur que celle do leurs plus ce-
(1) L'Eglibc libre dans l'étal libre, 1*^' discours, page 41.
lèbres prédécesseurs; des papes comme t'es trois du même nom, Pie VI, Pie VII, Pie IX, tous les trois destinés a connaitre les plus cuisantes amertumes de l'exil, de la persécution et l'ingratitude humaine, mais destinés aussi à donner au monde les plus magnifiques exemples de patience, de courage, d'invincible grandeur d'âme, et à Caire rayonner dans l'histoire le nom de Pie. du même éclat que celui des Grégoire et des Innocent ! {Explosion (C applaudissements) ; des évèques, eux aussi irréprochables dans leurs mœurs, irréprochables dans leur doctrine, inébranlables dans leur résistance à toutes les tyrannies du mal, souvent dépouillés, souvent persécutés, souvent exilés, souvent prisonniers, jamais prévaricateurs {Nouveaux applaudissements) ; jamais et nulle part complices des adversaires de l'Eglise, mais partout unis au Père connnun des fidèles, à PEvêque des évèques, comme l'épiscopat ne l'avait encore jamais été, pas rnème dans les plus beaux temps de l'F.glise; de plus, unis entre eux, amenés les uns et les autres des extrémités du monde, pour se confondre et se grouper autour de leur Chef dans une acclamation unanime, comme on l'a vu à propos de rimmaculée Conception et de l'adresse relative au pouvoir temporel des papes ! {Adhésion générale) ; un clergé exemplaire, plus exemplaire, je ne crains pas de le dire, en France et en Belgique du moins, (fu'il ne l'a été à aucune époque de l'histoire, plus pur, plus incorruptible, plus dévoué à ses devoirs, à la cidture des âmes ; donnant chaque jour ces exemples de charité, de courage, de dévoûment, de modestie, d'abnégation, d'énergie, qui en font les véritables héros de la vie moderne ! {Nouvelle adhésion) ; enfin, des ordres religieux d'hommes et de femmes sortant chaque jour des lugubres ruines du passé et de la poussière stérile du présent; dégagés de tous les abus dont la rouille les avait longtenqis infectés sous l'ancien iéi:ime ; semant au milieu de nos orages révolution-
n;iii'os, de iiotri" »ivili<,(tioii iiinléiit>ll<', de noUi» liixc efTréné,(los prodi^v>j iTactivilo ■iii>r;ili\ ilo nioililicalionjlo ilévoninent, formant des roiiimunaiitos incoinparaMoiiionl plus réguliJTt^s. plus austères (praiitrelois, el (pielipietnis non moins nombreuses (1). [Bravo! Tri's-hicn ! C/est cela !) Cela est vrai surtout do ces lé^nons de lilles liéroïi|ues, arrachées par le seul elVort de leur voloidé (]o nos lianes et de nos cœurs ensanglantés^ immolées d<'< le matin de leur vie sur l'autel de l'amour de Dieu et du prochain, renouvelant clia<[ue jour, avec une simplicit-'sublime, le sacrifice de la croix, et y puisant l,i force de pourvoir, sous mille formes diverses, sous mille noms anciens et nouveaux, à réd\u\ation, à l'aumône, au soin des malades, au repentir, à toutes les nécessités et à toutes les souflVances. Ah ! oui ! la renaissance des ordres religieux <le notre temps, après l'ouragan révolutionnaire, malgré une impopidarité séculaire, malgré des préjugés sauvages, malgré les dénonciations quotidiennes de la presse intolérante, malgré les entraves et les recrudescences fanatiques d'une législation rétrograde, cette renaissance sera une des merveilles de l'histoire.
» J'en dis autiint, el à plus forte raison, de la renaissance ilu catholicisme tout entier depuis la Révolution française. (Jn sait «pie, en plus d'ini endroit (l), pendant les sacrilèges ébats de cette révolution, on vit des misérahlf'^, aj rès avoir souillé et volé les vases sacrés, les châsses el les ornements sacenlo'aux, violé les tombeaux, brûlé lt'< saintes reliques sur le pavé des églises profanées, on les vit miuitf r dans la chaire de véiité et y défier le Dieu vivant df faii'o im mii'ado pour sauver les débris de son ciillc et prouver S(ni existence. Kli bii-ii ! <■<• mir.Hlc. il est fait frivuiffiulr. aditrsinti): il <;st quotidien, il ost uni- MTsel. Pas plus ipie sur le (/ilvaire. Dieu n'a répondu ;i la sonnnation d<,' -(.'s boinncaux ; Sulni ti'inrl iiisniu : si
(1) NiildiiiiiiLMit l'a l'omis cl 5 Be!>aiii;on.
Filius Dei es, descende de cruce. Mais à t^on jour il a \ms S3ire\'ànche. (Appl'Didissemenlti). Oui, encore une fois, la renaissance de l'Eglise tout entière, du sentiment et de la doctrine catholiques, de l'autorité et de la discipline ecclésiastiques, de la papauté, plus vénérée et mieux écoutée que jamais, de toute la liiérarchie divine, de tant de chères et saintes communautés ; cette renaissance universelle et complète, après les échafauds de la Terreur, après les violences de Napoléon, après les trahisons et les défections de tant de peuples et de tant de rois, en présence de l'effrayante propagation du mensonge et du mal, cette renaissance, dont nous sommes témoins, est un miracle, et il n'y en a pas eu de plus grand dans la mémoire des hommes. {Lomfue cl vive adhésion).
))Que d'autres motifs de confiance dans les victoires luo- . raies et intellectuelles de la doctrine chrétienne, depuis le commencement de notre siècle! Et ces victoires, elles sont toutes dues uniquement à la force intrinsèque de la vérité, qu'aucune force extérieure, aucun César orthodoxe, aucun bras de chair n'est venu défendre ou venger. Tout a été tenté, non plus seulement contre tel boulevard extérieur, tel retranchement démantelé, mais contre le centre, la citadelle, le cœur de la cité chrétienne, contre le dogme, contre l'Ecriture sainte, contre l'Evangile, contre Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu {Mouvement), et rien n'y a fait. Des trombes ont surgi sur l'océan de l'impiété qui nous entoure, et .sont venues fondre avec un bruit formidable sur le navire sacré. Puis tout est retombé et s'est évanoui comme une pluie d'orage. Quand j'étais petit garçon, on faisait grand tapage du zodiaque de Denderah, a[)porté d'Egypte tout exprès pour démolir à jamais la chronologie et la cosmogonie mo.saïques. Qui donc en parle aujourd'hui? {Hilarité.) Puis c'a été le tour du docteur Stiauss, (pii avait savamment relégué la personne de Notre-Seigneur Jésu.s-
— Vil» —
Clin>i ilaiis lu luylliolo^iL' ; r.Vlloiua^iH.- iiirn-lnlc eu Ircssaillait. d'allonivs^)', et la Franco inciviliilc admiiiiil sur paroio. Vin'^t, trente aii'^ se passent; el voici que raulro JDurle prim-ipal orpine du rationalisMic anlielirélieii vient nous (lire Iranquillement « que le fameux livre de Strauss est considéré p:énéialenienl anieunlMiui eoninie une tentative nianquée (1). ^) ( S'niivrtlr hilarité.)
» Soyez sûrs (ju'il ne se ])assera pa^^ un si lonii temps avant (juc le même arrêt soit porté sin- ce romancier satriléjre (Ai'pJaudi :!irinr)its\ sur ce protéjïé <le César, qui vient de récrire l'KvaULiile à la façon do son érmlilion frelatée ; qui nous a tous persomiellement oulrajiés en outrageant la [»ers<)nne divine île notre Jésus (App/audissenients yjro/ojj'/és) ; qui le Iran^formo en cliannaut imposteur, en jeune démocrate, en couinuDii^ili' (/é/<- (•(f/ ('2): (pii a trouvé ainsi moyen de faire do l'éloiio la forme la plus répui^nante du blasphème ; qui plaide les circonstances atténuantes pour Judas, et qui trouve qu'i/ '/ a poxr (a sincérité phi-^'i^urs mesures (3), ce qni donne la mesure de la sienne. (Longue Jtilmité et bravos unanitnes.) Soyez sûrs que ce nouveau docteur qui essaie, en portant la main sur li divinité de Jésus crucillé, de tarir la source unique du dévoùment, d»^ l'onseij^nement, <le la charité, de la piété et de la verlti chrétienne ; soyez sûrs qu'il ne f,'ardera pas mémo sa notoriété actuelle, et qu'il ira s'enfoncer, comme tous les autres ennemis de lésus-ClnisI, dans le néant qu'il nous prêche. » (4) Kn terminant il lit cette déclaration qui résume les
•nliments de sa vie entièi'e.
M Je ne saurais terminer un discours où j'ai touché, sur
• ut de points, à diîs matières relij^icuses d'une nature si
(1) Revue de» I)i-uj:Monde<, du l"' niui lSr>:j, |i. llo.
(2) l'.cnan, \'ii' >lr Ji'sua, p. iG8, 1"".
(3) Kenaii, Kie Je Ji'su*, p. 25S.
' '•) L'\Lji,\\ic liljrc iJaiis l'iàal liljre, (Jouxiôino discinirij. [lo'jm l(iO.
(lélif^ale. sans rein[»lii' mon devoir de calliulique en soiiiiietlant toutes mes expressions comme toutes mes opinions à l'infaillible autorité de l'Eglise {Assentiment.) Après (|uoi je dirai avec ^I. de Maistre : ()uand même ma respectueuse voix s'élèverait jusqu'à ces hautes régions où les erreurs prolongées peuvent avoir de si funestes suites, elle ne saurait y être prise pour celle de l'audace ou de l'imprudence. Dieu donne à la franchise, à la fidélité, à la droiture, un accent qui ne peut être ni contrefait ni méconnu. (Acclamât lo]i:< prolongées pendant plusieurs minutes.) »
M. A. Deschamp, ministi'e d'Etat, portant un toast aux catholiques étrangers , appréciait ainsi le discours de M. de Montalembert.
(( Et le comte de Montalembert ! qu'en dirai-je poni' ne pas rester trop au-dessous de votre pensée et de votre admiration? Quand cet athlète de la cause catholique nous est arrivé, malade, fatigué, risquant sa précieuse santé pour parler au monde catholique du haut de cette tribune que la Belgique lui ouvrait au moment où la France ingrfle lui fermait la sienne; quand nous l'avons vu souffrant, se préparant à lire assis un discours écrit, puis parlant comme à l'Académie française, selon sa spirituelle expression ; oh ! nous étions bien sûrs d'applaudir l'écrivain, mais on pouvait craindre de ne pas j)Ouvoir applaudir au môme degré l'orateur. Vous savez Messieurs, combien on s'était trompé ; nous avons assisté à un véritable miracle d'éloquence humaine, en voyant Villustre orateur tenir une assemblée de près de quatre mille personnes subjuguée pendant quatre heures sous sa parole pénétrante, élevée, puissante, et lui arrachant des mouvements enthousiastes et de frénétiques applaudissements.
Ce discours est un événement qui retentira longtemps dans le monde politique et religieux ; mais c'est surtout
— 4:îI —
eu Rel^qiio ([iril doit roteulir. M. lo comte de iMontnlembert noii«; a dit ((u'il avait i-onç-u son discours au ]iiod lie la colonne de notre loi. En ell'et, ces pap;es éloquentes ne sont qu'un nia;iniliqiie comnienlairt» de la Constitution belge.
» Je vous déclare, Messieurs, (jue je nie promets bien, loi'sque je remonterai à la tribune de mon pays, d'y porter en mains le discours de mon illustre ami. .le dirai à nos adversaires : voilà un programme démocratique et libéral ; nous le signons ; osez-vous le signer ? » (1)
(1) Assemblée gi'ii'/rale des cn//(o/(Vj«es en Belgique, tome I, p 453.