‹ M. de MontyonChapitre 20 sur 33 · Les origities de la France contemporaine , Taris · texte numérisé non relu

Les origities de la France contemporaine , Taris

moi, » l'organisation sociale tant vantée par M. deMontyon cessait d'exister. C'était donc une sorte d'exhumation que voulait M. de Montyon. La résurrection de Lazare est un fait évangélique. Les peuples, pas plus que les fleuves, ne peuvent reculer et remonter à leur source; mais peut-être est-il prudent de ne pas dériver leur cours avec précipitation. Nos pères de 89 ont trop souvent confondu la Seine avec le Tibre. Au lieu d'étudier avec soin le vieux passé de la France et d'emprunter à la tradition française ce qu'elle avait de bon et de pratique, ils ont préféré se nourrir des souvenirs de Rome et de Sparte. Evidemment il est facile de poser en axiome les droits de l'homme et d'en tirer les conséquences ; mais il eût été plus utile et moins dangereux d'étudier le mécanisme des constitutions libres que se sont données les peuples modernes. C'est dans cette mesure que M. de Montyon a raison.

On pourrait presque voir un indice de la frivolité française dans cet engouement irréfléchi pour l'antiquité et pour les principes abstraits qui s'empara de tous les esprits. En voulant réagir contre cette tendance, alors générale, M. de Montyon a presque devancé la nouvelle

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école historique qui, aux phrases sonores et pompeuses du xviii^ siècle, préfère l'étude des documents originaux.

Si M. de Montyon espérait retrouver dans les origines mêmes de la nation française les principes à l'aide desquels il voulait entreprendre la réforme de l'état social, il faut reconnaître que sa confiance dans le vieux passé de nos ancêtres, obscurci par les règnes de Richelieu, de Louis XIV et de Louis XY, ne le rend pas injuste , comme le sont généralement les émigrés, pour les hommes de la Révolution.

0 Je ne puis, dit-il i, adopter cet esprit de parti qui voue haine à tout le parti contraire et en criminalise tous les sectateurs ; il me semble qu'on ne considère plus assez quel empire prend une opinion présentée avec éloquence sur un esprit qui n'est pas en état de juger par lui-même, quel ascendant un sentiment accrédité acquiert sur une àmé faible, et comme dans tous les temps et sur tous les objets le préjugé, la passion et l'esprit de parti ont falsifié les idées du juste et de rinjuste. J'en prends à témoin l'homme qui a le mieux connu l'homme dans l'état de

1. Rapport à S. M. le roi Louis XVIII, par M. Auget de Moutyou. Londres. 1796.

trouble et de faction : « Les hommes ne se sen- ■( tent pas, dit le cardinal de Retz, dans toutes « ces sortes de fièvres d'Etat, qui tiennent de « la frénésie. Je connaissais en ce temps des « gens de bien qui étaient persuadés jusqu'au « martyre, s'il eût été nécessaire, de la justice « de la cause de messieurs les princes; j'en con- « naissais d'autres d'une vertu désintéressée et « consommée, qui fussent morts avec joie pour « la défense de celle de la cour. » Si telle a été l'exagération de la passion dans cette guerre, qui fut plutôt une tracasserie de cour qu'une dissension nationale, aujourd'hui que de plus grands intérêts nous agitent, il est facile de concevoir l'excès du délire; et on ne doit pas s'étonner si dans quelques Français la haine même est un effet de la vertu.

« Quant à moi, j'ai peine à rompre ces Mens, à renoncer à ces affections qui, ayant commencé avec mon existence, semblent se confondre avec les sentiments de la nature ; et dans ces républicains, devenus mes persécuteurs , j'aperçois encore mes concitoyens. Je ne dissimule pas que sous le nom de Français, dont longtemps je m'honorai, il existe encore, même au sein de laRépubhque, des hommes réellement estima-

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blés; l'amour de l'humanité et de la patrie, l'idée de rendre l'homme aussi heureux que le comporte l'état social, le projet de faire régner la justice la plus exacte et de supprimer tous les abus : ces idées sont si grandes, ces sentiments sont si nobles, qu'il est possible que leur exaltation, égarant des âmes pures, ait fait considérer des injustices comme des sacrifices nécessaires de l'intérêt particulier à l'intérêt général, et des actions désavouées par la raison et par la morale comme légitimées par le patriotisme. y>

Il n'y a que les grandes âmes qui sachent pratiquer une telle indulgence au lendemain même de la persécution.

Si M. de Montyon n'a point contre les hommes de la Révolution ces accents de haine que l'on retrouve si souvent chez les royahstes, cela est dû à l'élévation de son cœur ; et, hâtons-nous d'ajouter : Chez lui, l'esprit et l'intelligence politique étaient à la hauteur du cœur. Sans doute, les maximes démocratiques, telles que les formulait la Convention, ne sont pas de son goût ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le principe démocratique ne lui déplaît pas. « On a formé, dit-il, à l'aide de ces maximes, un corps

de doctrines odieux, et cependant, ajoute-t-il, « plusieurs de ces principes sont vrais d'une vérité éternelle ; ils ont été établis par tous les pub licistes, avoués par tous les hommes d'État ; ils sont le germe, le texte et la conséquence de plusieurs de nos lois '. Tous les parlements du royaume ont professé une grande partie de ces principes qu'un zèle inconsidéré flétrit dans la bouche des républicains. Dans une des assemblées du Parlement de Paris les plus solennelles, M. Talon, avocat général, aussi célèbre par son éloquence que par ses vertus, a établi des règles de liberté civique, aussi hardies, aussi étendues que la plupart de celles établies dans ces derniers temps.

. « Souvent j'ai entendu dans les conseils du roi défendre les droits des peuples, fixer les limites de la puissance royale et réclamer le pacte social non dans les mêmes termes que dans les clubs, mais avec le même vœu d'équité. La vérité, pour être revêtue des formes de la politesse et du respect, ne perd rien de sa pureté et de son énergie. »

Puis vient cette phrase, frappée au coin du

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