Le P.'-re Anselme, X, 274 A; VI, 463 C; II, 107 E
épousé Armand de Madaillan de L'Esparre, maiquisde Lassay, célèbre par ses duels, sabravoure et ses aventures galantes. Il n'avait tenu qu'à elle d'épouser un beaucoup plus grand personnage encore, le duc de Lorraine. Ce prince, tombé éperdument amoureux de Mlle Pajot, était décidé à résigner ses Etats afin d'obtenir le consentement du roi, qui, à cette condition, autorisait le mariage. Mais la jeune fille refusa un tel sacrifice. On raconte que Racine, qui l'avait connue cbez le prince de Gonti, pensa à elle lorsqu'il fit sa tragédie de Bérénice.
La belle marquise de Lassay mourut jeune, et soq époux lui survécut de longues années. Une princesse de sang royal, Mme la duchesse de Bourbon, fixa ensuite et définitivement le cœur un peu volage du célèbre marquis. C'est d'après ses conseils que la duchesse de Bourbon abandonna le vieil hôtel de Coudé pour faire bâtir sur les bords de la Seine le palais Bourbon. M. (\(}. Lassay se fit construire, tout à côté, le charmant hôtel devenu depuis la résidence du président de la (Uiambre des députés.
La grande illustration de la famille était ce François Pajot^ seigneur de Monsault et Bethencourt, qui, reçu conseiller au Parlement le 1"
aoùl 1549j fui ambassadeur en Suisse et mourut conseiller en la grand'chambre du Parlement'. Mme Auget de Montyon descendait directement de François Pajot, à la fois grand magistrat et grand diplomate. Par EtiennetteLe Cocq, femme de François Pajot, elle se rattachait au cardinal de La Balue, Pastucicux ministre de Louis XI, qu'un contemporain qualifie d' « homme de gentil esprit et de grandes lettres )>, et à ce fameux Robert Le Cocq, évêque de Laon, qui fut Pami d'Etienne Marcel et l'un des plus fins politiques de son siècle.
Robert Auget de Montyon mourut jeune. Il eut de son premier mariage Mme de Fourqueux, .dont le mari, Bouvard de Fourqueux, conseiller en la grand'chambre , fut un des ministres d'Etat du roi Louis" XVI. Marie- Anne Pajot, sa seconde femme, fut la mère d'Antoine- Jean- Baptiste-Robert , le fameux philanthrope, qui était encore mineur lorsque son père mourut.
Suivant Phabitude du temps, Auget de Montyon avantagea beaucoup son fils et l'institua son légataire universel. Cette préférence ne paraît pas avoir indisposé Mme de Fourqueux. Jusqu'à Pémigration, le frère et la sœur continuèrent à demeurer ensemble rue des Francs-
Bourgeois, au Marais, dans lo vieil liôlcl do famille. Pendant l'été, M. et Mme de Fourqueux s'installaient volontiers soit à Gliambry, soit à Montyon, où M. de Montyon, qui ne se maria pas, voulait qu'on les traitât comme lui-même, c'est-à-dire comme les véritables maîtres.
Il semble d'ailleurs que le mariage de sa sœur consanguine , son aînée de plusieurs années, ait eu une grande influence sur la destinée de M. de Montyon.
M. de Fourqueux était un homme d'un commerce facile et agréable et dont les relations avec la cour et les gens en place étaient de nature à faciliter singulièrement la carrière de son jeune beau-frère. M. de Montyon nous a retracé lui-même le portrait de ce ministre estimable, qui, comme le roi, dont il fut le conseiller, n'était qu'un honnête homme alors que, pour sauver la monarchie, il fallait un homme do génie.
« Après la déplorable administration do M. de Galonné ',1e roi Louis XYI confia les finances à M. de Fourqueux. Sous le rapport dcriiumanité, de la moralité et de toutes les vertus, le choix
1. Particularités et observât io}is sur tes contrnleurs f/rnérauT des finances. Poris, 1S12.
ne pouvait ùlre meilleur. Mais M. cleFourqueux était d'une constitution faible et n'avait jamais rempli aucune place d'administration. Il fut fort surpris de l'offre d'une si grande situation et la refusa ; mais^ tandis qu'il suppliait le roi de lui permettre de ne point accepter ses bontés, la reine survint et fit des instances si vives, si obligeantes, et leur donna une telle tournure, que la persévérance dans le refus devint plus difficile. M. de Fourqueux céda, il accepta, mais il ne put rester en place que quelques mois. »
Mme de Fourqueux était une femme de mérite. M. de Montyon savait apprécier les rares qualités intellectuelles de sa sœur ; mais il lui faisait un reproche de trop écrire et surtout d'écrire des romans.
Bien oubliés aujourd'hui, plus oubliés encore que ceux de Mlle de Scudéri, ces romans ont eu un instant de vogue.
Pouf mieux connaître le frère, j'ai voulu lire la sœur, et j'ai partagé l'avis de M. de Montyon. Mme de Fourqueux aurait mieux fait de ne pas écrire '. Qui peut s'intéresser aujourd'hui au