‹ M. de MontyonChapitre 2 sur 33 · Saint-Simon^ Ménioirrx. édit. Cliéruel, t. H · texte numérisé non relu

Saint-Simon^ Ménioirrx. édit. Cliéruel, t. H

qualité qui étaient marquis ou comtes avaient le ridicule d'être blessés qu'on leur donnât ce titre en parlant. »

Pour rester dans cet ordre d'idées, il me faut rechercher quelle était l'extraction de M. de Montyon.

Il appartenait à la race de ces grands bourgeois parisiens, que notre époque confond si facilement avec les*nobles d'extraction, parce que les appellations sont les mêmes ; mais l'origine est différente. La noblesse de race remonte aux temps héroïques du moyen âge et de ses fondateurs ; on peut dire avec le poète : « ce furent des soldats heureux, » rien de plus. C'est au contraire par l'industrie, par le talent, par les services rendus à l'État que s'établit peu à peu cette autre noblesse que nous confondons aujourd'hui avec la noblesse de race. Cette noblesse d'origine très bourgeoise a souvent son point de départ au pilier des halles , mais la royauté l'oppose avec succès à la noblesse de race turbulente et vaine qui, après s'être fait redouter de nos rois, n'était plus pour eux depuis Richelieu que l'ornement de leurs palais. A la vieille noblesse d'épée les grandes charges de la cour, mais aux bourgeoisies grandes charges de l'État.

En recherchant le point do départ de la famiUo Auget, dont M. de Montyon fut le dernier comme le plus illustre représentant, je n'ai pas eu seulement pour but le plaisir, un peu vain, de parcourir un chemin inexploré jusqu'alors, mais aussi de voir quels gens étaient les ancêtres du philanthrope, quelles alliances ils avaient contractées, quelle contenance ils avaient eue dans les siècles passés. La médecine affirme que certaines maladies sont héréditaires. Le tempérament moral, intellectuel ne se transmet-il pas aussi ? 11 faut plusieurs siècles et des conditions climatériques favorables pour amener le plein développement des chênes de nos forêts ; ne faut-il pas aussi plusieurs générations d'êtres intelligents pour former une intelligence supérieure ?

M. de Montyon appartenait à une famille de magistrature '. Sa famille n'était point de celles qui avaient quitté l'épée pour la robe, comme les de Harlay, les d'Argenson, les de Mesmes d'Avaux, les Talon, les de Brosse, les de Forbin ; non point même de celles moins illustres^ mais fort anciennes , comme les Anjorrant , les Le

1. La Chesnave-Desbois, Didionnaire de la )wblesse. Paris, 1770-178'!.

Boulanger, les Brissoii, les Nicolai,les de Thou, les Pliélypcaux, les Montbolon ; non })oiut encore de celles, comme les Pasquier, les Bignon, les Lamoignon, les d'Ormesson , les Mole, les de Pommereu, les d'Aguesseau, qui, pour ne point remonter aussi haut, méritent cependant un rang à part. Il descendait dîme famille plus modeste, mais en possession cependant, depuis trois générations , de charges importantes.

Les Auget portaient d'argent à une fasce de gueules, accompagnée de trois têtes d'aigle de sable, arrachées et languées do gueules, posées deux en chef et l'autre à la pointe de l'écu ',

Paul Auget, seigneur de Souffroy, gentilhomme ordinaire de la chamljre du roi , est le plus ancien membre de cette famille dont le nom soit parvenu jusqu'à nous. Il avait épousé Marie Le Camus et était qualifié d'écuyer. Il remplissait en 1655 les fonctions de surintendant de la musique du roi ^ C'est

i. D'IIozier, Annorial gênerai de la France, l" registre, p. 38.

2. Un contrat d'échange (I600) d'iuie maison rue Saiut- Honorô porte : Était présent noble homme Paul Auget, surintendant de la musique du roi. yVrchives nationales, Emigrés et co«(/aw?it%^ papiers séquestrés, t. IV, 1, 2.

LA. lAMILLE 7

ramère-gTaiid-[)ùre de M. de Moutyoïi. Son grand-père, fils de ce seigneur de Souffroy et de Marie Le Camus , se nommait Jean Auget et s'intitulait seigneur de lloissy. Il exerçait les fonctions de doyen et de président des trésoriers de France en la généralité de Paris, qualiflcation pompeuse, dont l'ancien régime n'était point avare, mais qui dans l'espèce désignait cependant des fonctions de quelque importance. Jean Auget présidait le bureau de finances, chargé de la répartition des impôts et de la surveillance des employés d'un rang inférieur. Ce bureau avait également la juridiction en matière d'impôts, mais avec appel au Parlement de Paris, auquel il ressortissait. Il ne faut donc pas confondre les fonctions exercées par Jean Auget avec celles de ces hauts justiciers du Parlement de Paris, que les prétentions des trésoriers des finances faisaient sourire. Jean Auget était le descendant d'une de ces maisons bourgeoises qui s'élevaient peu à ])eu, dont le commerce était le point de départ , qui passaient ensuite par les finances pour arriver au Parlement, dont les fils contractaient de belles alliances, entraient au service du roi et parvenaient même à la dignité de maréchal de France,

comme M. do Nicolaï, ou à la dignité du duc cL pair, comme M. Potier.

Jean Auget de Boissy ^ avait épousé Louise- Geneviève Gousinet, fille de Nicolas Gousinet, correcteur des comptes à Paris. C'était là une belle et bonne alliance, qui avait facilité à Auget de Boissy l'entrée dans la société un peu fermée du Parlement de Paris auquel appartenait son beau-père.

En effet, comme correcteur des comptes, Gousinet faisaitpartie de cette Gourdescomptes, presque aussi illustre que le Parlement proprement dit. Il prenait place au-dessous des maîtres des comptes qui prononçaient les jugements, mais au-dessus des auditeurs. Riche par lui-même, riche par sa femme, Auget de Boissy accrut encore sa fortune patrimoniale par une administration prudente et habile. G'est lui qui acheta en 1709 la terre de Montyon à Marie-Anne Ghevalier, épouse de messire Guillaume Aguenin Leduc, seigneur de Yillevaudé; il la paya la somme de 64 000 livres -. Dix ans après, il achetait encore une autre ferme à Mme Marie-Anne

d. Archives départementales de Seine-et-I\Iarnc, série E, 66.

— D'Uozier, Ai-morial général de la France, \." registre, p. 38.

2. Arcliives dép.irteiiipntales de Seiiie-cl-Marue, série E, 66.

Colbci't, marquise de Monsaulnin '. Auget de Boissy est le premier de sa famille qui porta le nom de Montyon. Il vécut jusqu'à un Age avancé. Une des préoccupations constantes de sa vie fut d'accroître sa terre. Il plaçait volontiers ses économies en biens-fonds. Nous le voyons dans les dernières années de son existence, alors que son état de santé ne lui permettait mémo plus de venir à Montyon, passer procuration à sa femme à l'effet d'arrondir cette terre de Montyon, qui, entre ses mains, avait pris une étendue qu'elle n'avait pas lorsqu'il l'avait achetée.

Jean Auget eut pour fils Jean-Baptiste-Robert Auget, qui s'intitule chevalier, baron de Montyon et seigneur de Ghambry. Il est conseiller du roi et maître en la Chambre des comptes. L'influence de sa famille maternelle n'avait sans doute pas peu contribué à lui faire obtenir cette situation, qui était à coup sur considérable, puisqu'elle le rendait, comme membre d'une cour souveraine, l'égal d'un conseiller au rarlcment. Cette situation était en outre fort lucrative, tandis qu'au dire de Tavocat Barbier - les

1. Archives (K'parlriiK'iilulcs de Seiue-el-Maruc, série E, 67. ■2. lîarhier. Journal, tome HI.

charges do conseillers au Parlement ra|ii)ortaient peu et qu'on n'y gagnait quelque chose qu'après vingt ans de service dans les chambres. Aussi beaucoup de jeunes gens se jetaient dans les emplois de finances.

Un conseiller aux enquêtes, en travaillant beaucoup et avec peine, pouvait gagner 3000 livres par an, un conseiller en la grand'chambre de 7 à 8000 livres. L'engouement pour les emplois purement judiciaires devint moins vif , et l'on rechercha avec empressement les emplois touchant à la finance. Robert Auget de Montyon épousa on premières noces Gatherine- Marie-Françoise Surici, fille du seigneur de Saint- Remy, et en secondes noces Marie-Anne Pajot du Bouchot, fille de Henri du Bouchot, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances, et d'Anne Geoffroi de Goeffi.

La famille Pajot ' était ancienne et avait contracté do grandes alliances; ainsi au xvi" siècle Glaudo Pajot avait épousé Jean de Biencourt, seigneur de Potrincourt, gouverneur de Mérysur-Seine, et au xvii'" siècle Marie-Anne Pajot, l'une des plus jolies femmes de son époque, avait

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