LE PLUS SAGE EN ELT FAIT AUTAM
Adolphe a bientôt teiminé un modeste déjeuner, cl il retourne dans la rue Saint-Martin recommencer ses i)romenades devant cette maison dont l'entrée lui est interdite : mais point d'iùigénie!... Serait-elle plus malade? Cette idée désole le pauvre garçon, qui donnerait tout ce qu'il possède pour avoir des nouvelles de son amante. Il est bien décidé a ne |)oiiit s'éloigner sans avoir vu Jcannelon. «Si je ne puis entrer dans la bouticjue, » dit-il, « du moins la rue est libre, et on ne m'empêchera pas de «'iny promener... quoi(iue ce vieux commis ait l'air « d'être chargé de me guetter. »
En effet, Bidois, qui a reçu des instructions de madame Moutonnet, va de temps a autre tailler sa plume sur. le seuil de la porte de la boutique, et il sourit d'un air goguenard en voyant Adolphe passer et repasser ; mais Adolphe, remarquant le petit manège de Bidois, se promet de lui ôter l'envie de le guetter : il attend que le vieu.\ commis revienne se montrer avec sa plume et sou canif, et. passant alors tout contre lui. il le pousse si brusquement,
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que Hidois fail uue pirouotte et manque de tomber au milieu de la rue, où il laisse voler sa plume, tandis que son canif roule dans le ruisseau.
« Que le diable les emporte tous ! »> dit Bidois en refermant avec violence la porte de la boutique, et se replaçant avec humeur au comptoir; «je ne me mêle plus de rien, «qu'ils s'arrangent comme ils voudront... Une plume " délicieuse perdue !... et un canif qui n'avait encore été "repassé que dix ou douze fois!... Ce jeune homme me " ferait un mauvais parti; il a déjà manqué de m'élran- "gler... Madame JMoutonnet dira ce qu'elle voudra, je •' suis dans sa maison comme commis, chargé des comp- " tes et des calculs, mais je n'y suis point pour guetter « les amoureux de sa hlle... C'est un peu trop dangereux. " Je resterai neutre a l'avenir dans cette affaire-ci. »
Adolphe attend avec impatience que Jeanneton vienne lui apporter quelques consolations. Enfin le jour baisse, la bonne sort de la boutique et va rejoindre notre amoureux a l'endroit qu'elle lui avait indiqué.
«Pourquoi n'ai-je point vu Eugénie?» lui demande Adolphe dès qu'il l'aperçoit. «Pourquoi n'est-elle pas «descendue aujourd'hui? Serait-elle plus malade? — «Non, monsieur; grâce au ciel, ella va un peu mieux, « quoiqu'elle soit toujours ben triste!... Mais c'est vot' « faute si mamzelle ne descend plus a la boutique ; on a « remarqué que vous étiez sans cesse en faction dans la « rue, et madame Moutonnet a annoncé ce matin a c'te « pauvre petite qu'elle ne quitterait sa chambre que pour « allersemarier. — Ah ! Jeanneton , que m'apprends-tu ! . . . «je ne la verrai plus, je ne lui parlerai plus!... — Dam', «monsieur, comment voulez-vous faire?... madame ne «plaisante pas, Eugénie pleure et se désole toute la «journée... ça me fend le cœur ! — Jeanneton, ma bonne