‹ M. DupontChapitre 41 sur 75 · JEANNETON CHANGE DE CONDITION · texte numérisé non relu

JEANNETON CHANGE DE CONDITION

rassemblé en bas, dans l'anière-boutique, et là. on se réjouit du prochain mariage.

« C'est pour demain, » dit madame Moulonnet d'un air triomphant. « C'est pour demain, » répond son mari eu prenant sa prise de tabac. « Oui, c'est demain, »> dit Bidois en se frottant les mains, comme quelqu'un qui a contribué a la réussite de l'affaire. « Ce n'est pas sans «peine, » dit madame Moutonnet; •« cette petite osait, «pour la première fois, montrer une volonté... Elle s'a- «vise, je crois, d'avoir des préférences; mais, grâce au « ciel, j'ai du caractère, et je n'ai point écouté ses sou- « pirs, parce que c'est pour son bonheur, et je suis bien «certaine que, dans six mois, elle me remerciera de «l'avoir mariée a Dupont. — Oui, certes, madame, » dit Bidois, « elle^ sentira ce qu'elle vous doit. — Oui, «m'amour... elle le sentira... assurément... — Ah I «pourtant, monsieur, s'il n'y avait eu que vous pour « terminer ce mariage , je suis bien sûre qu'il aurait été «manqué. — Aussi, mon cœur, vous voyez que je ne

• m'en suis pas mêlé. — Et vous avez bien fait. — Grâce «a ma vigilance, » dit Bidois, « ceux qui voulaient faire «les mutins u ont point osé se représenter. — Oui, Bi- « dois, je suis très satisfaite de votre conduite ; vous serez

• de la noce, mon ami ..

« — Ah! madame, »> dit le vieux commis eu s'inclinant jusqu'à terre.

« Entends-tu, Bidois? » dit M. Moutonnet, « tu seras « de la noce. . Ma femme t'invite... et je t'invite... tu « seras le premier garçon. — Le premier garçon ! y pen- «sez-vous, monsieur Moutonnet?» dit la passementicre ; « est-ce que Bidois est d'âge à être premier garçon d'une «noce?... — C'est juste, mon cœur; je voulais dire... « qu'il sera toujours un des garçons, puisqu'il n'est pas

'IâO m. DL'POiNt.

««marié... Ah! çà, il y a donc une noce, ma belle? — " Oui, monsieur, c'est l'usage ; d'ailleurs Dupont est bien ♦« aise qu'il y en ait une, et c'est lui qui en fait les frais.

• — Et un bal, mon cœur? — Cela va sans dire!... — «•Un bal!... c'est charmant!... nous danserons, Bidois, " et on ne viendra pas nous insulter comme a Romain- " ville; nous pourrons nous en donner tout a notre aise... » — Oui; oh! vous faites de fameux danseurs, vous et " Didois!... Heureusement que l'on ne manquera pas de "jeunes gens : M. Dupont connaît infiniment de jeunes " commerçants... et il a d'ailleurs dans sa boutique deux " iiarçons qui dansent, dit-on . comme des Hercules. — "Comme Eugénie va s'en donner! » dit M. Moutonnel; «cette chère enfant qui aime tant la danse!... — Tai- «•sez-vous, monsieur Moutonnet , vous ne dites que des •' bêtises.

« — Peut-on savoir où se fera la noce, madame?» demande Bidois d'un air timide et gracieux.

« — A la barrière des Martyrs, chez un traiteur du '• premier ordre, qui a un salon de cent couverts, dans «' lequel on peut faire deux contredanses très a l'aise. « Dupont avait d'abord pensé au Cadran-Bleu , mais je «lui ai fait sentir que nous serions écorchés: c'eût été «une véritable folie!... 11 a ensuite songé a ce traiteur, « qui est de ses amis, et qu'il fournit depuis longtemps... •< — N'est-ce pas a la Belle- en-ciiisses, ma femme? — H Non, monsieur, il n'est pas question de belles cuisses;

• d'ailleurs, quand vous y serez, vous le verrez. — Oh ! >• je sais... je sais, » dit Bidois, qui n'y avait jamais été; «je vois ce que c'est... je le connais! c'est un excellent « traiteur... le Yéry de ce quartier-la... — Précisément, «Bidois. — Diable!... alors, ma femme, il faudra de- « mander du potage aux croûtons... il y a quinze ans

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«^ que VOUS m'en promclloz... — C'est bon ; vous ne son- «gez qu'a manger... — M'amour, quelles sont nos con- « naissances qui vont a la noce? — Ne vous mêlez pas de «cela, j'ai fait mes invitations; songez plutôt a votre «toilette de demain; j'espère, monsieur, qu'elle sera « digne de la circonstance. — Oui, ma belle. — Et vous, «Hidois? — Madame, mon habit noir a six ans, à la « vérité, mais comme je ne le mets qu'au jour de Tan « et aux fêles extraordinaires, il est encore tout neuf. — « C'est très bien. Que l'on soit prêt de bonne heure. I)e- « main, par extraordinaire, la boutique sera fermée. »

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