IL NE FAUT JURER DE RIEN
Adolphe, en s'échappant des mains de Jacques, s'est mis a courir jusqu'à sa demeure, où il se félicite d'arriver sans avoir été aperçu par les parents d'Eugénie.
Adolphe, sûr de l'amour de son amie, se flatte de triompher de tous les obstacles ; il est aimé ! Avec celte douce certitude, l'esprit peut être inquiet, mais le cœur est satisfait; on lui a juré de lui être toujours fidèle ; on est convenu de se revoir ehcore, car nos jeunes gens n'ont pas pensé que l'arrivée de l'ivrogne pourrait déranger leurs plans; ils se sont promis de renouveler bientôt celtç
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tlouoo onlievue, et on voila plus qu'il n'eu faut pour transporter un amant. On mène le genre humain avec de l'espérance ; c'est la monnaie usitée en tous pays, dans toutes les classes, chez tous les peuples. On donne de l'espérauce aux solliciteurs, aux malades, aux eufants, aux prisonniers, aux amants, aux auteurs, aux demoiselles, ol même aux vieillards; on la prodigue aux malheureux, on ferait mieux de leur ouvrir sa bourse ; mais l'espérance se donne gratis, et vous pouvez prendre a bon marché le ton protecteur. L'enfant vit dans l'espérance d'avoir nu jtuijou, l'écolier dans l'espérance d'un prix, le jeune homme dans l'espérance de plaire a celle qu'il aime, riiomme mûr dans l'espérance de faire fortune, le vieillard dans l'espérance d'être centenaire. La jeune fille espère trouver un amant fidèle ; la vieille fille conserve, avec l'espérance, fidée qu'elle aura un mari. Le joueur espère gagner, l'acteur espère briller, l'auteur espère un succès, le gourmand espère un bon dîner, le petit emj)loyé espère devenir sous-chef, le sous-chef espère être chef de division, le soldat espère être officier, le journaliste espère être piquant, le fat espère être remarqué, la coquette espère faire des conquêtes, le chimiste espère t rouver la pierre philosophale, les Juifsespèrent le Messie, et les tireuses de cartes espèrent trouver le secret de Caglioslro qui n'en avait pas, mais qui cependant eût passé pour un sorcier s'il fut venu au monde un ou deux siècles plus tôt. Nous espérons donc tous ; l'espérance est le charme de la vie, le fluide vital ; elle seule donne l'essor a l'imagination, de l'aliment a l'esprit, dos rêveries a l'âme, car nous sommes cent fois plus heureux par ce (jue nous espérons que par ce que nous possédons, et la position la plus triste au monde est celle de quelqu'un qui n"a pins de vomix a former.
Adolphe espère donc, et il a raison; mais lise flatte de rentrer chez lui, et il a tort. Parvenu a sa porte, il cherche sa clef; il fouille et refouille dans ses poches, il se lâte du haut en bas, point de clef. Il l'aura perdue dans sa lutte avec Jacques, ou plutôt dans le combat, dans la mêlée où il s'est trouvé au spectacle.
Point de clef!... comment rentrer?... Adolphe pousse et repousse la porte qui ne ferme pas très bien, mais qui cependantne veut pas céder... S'il avait un crochet, il se flatte qu'il pourrait ouvrir une mauvaise serrure de chambre garnie, car les chambres garnies sont toujours assez mal fermées... mais où avoir cela?... il faudrait réveiller les voisins ; il a déjà eu beaucoup de peine a faire lever le portier, car on doit se rappeler qu'il est près de deux heures du matin.
Adolphe sait bien qu'il peut frapper chez Zélie, mais il éprouve de la répugnance à retourner chez sa voisine, qu'il s'est bien promis de ne plus revoir, ou du moins à laquelle il ne veut plus parler. Est-ce par l'effet de l'éloignement qu'elle lui inspire, ou par crainte de céder de nouveau à quelque mouvement de faiblesse? Quel que soit le motif, c'est déjà fort beau de ne point s'exposer a faillir.
Cependant, passer la nuit sur le carré, c'est bien désagréable. Tout en faisant ces réflexions, Adolphe jette machinalement les yeux sur la porte de sa voisine ; il croit apercevoir de la lumière par le jour du bas. Encore de la lumière à deux heures du matin ! c'est bien singulier!... Il est vrai que mademoiselle Zélie rentre ordinairement fort tard... Mais la nuit est fort avancée, et elle doit être fatiguée d'avoir fait la rosière.
Adolphe s'est approché de la porte ; il s'assure qu'en effet il y a de la lumière chez la danseuse, et il se