Ln jiixticn réparative, par Alfred Fouillée
chapitre, de. reproduire quelques-uns des éloges en vers consacrés à la mémoire de M. de Montyon. Avec l'Italien Sanazzaro je m'écrierais volontiers : « Muses, donnez à son nom tout Féclat qu'il mérite, proclamez-le partout. » Mais, je le dois confesser, cet homme, qui a eu la singulière bonne fortune d'être loué tour à tour par les plus grands écrivains du siècle, n'a reçu de la part des poètes que des éloges sans valeur, que des louanges sans portée. Les concours de poésie n'ont mis aucune œuvre en évidence. L'Epître à Rousseau de M. de ^Vailly sur les fondations Montyon mérite l'oubli dans lequel elle est tombée. Une pièce de vers qui a obtenu l'accessit au concours de 1826 peut être citée, •non pas à cause de sa valeur poétique, presque nulle, mais parce qu'elle est écrite d'un style sim^ pie, qui rappelle la forme de La Fontaine, et surtout encore parce qu'elle offre cet autre avantage de reproduire les principaux faits de la vie du grand philanthrope.
L'auteur a supposé qu'un vieillard du Cantal racontait aux habitants des hameaux les vertus de Montyon, leur bienfaiteur.
D'autres célébreront sa vie.
.Moi je la conterai, c'est tout ce que je p(Mix.
Nous allions tous iiiourii', (iuaiid k; Cid l.i\oiai)lc Envoya parmi nous un mortel secourable : Moutyon, ce grand homme, aussi sage qu'humain. Klait notre intendant; comme un ange pi-opice,
Il parut, il donna soudain,
Mieux qu(! de l'or, mieux ([iie du pain : ■Il donna du travail. (( Fondez tnl édilice, « En canal bienfaisant liansformez ces marais. « Construisez ce chemin, réparez cet hospice.
« Ce torrent détruit vos guérets ; « Qu'une digue l'arrête et qu'un pont le franchisse. Il dit, et le fléau, vaincu par ses trésors. Est contraint d'em])ellir, de féconder ces bords,
Naguère en proie à ses ravages, El nous laisse en fuyant plus heureux et plus sages. U'un si rare bienfait le bruit se répandit : Au sauveur du Canlal le bon roi Louis seize
Des premiers, dit-on, applaudit :
Montyon par son ordre à la cour se rendit. Montyon à la cour n'était pas à son aise,
Comme parmi les indigents.
Dans ce pays, auprès de bien des gens.
Sa bonhomie eut peine à trouver grâce.
Un joiu' (ju'i! altendiL (ainsi le temps passe), Di.' mainls jeunes seigneurs il se vit entouré.
L'un raillait son habit gothique.
L'autre sa longue canne et son soulier carré; Mais la vaste rondeur de sa perruque antique
AUii'a surtout les regards Et les brocards. . .
Ainsi noire intendant fui admis à la cour.
Mais quoi ! dans ce souverain séjour Quel rôle était le sien et (|u'y pouvait-il faire?
Il y fit ce qu'on n'} fit guère,
Disent nos frondeurs du Cantal :
Beaucoup de Lien et point de mal.
Le mérite dans l'infortune Trouvait auprès de lui des secoiu's assurés. Aux Français, de lumière et de gloire altérés, L'Académie alors tenait lieu de tribune.
Dans cette lice des esprits.
Si quoique heureux concours, signalant maint ouvrage,
Avait fait exprimer au docte aréopage
Le regret de n'avoir qu'un prix, Soudain un anonyme, ou deux, ou trois, ou quatre. D'autant de concurrents couronnaient les travaux.
Et des triomphes nouveaux
Les encourageaient à combattre.
De tant de bienfaiteurs les talents étonnés Au prix de mille efforts cherchaient à les connaître ; Il n'en était qu'un seul, et vous le devinez. Jours brillants, jours heureux, trop prompts ù disparaître !
Bientôt aux délices des arts Succédèrent pour nous les civiles tempêtes :
La foudre gronda sur nos têtes :
D'où vint-elle ? De toutes parts.
Où couvèrent ces feux? Voilà le grand problème. Qui fut coupable? Hélas ! tout le monde, et moi-même. Tout berger que j'étais, que sais-je ? envers l'État Peut-être ai-je commis quelque énorme attentat. Plaignons, sans accuser : c'est, je crois, le plus sage ; Ou faisons mieux encore, accusons le destin.
En butte aux fm-eurs de l'orage, La famille des rois de rivage en rivage
Porta son exil incertain.
Montyon la suivit, et déjà sa prudence Avait chez l'étranger transporté maints trésors, Non pas pour lui, mais poiu" nos bords.
11 partait cntoui'é des enfants de la France, Et son cœur dans l'exil prévit la bienfaisance. Que dis-je ? envers lui-même avare et rigoureux,
Dans chaque besoin qu'il surmonte Il fiuise quelque aumône ; émigré pour son compte,
Riche encore pour les malheureux.
Enfin la France désarmée Rendit le diadème aux enfants de Henri,
Alors Montyon attendri Revit de ses aïeux la terre bien-aimée. 11 y recommença le cours de ses bienfaits; Pour que la charité fût pour lui plus féconde,
Comme une science profonde, U en étudia les devoirs, les effets.
Il voulut rendre heureux l'habitant des chaumières. Mais comment du bonheur lui frayer le chemin ? Est-ce par un or vil répandu dans sa main ? Nen; c'est en lui donnant des vertus, des lumières. Des lumières ! pardon ! le mot m'est échapjié.
Dans quelque docte verbiage Un autre plus adroit l'aurait enveloppé.
Moi, je parle comme au village.
Amis, vous le savez : de cent malheurs divers Nos lumières, dit-on, menaçaient l'univers. Le péril est pressant, Dieu le sait ! je proteste. Quant à moi, qu'il échappe à ma simplicité. Et quoi donc ! tout savoir n'est-il pas vérité? La vérité serait un poison funeste !
Montyon ne le croyait pas; Non, pour soulager et instruire l'indigence, Fut l'emploi de ses jours, que dis-je? le trépas
N'intiM'i'oni|>it point sa bienfaisance.