IL SE FAUT JURER DE RIEN
décide a frapper. Zélie se love et vient lui ouvrir.
« Tu es bien almal)le, *> dit-elle en se frottant les yeux; « tu rentres a une belle heure... Deux heures du matin ! «moi qui t'attends depuis minuit... J'ai fait ce que j'ai «pu pour ne pas m'endormir... — Vous m'attendez, ma- « demoiselle, et pourquoi cela? — Pourquoi?... Mon Dieu! « qu'il est drôle ! Après avoir passé la nuit dernière chez « toi , il me semble (pie je pouvais bien t'attendre au- « jourd'hui. — Ah ! ne me reparlez plus de ce qui s'est « passé entre nous, je vous prie : je prétends oublier un « moment de folie, et... — Vraiment, vous êtes bien hon- « nête, monsieur ; ah ! c'est un moment de folie qui, je « le vois, vous cause bien des regrets ! . . . Je vous plains, « en vérité ; vous devriez vous faire ermite et pleurer vos «erreurs... Eh! mais, pour un sage, d'où venez-vous si «tard et dans cet état?... Ah! ah!. . comme vous êtes « fait ! »
Adolphe se regarde dans le miroir et s'aperçoit seulement alors de l'état dans lequel l'a mis sa lutte avec le porteur d'eau : sa cravate est défaite, son collet déchiré, son habit couvert de boue, l'empreinte des mains de Jacques est restée partout ; il ne peut s'empêcher de rire lui-même.
« Qui vous a donc costumé ainsi, monsieur? Est-ce que « vous avez roulé depuis la Courtille jusqu'ici? — Non, «mademoiselle, je ne viens pas de la Courtille. — On le « croirait... Mais, a coup sûr, vous vous êtes battu? — «C'est possible. — Pour quelque femme, je gage?... — «Qu'est-ce que cela vous fait? — Comment! qu'est-ce « que cela me fait? Apprenez, monsieur, que je suis très «jalouse, et si je connaissais cette femme-la... je lui ar- «racherais les yeux, et a vous aussi. — Voulez-vous bien » me permettre de prendre de la lumière et me prêter
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« un croclit'l ou (iiielciue chose pour ouvrir ma porte ? — "Ali! monsieur a perdu sa clef? — Oui, mademoiselle. " — Ht c'est pour cela seulement qu'il est venu chez moi? « — Oui, mademoiselle. — Oh ! le vilain monstre !... (]ue "je vous déleste!... — Avez-vous quelque clou un ])eu «fort? — Voulez-vous me laisser tranquille , avec vos « clous et vos clefs? On vous ouvrira demain; d'ici la. « vous pouvez bien rester ici ; je ne vous mani^erai pas. « — Je veux rentrer chez moi. — Comme c'est aimable !... "Allez au diable, et laissez-moi dormir! »
Adolphe sort, tire la porte après lu>, et vient se placer a la fenêtre du carré, décidé a y passer la nuit. Cependant le temps est froid et humide , une petite pluie chasse notre jeune homme de la fenêtre ; il n'y a pas iiioyen de contempler les étoiles et d'adresser ses prières aux planètes protectrices des amants.
Adolphe va s'asseoir sur l'escalier; lorsque Zélie sort de chez elle et vient, en chemise et pieds nus, a la recherche de son voisin. « Où êtes-vous donc? — Je suis la. « — Quoi ! vous préférez passer la nuit sur le carré a " rester dans ma chambre? — Je ne vous aime pas... j'a- «• dore une femme charmante... une femme comme il n'y « en a pas ! et je veux lui être fidèle ! — Eh ! mon Dieu ! «monsieur, vous lui serez fidèle, a ce phénix!... Qui «vous prie du contraire? — Vous êtes jeune... jolie... je «' suis homme, et... — Ah ! monsieur a peur de succom- « ber !... — Rentrez, vous allez vous rendre malade. — «« Non , si vous ne venez pas, je vais vous tenir compagnie « ici. »
Et Zélie s'assied, en chemise, sur les marches de l'escalier, et Adolphe se dit : » Il y aurait de l'inhumanité à «la laisser la. » Et, par humanité et pour sauver une maladie a sa voisine, Adolphe retourne avec elle dans sa