LA NOCE. — LA CLLOTÏE DU MARIE. — PREMIÈRE M IT
11 est arrivé, ce grand jour qui doit unir Dupont et Eugénie ; ce jour où l'on doit marier une jeune fille a un homme qu'elle n'aime point, ce qui n'est pas fort rare; mais où la mariée pleure et se désole, ce qui se voit fort peu. grâce au ciel; car les demoiselles, qui sont maintenant très soumises a leurs parents, se marient sans faire la moue; et quand on leur présente un époux, qu'il soit laid, jeune ou vieux, elles l'acceptent d'abord, sauf a faire leurs réflexions après ; d'ailleurs , les mamans leur disent a l'oreille : « Ma fille, un mari est toujours « beau, parce que c'est un mari ; et tous ces jeunes fre- « luquets qui vous regardent en soupirant, en faisant des «yeux en coulisse, qui vous serrent les mains et vous <« disent des douceurs derrière notre dos , ne songent
« poiut du loiil a voiis épouser. »• Et il faut avouer que les mamaus ont souvoul raison.
Mais Eugénie ne peut pas se dire cela d'Adolphe ; elle sait bien que le pauvre garçon ne veut pas la tromper , qu'il n'a que des vues honnêtes, et que s'il ne l'épouse poiut ce n'est pas sa faute. Voila pourquoi elle pleure eu pensant qu'elle va en épouser un autre; car une jeune lille bien élevée se console facilement de ne plus voir un étourdi qui u'a voulu que faire une conquête ; mais un amant honnête, sensible, fidèle, il est bien permis de le regretter... Ceux-là sont rares.
Ce jour qui se lève ordinairement si beau pour la future mariée, ce joui" que la jeune fille ne voit jamais naître assez tôt au gré de son impatience, paraît triste et sombre aux regards d'Eugénie, qui voit, a chaque minute, s'évanouir le peu d" espérance qui lui restait encore.
11 faut se résigner!... La pauvre enfant se laisse coiffer, habiller, parer, sans se permettre un murmure : elle soupire et se tait : tout son mal est au fond de son cœur.
«' Quelle est bien ! Qu'elle est jolie! Quelle charmante « toilette! » répète-t-ou a chaque instant eu rhabillant. Mais que lui importe d'être jolie, puisque Adolphe ne la verra pas ! Elle ne veut plus plaire à personne , et elle voudrait paraître horrible aux yeux de M. Dupout.
On lui attache le chapeau de mariée ; son cœur se gonfle, elle ne peut retenir des larmes qui coulent le long de ses joues pâles et amaigries. « Ayons du courage, » se dit-elle en essuyant ses pleurs ; « ces larmes accuse- « raient ma mère, il faut les retenir. »»
La toilette est terminée, et la jeune vierge est prête à marcher à l'autel.
«.Ma fille, vous êtes fort bien, et je suis contente de
« VOUS, » dit madame Moulonnet en allant donner a Eugénie un baiser sur le frnnf .
Ce compliment est le premier qu'elle ait adressé a sa 611e, qui le reçoit très froidement.
«Oui, mon enfant. » dit M. Moutonnet , en allant embrasser tendrement Eugénie ; « oui, tu es jolie comme «un ange; ce costume de noce te sied a ravir. Va, tu «seras heureuse, ma petite... C'est une belle chose que "le mariage!... Tu m'en diras des nouvelles quand tu « en auras goûté, et Dupont t'adorera, parce que... »
M. Moutonnet n'en dit pas davantage : sa femme le tire par le pan de son habit, et cela termine toujours ses phrases.
Dupont n'a plus la tête a lui depuis cinq heures du matin ; il s'est déjà baigné, frotté et fait coiffer; il se promène dans toutes les pièces de son appartement; il court de sa boutique à son miroir ; à chaque instant il appelle Jeanneton ou ses garçons pour venir l'aider; enfin, pour la première fois de sa vie peut-être, il oublie le prix du sucre et du café.
Mais en allant, venant, courant, l'épicier ne finit à rien, et l'heure s'avance; il est temps de mettre le costume neuf complet : habit, veste et culotte noirs, bas de soie blancs, souliers a boucles. Dupont étale tout cela sur un meuble et reste un moment en admiration. « Dé- «cidémentil ne me manque rien, » dit-il; et il se met en devoir d'endosser le costume de cérémonie.
L'habit et le gilet vont très bien , mais la culotte est trop juste. «Diable! » dit Dupont en cherchant à se donner de l'aisance, « je suis un peu serré... j'ai les cuisses «prises comme dans un moule! Il est vrai que cela ha- « bille mieux: pas un pli. on dirait une culotte de peau.»
Jï • M. DLI'OM'.
Et l'épitiei' appelle Jeannelon et ses garçons. « Comment me trouvez-vous? — Superbe , monsieur. « — Et la tournure? — Admiral)le. — Vous paraissez «• un brin gêné en marchant, »> dit Jeanneton. « — Ah! «c'est que ma culotte me serre un peu, en effet; mais «j'espère que cela se fera; d'ailleurs, je n'en ai pas « d'autre noire, et je ne peux pas mellre une culotte •' jaune ou cannelle pour me marier. . . Je sais ce que c'est «que le décorum; mais, du reste, elle me va bien, «n'est-ce pas? — Oui, monsieur, elle vous pince joli- « ment. — Me voila prêt enfin ; allons , les gants , le « chapeau, le bouquet. Les trois remises sont a la porte? « — Oui, monsieur. — Les cochers ont des bouquets? — "Oui, monsieur. — C'est bien. Ah ! en donne-t-on aux «chevaux? — Pas habituellement; cependant, si cela "fait plaisir a monsieur, on peut leur en attacher aux «oreilles. — Oui. cela sera plus beau, plus brillant!... « Ma foi! on ne se marie pas tous les jours, et je veux que «l'on parle longtemps de mes noces... Joseph, va achc- « ter des branches de fleurs d'oranger, et fais-en attacher « a la tête de chaque cheval. — Oui , monsieur ; et a la «queue, notre bourgeois? — Un paquet d'immortelles « a chaque queue; je prétends faire les choses en grand. « — Ça suffit. — Ah ! mes enfants, vous fermerez la bou- " tique à quatre heures, et vous viendrez nous rejoindre « chez le restaurateur, rue des Martyrs. — Oui, monsieur. « — On dansera ce soir, et vous vous en donnerez, car «je sais que vous êtes des danseurs infatigables. Toi, «Jeanneton, il faut que tu gardes la maison, ma chère «amie; mais régale-toi, bois, mange de tout ce que tu «voudras. Aie soin surtout que, pour ce soir, l'appar- « tement de ma femme soit préparé et orné avec goût...
L\ NOCE. l't-y
«Je le recommaïule les déttiils; (u m'entends, .leaiinelou!' u — Oui, monsieur. »
Dupont descend et s'apprête a monter dans un des remises; il reste longtemps indécis auquel des trois il donnera la préférence. Pendant ce temps, les voisins, les passants, les badauds, s'amassent devant la porte de l'épicier, qui est enchanté de la sensation que son mariage va faire dans la rue aux Ours. Il se fait ouvrir les trois voitures, et monte tour a tour dans chacune ; enfin, il a lixé son choix , les cochers ont l'ordre de marcher a la suite l'un de l'autre. Le marié est dans la voiture qui est eu tête, et il s'éloigne au hruit des applaudissements de la multitude, qui n'a pas encore vu des chevaux ayant des bouquets a la tête et a la quene.
Sur son passage, le marié n'entend que des exclamations, des éclats de joie, des cris d'étonncment, que fait naître la parure de ses coursiers. Dupont est dans l'iviesse, dans le ravissement, et les cochers, qui voient que la journée sera bonne, font claquer leurs fouets et entonnent de gais refrains, tandis que les chevaux, étonnés de flairer de la fleur d'oranger, et se sentant chatouillés par les paquets d'immortelles qui leur battent les fesses, galopent avec ardeur dans les rues de Paris.
Une seule chose trouble le plaisir de Dupont , c'est ceUe maudite culotte qui gêne tous ses mouvements. «'Comment diable danserai-je ce soir?» dit-il. " Je ne « puis ni lever ni écarter les jambes ; enfin, d'ici la, elle «se fera peut-être, n
Le futur va, suivant l'usage, prendre les parents, les amis qui sont invités \i assister aux cérémonies civiles et religieuses. Les remises s'emplissent d'oncles, de tantes, de cousines: on se rend enfin chez la mariée.
i' Ah ! que c'est beau ! que c'est brillant ! » dit M. Mou-
loiiiict en voyant arriver les voitures. « — Des fleurs « partout! » dit madame Moutonnet ; « c'est on ne peut « plus ij;alant. — Voila un mariage qui va le mettre en « bonne odeur, » dit M. Gérard qui est de la noce avec toute sa famille. Mademoiselle Cécile se mord les lèvres et ne dit rien; elle voit que, malgré tous ses petits propos, l'épicier va épouser Eugénie.
« Mais nous ne tiendrons jamais tous dans les voitu- ««res, » dit M. Moutonnet. « — Eh bien! monsieur, quel- « ques hommes iront a pied, Bidois d'abord. — C'est ça,» dit tout bas le vieux commis ; « et il fait justement de la « crolte ; il aurait bien mieux fait de prendre une voiture « de plus, au lieu TFaller fourrer des fleurs au derrière « de ces rosses ; ça a l'air d'une mascarade, je ne serais « pas étonné que les passants criassent à la chie-en-lit ! »
Eugénie est assise, et reste immobile, pendant que tout est en mouvement autour d'elle; parfois on lui adresse un compliment, et elle incline simplement la tête. Les hommes risquent de temps a autre une légère plaisanterie de circonstance, car le mariage, qui est l'institution la plus sérieuse, est pourtant celle sur laquelle on plaisante le plus. Mais , en France , on rit de tout, et on a raison. « De toutes les choses sérieuses, le « mariage est la plus bouffonne, » a dit Beaumarchais, et voila sans doute pourquoi les Français le traitent si gaîment.
Eugénie ne porte aucune attention aux discours que l'on tient autour d'elle. Quelquefois ses yeux se portent du côté de la rue , et semblent y chercher quelqu'un... Elle les rebaisse ensuite tristement ; et mademoiselle Cécile, qui observe tout, dit de temps a autre : «< C'est « étonnant, comme la mariée a l'air gai !... »
Dupont parvient enfin à descendre de voiture, ce qui
ne lui est pas facile, ne pouvant que difficilement plier les genoux. Il se présente d'un air conquérant devant sa future. Madame Moutonnet pousse Eugénie , et lui dit : « Ma lille, voila votre époux. »
Eugénie se lève et présente en silence sa main à Dupont. Celui-ci, en la recevant, cherche a se rappeler le compliment qu'il a composé pour la circonstance, et comme la mémoire ne lui revient pas, il reste sans parler devant Eugénie , lui tenant la main et la regardant en souriant.
«Partons-nous, mon gendre? » dit madame Moutonnet. Dupont cherche encore une minute, mais rien ne vient, et il se dit : « Je le lui adresserai en revenant, « ce sera la même chose. »» 11 conduit sa future à la voiture, et tout le monde prend place dans les remises , à l'exception de Bidois, de deux garçons épiciers, cousins de Dupont, et du petit Gérard. Comme il a plu, et qu'il y a beaucoup de boue dans les rues, ces messieurs se consultent pour savoir s'ils prendront un fiacre, ou s'ils suivront a pied ; chacun met tour a tour la main a son gousset ; les deux cousins présentent chacun sept sous ; le petit Gérard ne trouve que des billes dans ses poches, et Bidois, après avoir regardé et retourné longtemps dans SCS doigts une pièce de dix sous, dit: «Messieurs, «nous marcherons sur nos pointes. » L'avis est adopté, et ces messieurs suivent ainsi les remises.
6n se rend a la mairie, où l'on n'attend qu'une heure et demie, ce qui est une bagatelle lorsqu'il s'agit de contracter un engagement pour toute sa vie. D'ailleurs, dans une grande ville, il y a toujours foule pour les mariages, les baptêmes et les enterrements; l'un fait continuellement place a l'autre; le monde est une
2?s M. nrroNT.
giaiidc laiilcinc inajiiquc. où nous ne faisons (iiie pa~ raîlre et disparaître.
On se rend ensuite a Saint-Nicolas; c'est la que les ('poux doivent recevoir la bénédiction nuptiale. Une foule considérable envahit les portiques du temple. Dans une grande partie de la rue Saint-IMartin on connaît la famille Moulonnet ; toute la rue aux Ours sait que Dupont se marie, et chacun est curieux de voir les futurs époux. D'ailleurs, l'élégance du cortège et la grande tinue des chevaux sufliraient pour attirer la foule. Toutes l's personnes qui passent demandent ce que c'est : «Un « mariage, » répond-on. « — Un mariage !... Il faut voir « la figure et la tournure des époux, » et l'on entre dans l'église de Saint-Nicolas.
Dupont ne regrette qu'une chose : c'est de ne point pouvoir entrer en voiture dans l'église ; il pense que cela serait un spectacle superbe; mais comme cela ne peut pas être, il faut se contenter de descendre a la porte ; ce qu'il fait, en usant de toutes les précautions, possibles pour ne point déchirer sa culotte.
« C'est le marié, » dit-on, et on rit. « C'est la mariée, » dh-on ensuite, et on ne rit plus, car la charmante figure d'Eugénie laisse deviner ce qui se passe dans son âme ; ses yeux sont pleins de larmes, non de celles que la jeune vierge répand avec douceur en engageant sa foi, mais de ces pleurs amers qui décèlent un chagrin profond. Enfin, sa démarche est chancelante, ce n'est qu'en tremblant qu'elle s'avance vers l'autel... et tout le monde se sent ému a l'aspect de celte femme intéressante.
En traversant la foule, Eugénie jette timidement quelques regards autour d'elle... ses yeux cherchent AdoK phe... Adolphe ! qui , alors auprès de son père, est loiu.
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tie se douter de ce (lui se passe. « Il n'y esl pas ! » se dii Eiiuénie ; « il n'a pas voulu être témoin de mon nial- « lieur... Alî ! il a bien fait... je sens que sa vue m'aurait "ôlé tout mon courage... il a eu pitié de moi... "
Le futur, bien différent de sa femme , marche d'un air fier et joyeux: il remue ses breloques, lève la télé, regarde tout le monde en souriant et en soufflant, parce qu'il étouffe dans sa malheureuse culotte, qui lui fait faire de temps en temps des grimaces qu'il lâche de dissimuler en promenant ses regards sur la foule, d'un air qui signifie : «• C'est moi qui suis le marié. »
Enfin la cérémonie commence : le papa Moutounet pleure, sa femme fait semblant d'être attendrie, et Dupont est fort mal h son aise, parce qu'il est obligé d'être à genoux et que cela le gêne horriblement. Eugénie, triste, mais soumise, achève avec courage le sacrifice, et tout va le mieux du monde, lorsqu'en se r^elevant le marié sent péter sa culotte : Dupont, consterné, ne sait plus que devenir, c'est positivement entre les jambes que la maudite culotte s'est déchirée... Si on allait s'en apercevoir !... Le pauvre marié n'a plus la tête a lui ; et lorsqu'on lui demande s'il promet d'aimer constamment sa femme : « J'ai toujours dit qu'elle était trop étroite... » répond-il d'un air désespéré.
Heureusement le ministre des autels n'entend point sa réponse , ou l'attribue a l'émotion extraordinaire du moment. Dupont tire son mouchoir de sa poche et le lient sur l'endroit déchiré. Lorsqu'il s'agit de mettre l'anneau à sa femme, il serre les jambes de manière îi ce que son mouchoir ne tombe pas , et les assistants ne conçoivent rien a lembarras du marié.
Enfin la cérémonie est terminée : mais il faut traverser de nouveau la foule . (jui a les yeux sur les époux. Du-
pont donne la main a sa femme , et tient de l'autre son mouchoir sur sa déchirure... Tout le monde fait des conjectures sur cette attention du marié a cacher le devant de sa culotte ; les petites filles rient, les jeunes gens font des plaisanteries , et les papas disent : « Voila un « homme qui fait très bien de se marier. — Que diable « nous cache-t-il donc avec son mouchoir ! » murmure Bidois, taudis que iM. Moutonnet, faisant remarquer a sa femme la démarche gênée de Dupont, lui dit : « ]\Iamour, « il paraît que notre gendre est fort amoureux d'Eugénie ; « ce gaillard-la va la rendre bien heureuse. » Et madame Moutonnet pousse son mari en lui disant : «Taisez- «vous, monsieur, taisez -vous donc!... Il faut espérer « que cela ne durera pas comme cela toute la journée. .. » Et la mariée seule ne s'aperçoit pas de la singulière démarche de son époux.
On rempnte dans les voitures, qui prennent le chemin de la rue des Martyrs. Dupont ne se trouve dans son remise qu'avec des cousines et de vieilles tantes auxquelles il répond avec distraction, étant occupé a chercher comment il fera réparer son accident. En attendant, il tient constamment son mouchoir a la même place ; et cela n'échappe ni aux vieilles tantes, ni aux jeunes cousines. Les tantes se regardent d'un air significatif, en se pinçant les lèvres, en laissant échapper quelques soupirs de souvenir. Les petites cousines ont très envie de rire, j'aime a penser que c'est sans savoir pourquoi (car ce sont des demoiselles), et elles se disent tout bas : ««Appa- « remment qu'on se tient comme ça quand ou vient de " se marier. «
On arrive chez le traiteur, où tous les marmitons sont en l'air, parce qu'ils n'ont jamais eu une noce d'une pareille importance. La société entre dans une petite
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salle , et, en attendant le moment tle se mettre a table, M. Gérard propose de jouer aux petits jeux.
Eugénie se dispense de prendre part aux amusements de la société, en prétextant une violente migraine ; mais Dupont ne peut se refuser a partager les plaisirs de la fête : cependant , depuis qu'on est arrivé chez le traiteur, Dupont poursuit toutes les servantes qu'il aperçoit pour qu'elles fassent un point a sa culotte; mais les servantes sont trop occupées des apprêts du repas pour avoir le temps de répondre au marié ; et le pauvre Dupont, toujours dans le même embarras, i-cvient près de la société, tenant constamment son mouchoir collé sur sa cuisse, même en jouant au colin-maillard , au pont d'amour et a la petite boîte d'amourette.
Cette affectation excite des chuchotements parmi la société ; on regarde Dupont , on se regarde , on rit et on se parle bas. «C'est bien extraordinaire,» disent les hommes. « Il y a quelque chose la-dessous , »> disent les dames. ««Encore, s'il était minuit! » disent les jeunes gens. ««J'étais certaine que ce serait un excellent parti, >» dit en soupirant mademoiselle Cécile. Et Bidois murmure entre ses dents : •« 11 aura avalé ce matin une bou- «« teille de vanille. »
JMadame Moulonnet, qui entend les petits mots, les chuchotements, et s'aperçoit que son gendre est l'objet des plaisanteries générales, ne peut tenir a cela. « Déci- « dément, »> dit-elle a son mari, «« il faut que je mette fin «« a tout ceci , et que je sache ce que c'est. — Oui , mon «« cœur, » dit M. Moutonnet , <« il faut tâcher de t'en as- «« surer.
<« J'ai deux motsa vous dire en particulier, mon gendre,» dit tout bas madame Moutonnet a Dupont, et elle se dirige vers un petit cabinet écavié, où le marié la suit,