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cliaiiibre; mais il s'empare d'une chaise sur laquelle il est bien décidé îi passer la nuit.
Par malheur ses yeux se portent sur la couronne de rosière qui, dans le ballet, ornait la tête de Zélie ; il se la rappelle alors sous ce costume galant ; il croit la voir encore dansant avec légèreté, voltigeant avec grâce, formant ses pas avec goût, avec précision ; et le souvenir de la rosière vient , malgré lui , se placer quelquefois devant l'image d'Kugénie.
Zélie se tourne et se retourne dans son lit ; elle tousse, chantonne , soupire : rien ne lui réussit. Elle emploie alors le grand moyen, le moyen infaillible auquel on ne résiste jamais : elle se met a pleurer.
Adolphe, étonné, feint d'abord de ne pas l'entendre; puis, voyant que cela ne finit pas, il lui demande ce qu'elle a.
Zélie ne répond pas et pleure un peu plus fort; Adolphe approche sa chaise de son lit ; elle pleure davantage ; il se rapproche encore , elle sanglote : il est tout près d'elle , et elle pleure a chaudes larmes ; et plus il s'avance, plus son chagrin redouble. Adolphe ne sait que faire pour la consoler... 11 est enfin si près qu'il ne peut s'approcher davantage... si bien que Zélie ne pleure plus, et, quelque temps après, c'est Adolphe qui est désolé et qui se dit: «Je suis un monstre!... indigne de « son amour ! J'avais pourtant juré que cela ne serait « plus ! ... Ah ! je ne me le pardonnerai jamais ! »
Cependant Adolphe ne pleure point , parce que les hommes ne pleurent plus pour une faute de ce genre-là depuis qu'ils sont endurcis dans le péché. Bien différents en cela de David qui pleura les siens, les hommes aujourd'hui tirent vanité de leurs fredaines; souvept cependant il n'y a pas de quoi se vanter.
Les remords qu'Adolphe éprouvait de ses fautes ne l'empêchèrent point de dormir jusqu'à dix heures du matin , ce qui pourrait faire présumer qu'il avait succombé plus d'une fois a la tentation et qu'il s'était endurci dans le péché ; mais j'aime mieux penser que les fatigues de la veille, l'heure avancée a laquelle il rentra, sa promenade du malin et sa lutte du soir provoquèrent seules ce long sommeil.
Jeannelon, a force de prières et de larmes, obtient de madame IMoutonnet un sursis de huit jours , pour se chercher une place. La mère d'Eugénie se promet d'ailleurs de prendre désormais les précautions nécessaires pour éviter tout nouvel événement. Il est défendu a .leanneton d'entrer chez Eugénie et de lui parler. La nuit, on enferme la jeune fille dans sa chambre; le jour, M. Bidois a ordre d'avoir sans cesse l'œil au guet pour savoir ce qui se passe dans la rue. Enfin M. Dupont a été invité a acheter des bans, a faire toutes les démarches possibles pour accélérer le moment de son mariage, et l'épicier, qui croit que sa future est malade de l'amour qu'il lui a inspiré, s'empresse de suivre les intentions de madame Moutonnet.
Le lendemain de l'entrevue des amants , Jeannetou profite d'une occasion pour sortir et aller conter a Adolphe quelle a été la suite de l'arrivée de Tivrogne ; elle ne doute point que le jeune homme ne soit très inquiet ; elle veut aussi lui faire connaître toutes les nouvelles mesures que prend madame Moutonnet , afin qu'il cherche par quel moyen il pourra correspondre avec Eugénie.
Jeannetou sait l'adresse d'Adolphe ; elle se rend donc a neuf heures du matin a son hôtel garni, et monte a la chambre du jeuue homme.