‹ M. de MontyonChapitre 4 sur 33 · Julie fl'Olmont, par Mme de Fourqueux. Paris · texte numérisé non relu

Julie fl'Olmont, par Mme de Fourqueux. Paris

jeune de Saint-Gyran ? A quinze ans, cet estimable garçon débute par être l'amant d'une amie de sa mère âgée de 50 ans. Plus tard, il s'introduit sous des vêtements de femme dans l'abbaye de Cbelles pour enlever une jeune fille, pupille de sa mère. L'intérêt du roman réside dans le récit de cette galante aventure. Ce genre de lecture est tout à fait passé de mode, et, s'il faisait les délices de nos grandmères, il n'en est pas de même de nos femmes et de nos filles. On ne saurait les en blâmer. Mais ce n'est pas par ce roman qu'il faut juger Mme de Fourqueux, et nous aimons à croire qu'elle ne le laissa pas lire à sa charmante fille Mme de Trudaine, la mère des deux frères Trudaiiic,ce couple chéri', comme les appelle André Chénier, qui les aimait d'une si parfaite amitié et qui, comme eux, devait être une des dernières victimes de la Révolution.

L'alliance de sa nièce avec un membre de la famille Trudaine paraît avoir été prisée; par M. de Montyon à toute sa valeur. Quelle série d'hommes distingués! C'est d'abord Trudaine, le prévôt des marchands, disgracié par le llé-

!. Poésies d'Àtnbé Chéniev, élégie XXXIX. Pari?, 18;io.

gent , à cause de son excessive probité ; puis le grand Trudaine, le créateur de nos routes les plus belles, qui a eu des imitateurs, mais que personne n'a jamais surpassé; enfin Charles Trudaine, le mari de Mlle de Fourqueux, aussi capable que son père et aussi charmant que ses fils.

C'est à l'école de cette famille illustre, alliée à la sienne, que M, de Montyon puisa la connaissance approfondie des traditions de l'administration française. Il aimait à se proclamer l'élève du grand Trudaine, et l'on peut ajouter qu'il se montra digne d'un tel maître.

Ainsi donc, si M. de Montyon ne fut pas élevé par son père, un heureux concours de circonstances lui permit toutefois de rencontrer auprès des siens une habile direction et d'utiles conseils.

Je sais bien que les hommes du caractère de M. de Montyon sont avant tout redevables à eux-mêmes de ce qu'ils deviennent plus tard. Mais, si l'on faisait un recensement exact de toutes les idées, de tous les sentiments et de tous les actes de la vie de M. de Montyon, peutêtre reconnaîtrait-on que beaucoup de son cœur, de son intelligence et de son esprit lui

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vint aussi de celle lignée d'ancêtres, hommes (l'économie et de travail comme les Auget , hommes de droiture et d'expérience comme les Pajot, hommes fins et habiles comme les Balue et les Robert Le Gocq. On dirait un prisme ; les rayons de plusieurs générations le traversent. Cependant Montyon conserve son originalité, (^e qui le distingue avant tout, c'est qu'il semble avoir voulu s'approprier et mettre en pratique cet axiome de Cicéron que, « dans la famille comme dans l'Etat, la meilleure source de richesse c'est l'économie; » mais là encore il conserve une physionomie à part. Tout homme, dit Gibbon, reçoit deux sortes d'éducation, l'une qui lui est donnée par les autres, et l'autre, bien plus importante, qu'il se donne luimême. On peut dire que la tradition de famille a été pour M. de Montyon « l'éducation qu'il a reçue des autres ». Quant à celle qu'il s'est donnée à lui-même, nous tâcherons de la saisir et de l'expliquer en parcourant les différentes phases de cette longue existence, qui commence à la minorité de Louis XV pour ne se terminer que quatre ans seulement avant la mort du roi Louis XVIII.

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