Rapport au roi Louis XVIII, par M. Auget de Montyou
l'homme politique 167
xvui^ siècle, un i)eu déclamatoire, mais inspirée par un beau sentiment :
« Je proteste que dans tout homme je reconnais un frère ; que je m'honore du nom de citoyen, et que j'en défendrai les droits tant que j'existerai; que j'abhorre le despotisme, et que nul plus que moi ne mérite le titre de patriote ; car pourquoi céder à un fanatisme coupable un titre qui exprime un devoir et une vertu ? »
Ce mot de patriote n'était pas encore entré dans le langage ordinaire. Cependant M. de Montyon n'hésite pas à l'employer. Il comprend que des sentiments nouveaux exigent des expressions nouvelles.
11 ne veut rien laisser aux révolutionnaires do ce qu'il peut leur enlever. Il aime la vieille patrie française, donc il est patriote ; mais de ce qu'il se pare, avec une certaine affectation, du titre de patriote, on aurait tort de conclure que M. de Montyon fut républicain. Pour lui, la véritable formule gouvernementale, c'est la monarchie traditionnelle et constitutionnelle.
On avait trop abusé de la république romaine pour qu'il conservât le goût de la chose. C'était d'abord les grandes dames qui avaient donné
le signal en applaudissant, à Versailles même, les tirades de la tragédie de Brutus par Voltaire ^ ; puis l'engouement était devenu général ; les noms des héros grecs et romains étaient dans toutes les bouches ^ « Beaucoup étaient d'accord sur ce point que la France d'autrefois était morte et qu'on allait , avec les souvenirs de la république romaine, reconstituer une France nouvelle. »
Ces idées, en tant que réminiscences historiques, plaisaient peu à M. de Montyon, qui les regardait comme dangereuses.
L'événement prouva qu'il n'avait pas tort. Quand on songe que M. de Montyon écrivait les lignes qui précèdent et celles qui vont suivre en 1796, c'est-à-dire au lendemain môme de la Terreur, on comprend que, si son esprit droit acceptait les principes républicains, il n'en était pas de même de la formule républicaine telle qu'elle avait été mise en œuvre par la Convention :
« Plusieurs ^ des principes républicains sont, dit-il, vrais d'une vérité éternelle; mais, ajoute-