I.E BOIS DE R0MA1>\ II.I.F.. i
«chaque instant; je voudrais vous voir sans cosse... <> « ciel ! qu'avez-voiis ? »
Kugénie, émue par celte brusque déclaration, a laquelle cependant elle devait s'attendre, Eugénie peut à peine supporter le plaisir qu'elle ressent : une coquette l'aurait caché, mais un cœur tout neuf, un cœur aussi aimant, ne pouvait déjà savoir se contraindre; elle se sont défaillir; la joie fait quelquefois plus de mal que la peine, mais ce mal-là est rarement dangereux.
Adolphe soutient Eugénie; il l'entoure de ses bras. « Qu'avez-vous ? " lui dit-il. « — Ah ! ce n'est rien.... Je •' ne sais... mais je n'ai jamais éprouvé cela... — Vous ne « m'avez pas écoulé, je gage? — Oh!... si !... — El vous « ne me répondez rien?... — Que puis-je répondre?... »>
En effet, elle lui souriait si tendrement!... Qu'auraitelle pu dire qui valût ce regard charmant!... Adolphe, au comble du bonheur, jure encore de l'aimer, de l'adorer toute sa vie ; il la presse contre son cœur, et elle n'a pas la force de se dégager de ses bras... Ah ! madame -Moulonnet, si vous n'aviez pas élevé votre fille si sévèrement, elle saurait bien mieux se défendre ; c'est en connaissant le péril qu'on le brave, c'est lorsqu'on est surpris que l'on succombe ; et une fille qui ne sait rien est bien plus facile à séduire que celle qui se doute de quelque chose.
Adolphe, heureux de presser Eugénie dans ses bras, n'ose point encore lui dérober un baiser, que cependant il meurt d'envie de cueillir sur cette bouche si fraîche, qui va répondre à ses serments... lorsqu'une voix se fait entendre :
« Ah ! pour le coup, en voila que je liens... vous êtes « pris... ».
Eugénie reconnaît la voix do Dupont ; elle tremble
qu'il ne les ail aperçus: elle s'éloigne d'Adolphe, et sort (In taillis.
jNIais ce ne sont point nos amants que l'épicier vient de découvrir. Le pauvre Dupont cherchait depuis très longtemps sans rien trouver, parce que chaque couple s'était fort bien caché, lorsqu'en passant devant un épais buisson, une odeur de parfums vint frapper son odorat.
Dupont ne doute point que Gérard ne soit caché par-la. Il s'avance, l'odeur le guide, et en effet il ne tarde pas a trouver monsieur le parfumeur assis tout contre mademoiselle Mimi, qui est couchée sur le gazon.
Comme M. Gérard et la grande demoiselle ne sont pas fort éloignés de nos deux amants, ceux-ci entendent les cris de joie de Dupont, et sont bientôt auprès de lui. Il faut rejoindre la société, retourner près de madame Moutonnet. Quel dommage !... lorsqu'on aurait encore tant de chosesa sedire ! . . . lorsqu'on étaitsi heureux, seuls sous ces épais feuillages!... Alais il faut se soumettre; d'ailleurs ils s'entendent maintenant, le plus important est dit ; peut-être trouveront-ils l'occasion de se parler encore.. . et à coup sûr ils ne la laisseront pas échapper.
« Vous vous étiez joliment cachés, » dit Dupont ; « sans « l'odeur de vanille... de joniiuille... je crois que je cher- «cherais encore... mais cela m'a mis sur vos traces, ««monsieur Gérard.
««Ah! ça. 011 est donc madame Bernard, »> dit le tabletier, «« est-ce que vous ne lavez pas trouvée? — Non... J'ai «« pourtant fureté partout. — .le gage quelle aura fait cou- ««rir Estève jusqu a l'extrémité du bois... elle s'amuse à «« le faire enrager ! . . . Ma femme est comme moi ; elle aime « à faire des espiègleries. »•
En disant cela, M. Bernard va se percher sur une branche d'arbre, après laquelle il veut se balancer, comme le