‹ M. DupontChapitre 31 sur 75 · IS8 M. UL.PO.NT · texte numérisé non relu

IS8 M. UL.PO.NT

poiletir d'eau, qui tombe et \a roulei- dans le luilieu de lallée ; et, courant a la porte, il louvre, j,'ague la rue et disparaît.

Jacques, étendu dans Tallée et ne pouvant parvenir a se relevei-, crie encore plus fort (ju'auparavant : «C'est «un gueux!... arrètez-le... il m'a jeté par terre pour «s'échapper... c'est un voleur... il emporte quelque « chose... »>

Dans ce moment arrive tout le monde. Jcannelon feint de se lever et d'être encore tout endormie ; Bidois murmure de ce qu'on no peut plus dormir tranquille chez soi. M. iMoutonnet a pris son fusil, quoique sa femme lui ait dit que dos voleurs ne feraient pas autant de bruit et ne chercheraient pas a réveiller toute la maison; enfin madame iMoutonnet marche en avant, tenant une lumière a la main. Eugénie seule n'a pas quitté sa chambre... mais elle prête l'oreille et prie le ciel qu'Adolphe ait eu le temps de se sauver.

« Qui est là ?. . . Qui va la ?. . . Que veut-on ? » demande madame Moutonnet en entrant dans l'allée, \i la tète de ses compagnons. «Ah! c'est toi, ma petite femme, »» répond Jacques eji s'étendant sur le pavé, « arrive donc... « v'Ia deux heures ijuc je l'appelle... tu es cause qu'on " m'a jeté par terre...

« — C'est un homme, » dit Hidois. « — C'est un • ivrogne,» dit M. Moutonnet. « — Kh! mais, on dirait « que c'est Jacques, le porteur d'eau , » dit Jeanneton en approchant davantage.

« Mais comment a -t - il pu entrer ici? » dit madame Moutonnet.

On s'approche; on reconnaît en effet Jacques, et pendant que Bidois et M. Moutonnet le remettent sur ses pieds, madame Moutonnet lo 'lueslionne.

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"C'est NOUS, Jacques? — Eh! mais, ça n'est pasCatlio- "line; Dieu me pardonne ! c'est madame Moutonnet... «est-ce que vous venez me demandei- de l'eau? — i.li ! «maudit ivioiine, ne voye/.-vous pas que vous êtes dans « ma maison et non pas dans la vôtre ? — 15ali ! en vérilé ? «C'est donc ça que je ne trouvais pas l'escalier. — .Ma- « dame, il faut le renvoyer, »• dit Jeanneton, « je vais lui « aider à retrouver sa porte. — Un instant, " dit madame Moutonnel. «comment ctcs-vous entré ici, Jacques? — «Comment? tiens, comment!... Pardieu! ça n'est pas « par la fenêtre. — La porte était donc ouverte ? — Ap- "pareniment... c'est-a-dire, je l'ai poussée... et je me «suis dit : Me v'ia chez moi. — Qu'est-ce que cela si- "gnifie, Jeanneton? c'est donc ainsi que vous fermez la «porte? — IMon Dieu ! madame , je ne conçois pas... « certainement, je la ferme tous les jours, vous le savez «bien! — Et puis les voleurs s'introduiront, » dit M. Moutonnet, « et viendront nous dévaliser. — Il a rai- «son, papa Moutonnet," dit Jacques, « les voleurs!... «Pardi ! je gage ben que c'en est un... et s'il ne m'avait «pas jeté par terre, comme un lâche qu'il est... je le «tenais bien cependant... — Qui donc vous a jeté a « terre ?» demande madame Moutonnet. « — Qui? eh! «parbleu! le voleur qui se sauvait quand je suis entré. «Je me suis jeté sur lui, croyant que c'était Benoît... « mais ça n'était pas Benoît, parce qu'il me l'aurait dit. « Alors je l'ai saisi au collet et aux cheveux... mais, par «malheur, le pied m'a glissé, et le coquin a fui comme « une bouteille fêlée !...

« — Ah! mon Dieu!"» dit M. Moutonnet en enfonçant son bonnet de coton sur sa tête, « entendez-vous ce qu'il «dit? — Eh ! monsieur, » dit Jeanneton, « ne voyez-vous

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«pas qu'il est soûl à ne pas pouvoir se teuir. — Com- « ment ! la bonne, je suis soîi! ! . . . qui est-ce qui se permet « de dire que je suis soûl? je vas joliment lui apprendre «a vivre. — Tout cela n'est pas clair, »» dit madame Moutonnet ; « il assure que quelqu'un l'a jeté par «terre. — Eh! pardi! c'est dans la rue qu'il se sera « battu avec quelque passant. — Si c'était dans la rue, >» dit Bidois, « il ne serait pas tombé dans l'allée. — C'est « juste, ça , mon vieux , » dit Jacques ; « si c'était dans «l'allée, je ne serais pas tombé dans la rue... et voila. « — Étes-vous sûr que c'était un homme ? » demande M. Moutonnet. « — Tiens, si j'en suis sûr... il est bon «là, l'ancien... Est-ce que vous croyez que je ne dis- « tingue pas la différence du sexe? en v'ia une bonne. « — Et il venait de la maison? —Ah! il venait... il «venait... je ne peux pas vous dire au juste d'où il « venait, puisqu'il faisait nuit, mais je l'ai senti sous ma «main, en cherchant l'escalier, et j'ai dit : c'est Benoît, « et ça n'était pas Benoît ! . . .

« — Il n'y a pas moyen d'en tirer d'autres éclaircisse- « ments, » dit madame Moutonnet, « mais pareille chose « n'arrivera plus. Mettez cet ivrogne a la porte, et que « tout le monde me suive. »

On pousse le porteur d'eau dans la rue : « Au revoir, « mes amis, » dit Jacques, « pardon de la peine. Si on « mettait des lampions devant sa maison, ces choses-la « n'arriveraient pas... Une autre fois je ne sortirai plus « sans mon rat de cave. »

Pendant que l'ivrogne cherche sa maison et son escalier, madame Moutonnet ferme a double tour la porte de Ja rue et en met la clef dans sa poche ; puis elle se dirige vers la chambre de sa fille. Chacun la suit en silence,

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mais non sans troniMer; les deux hommes, tle peur de renconlrer quelque voleur sur leur chemin, el Jeannelon, de l'effroi que lui a causé cet événement.

Madame Moutonnet entre chez sa fille qui est au lit, où elle feint de dormir, et la maman se dit : «11 est bien « étonnant qu'elle dorme malgré le bruit qu'on vient de « faire en bas. »

Eugénie aurait dû s'en dire autant; mais, pour éviter les regards de sa mère, elle n'avait pas trouvé de meilleur moyen que de fermer les yeux.

Madame Moutonnet s'assure qu'il n'y a personne dans la chambre de sa fille, et en sort sans lui parler, bien persuadée qu'elle ne dort point; mais, en sortant, elle l'enferme , et met aussi la clef de sa chambre dans sa poche.

« Tu n'as rien vu, m'amour? » demande en liemblant M. Moutonnet à sa femme. «• — \on, monsieur, non, je « n'ai rien vu ; mais je sais ce que je dois penser; cepen- « dant, visitons la maison avant de nous recoucher. — « Si Ton allait chercherM. Pétrin, ma belle ; il ne dort ja- « mais la nuit, et je gage qu'il viendrait volontiers nous « prêter main-forte. — Non, monsieur; il est inutile de « déranger encore M. Pétrin ; je suis certaine qu'il ny a «« point de voleurs, et vous ne vous apercevez pas que « nous passerons dans le quartier pour des imbéciles. — « C'est vrai, ma femme. »

On suit madame Moutonnet, et l'on ne trouve personne ; Bidois se dit tout bas : « Tout ceci n'est pas clair; « celte porte ouverte, cet homme qui a jeté Jacques par « terre... Il est temps que l'on marie mademoiselle Eu- « génie, si nous voulons dormir en repos. »

MadameMoutonnets'enditautantquelevieux commis, et elle se promet d'agir en conséquence. Bidois rentre

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chez lui ; ^1. Moiitonnet va se niellre au lit; mais madame Moutonnet arrête Jcannelon au moment où la servante va rentrer vans sa chambre.

«Vous pouvez vous chercher une place, Jeanneton; «« demain vous sortirez de chez moi. — Ah! mon Dieu! « madame ; et qu'ai-je donc fait pour que vous me ren- «« voyiez?" s'écrie Jeanneton. « — Vous le savez fort « bien; je ne garde point une fille qui laisse mes portes « ouvertes aux ivrognes, aux voleurs, et a ses amants " peut-être... — Ah! madame, pouvez- vous croire!... « — C'est assez, nous compterons demain; point d'ex- « plications, allez vous coucher. »>

El madame Moutonnet pousse Jeanneton dans sa chambre, où celle-ci se met a pleurer, ne pouvant se résoudre à se séparer d'Eugénie.

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