‹ M. DupontChapitre 20 sur 75 · I.V JOI KNÉK nES KI.\>(;VII,LKS. ^ 2o · texte numérisé non relu

I.V JOI KNÉK nES KI.\>(;VII,LKS. ^ 2o

«•possible... Adolpiio que j'aime lunl , (lui m'adoïc ! — «Ah. (laine! celiii-la est gentil... ce serait l)en mieux vot' «fait, s'il avait des cens. — Ah! Jeannetou , pourqu(»i « s'épouse-t-on pour de l'arfienl? — Pourquoi... pour- «quoi... Parce que l'on manjic toute sa vie, et que l'on «ne fait l'amour que dans sa jeunesse. — Ah! jaimerai " Adolphe toute ma vie. je mourrai s'il faut en épouser nu «autre. — Mourir!... Ah! je voudrais hen voir cela!... «pourquoi se désespérer si vite? Ce juariaj^e Ji'est pas « encore fait ; ce n'est pas demain que vous épousez ce « Dupont. Peut-être votre mère. . . —Elle veut ce mariage : «tu sais bien qu'elle ne changera pas de résolution. — «Eh! que sait-on? en lui parlant , en pleurant devant «elle... Eh! mon Dieu! qui est-ce qui pourrait vous ré- "sister?... — Ah! Jeannetou, je n'oserai jamais lui dire «que j'aime Adolphe. — Vous ne lui direz pas que vous « aimez Adolphe ; mais vous lui direz que vous délestez " Dupont. — Elle ne m'écoutera pas. — Si vous ])arlicz à «votre père? — Tu sais bien que c'est inutile. — oh! ça «c'est vrai... il vous promettra de pailer pour vous, cl il « ne dira rien. — lu \ois bien. Jeannetou, que je n'ai plus •< qu "a mourir. — Eh ! non. non. mamzelle. je ne vois pas ««;a!... Mourir, c'est toujours une sottise : vaudrait en- «core mieux épouser l'épicier... Du courage! nous ver- «rons... on ne sait pas ce qui peut arriver... Alais il faut « que je retourne bien vite a ma cuisine ; je suis venue a « la dérobée, parce que je me doutais ben que vous pleu- « riez; mais nous nous verrons ce soii', et nous causerons « plus a notre aise. — Oh ! oui, ma bonne ; mais lui !... « lui!... je ne le verrai j)as anjourd'hui: que va-t-il peii- «ser? — Vous le verrez demain, et si par hasard je le ren- «« contre, je lui apprendrai ce qui se passe. — Ah! ma

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« chère Jeanneton. que tu seras bonne!... ah ! je t'en prie, « lâche de le voir. — Oui, oui. »

Jeanneton s'éloigne, et Eugénie se sent presque calmée. M faut si peu de chose pour faire renaître l'espérance dans un cœur de dix-huit ans! A trente on ne se console |)as si vite, on a déjk perdu bien des illusions, et quand l'expérience arrive, le bonheur s'en va.

-Mais Jeanneton ne peut pas ce jour-la rencontrer Adolphe ; elle est très occupée , parce qu'on a du monde a dîner chez madame Moutonnet. La famille Gérard et le liitur gendre sont invités : c'est le repas des fiançailles. La grosse fille n'a pas dit cela a Eugénie, de crainte de lui faire du chagrin ; elle retourne a sa cuisine où tout est en l'air pour ce dîner qu'elle prépare à contre-cœur, car elle sait que sa chère enfant n'y touchera pas.

On dîne tard chez la plupart des marchands , parce qu'ils sont plus tranquilles quand l'heure de la vente est ])assée. M. et madame Gérard, leur sœur Cécile et leur fils Fanfan arrivent a cinq heures et demie; ils sont en toilette ; ils ont cet air de satisfaction, de contentement que Ion croit devoir prendre quand on va assister aux noces ou aux fiançailles de quelqu'un. Ce n'est pas que l'on s'intéresse au bonheur des futurs, mais on va s'amuser à une noce comme on irait s'amuser au spectacle ; bien heureux encore les époux qui échappent k la critique de ceux qu'ils ont invités a partager leur bonheur!

On n'a pas encore dit aux Gérard la grande nouvelle, mais quelques mots jetés par-ci par-là, l'assiduité de Dupont dans la maison du passementier, et enfin ce repas qui n'a pas lieu un jour de fête, tout cela fait soupçonner a la famille du parfumeur que ce dîner ne se donne pas sans dessein.

Feiulaul que Fou échange les premiers compliments, et que Bidois prend du lal)ac, parce que la présence de M. Gérard lui fait mal a la tête, Dupont arrive, les poches pleines d'olives, de mendiants, de confitures, et tenant sous chaque bras une bouteille de vin hn. Cela conlirme les soupçons des Gérard, qui se regardent en souriant d'un air qui signifie : nous avons deviné la vérité. « Oui, oui, » dit tout bas mademoiselle Cécile a sa sœur, «on va marier la petite a Dupont... C'est singulier! d'a- « près ce que j'ai remarqué le jour de la Saint-Eustache, "j'aurais cru que... ^lais nous verrons. »»

La vieille fille n'en dit pas davantage, mais elle se promet bien d'éclaircir ses soupçons. Malgré son prétendu éloignement pour les hommes, mademoiselle Cécile avait lancé quelques œillades à M. Dupont, qui était un excellent parti ; mais l'épicier n'avait pas répondu aux regards de la vieille demoiselle ; et quoique celle-ci ne conserve aucun espoir sur M. Dupont, elle ne serait pas fâché cependant de faire manquer son union avec Eugénie : ce serait toujours une petite vengeance.

« Mais où est donc cette aimable Eugénie, cette chère «enfant?» demande toute la société. «Je vais la cher- « cher, » dit madame Moutonnet, « elle est dans sa cham- «bre; elle a éprouvé ce matin des émotions un peu vi- « ves... Mais je vais vous l'amener. — Oui, » dit tout bas liidois, « je gage bien qu'elle aura les yeux rouges comme «un lapin... Us diront sans doute encore que c'est de «joie. »

Madame Moutonnet monte chez sa fille, qu elle trouve assise tristement près d'une croisée, d'où malheureusement on ne voit que dans la cour.

« Que faites-vous donc Ta, mademoiselle?» dit madame Moutonuel d'un air sévère, en remarquant d'uu

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