ENTREVI E DE>ANT TÉMOINS
"Que taire!... Je descends chercher des ji;oullcs... de «reau... de... Ne la quittez pas, monsieur, je vous en « prie, ne la quittez pas... >»
L'épicier descend quatre a qualrc l'escalier, et déjà Adolphe est a genoux près d'Eugénie; il soutient sa tête, il presse ses mains, il l'appelle, mais elle ne l'entend pas, die ne rouvre point les yeux, et ses traits charmants sont couverts d'une pâleur effrayante.
«Ah! malheureux!... qu'ai-je fait! «s'écrie Adolphe désespéré, « je l'ai tuée... je lui ai donné la mort.
« — Voilà des gouttes, voila de la fleur d'oranger, >» dit l'épicier qui accourt suivi d'un de ses garçons.
««Eugénie!... chère Eugénie!... réponds-moi, je t'en « supplie, " dit Adolphe, soutenant toujours la jeune femme qu'il presse dans ses bras, et repoussant Dupont et Joseph qui lui présentent les petites bouteilles et dos morceaux de sucre.
«Barbare ! . . . vous n'avez point eu pitié de sa faiblesse. . . « — Qu'est-ce que vous dites donc, monsieur?... — Mon «Eugénie!... — Son Eugénie?... qu'est-ce que cela veut « dire , Joseph ? — Daigne jeter encore les yeux sur ton «Adolphe... — Son Adolphe!... Est-ce que ce jeune ««homme devient fou?... — Dis-lui que tu l'aimes en- «core... — Dis donc, Joseph, il veut que ma femme lui « dise qu'elle l'aime. . . Comprends - tu cela ?. . . — Mon- «« sieur, c'est de l'éther qu'il faut lui faire respirer...
« — Elle ne m'entend pas,» dit Adolphe en repoussant de nouveau les petites bouteilles qui vont se briser sur Je parquet. «Elle ne veut plus me voir... — Mon- « sieur, je trouve bien singulier!... — Mouslre!» s'écrie le jeune homme en se relevant et s'avançant furieux sur Dupont qui recule effrayé, <« barbare!... c'est vous « qui êtes l'auteur de tous nos mau5 ! . . , — Monsieur ! . . ,
«Monsieur!... qu'est-ce que vous avez donc?... — Vous «vous êtes fait un jeu de ses larmes!... de nos tour- «ments... — : Gomment, monsieur?... je n'ai rien fait... « — Mais tremblez ! ... c'est sur vous que retombera toute " ma fureur !... — Ah ! mou Dieu ! ce jeune homme a le « Uansj)oit... Joseph, viens donc le retenir, il veut m'é- « trangler. »
Adolphe ne sait plus ce qu'il fait; il vient de saisir l'épicier a la gorge, celui-ci crie, et le garçon épouvanlé et n'osant s'approcher d'Adolphe, prend le parti d'aller chercher du secours.
Heureusement Jeanneton arrive dans ce moment; elle .voit Eugénie étendue a terre sans connaissance, et Adolpiie hors de lui , tenant dans un coin de la chambre le pauvre Dupont, que la frayeur a déjà rendu violet.
Le plus pressé est de dégager l'épicier, qui crie : «A «l'assassin!» Jeanneton court à Adolphe, s'empare de lui : «Que faites-vous, monsieur,» lui dit-elle a l'oreille, « vous voulez donc perdre ma pauvre Eugénie?. . . Eloignez- « vous , éloignez-vous bien vite, ou songez aux suites de «tout ceci... Au nom de ma chère maîtresse, partez, « monsieur, je vous en supplie ! »
Jeanneton pousse Adolphe vers la porte ; le jeune homme, qui n'a plus la tète a lui, se laisse emmener ; il jetle uu regard sur Eugénie : «Ne craignez rien , je vous ré- « ponds d'elle,» lui dit Jeanneton. Adolphe cède enfin et quitte l'appartement; il descend l'escalier comme un fou, traverse la boutique sans voir autour' de lui. «Pre- «nez garde, prenez garde,» crie Joseph aux personnes qui sont en bas, «il a le transport, et il est méchant com- « me un âne 1 ... »
Tout le monde s'écarte du passage d'Adolphe, qui est bien loin avant que l'on se soit décidé a courir après lui*