‹ M. DupontChapitre 69 sur 75 · RENCONTRE ET SES SUITES · texte numérisé non relu

RENCONTRE ET SES SUITES

Depuis qu'Adolphe est riche, il cherche dans les plaisirs, dans les occupations d'un homme du monde, de la distraction a sou premier amour ; quelquefois il se persuade que cet amour est lolalement ^uéri, et le lendemain le souvenir d'I'lugénie le poursuil plus ([ue jamais. Il a cependant de fréquentes distractions; il rencontre dans le monde des femmes jolies, allrayantes, et qu'il croit aimer; il fait sa cour, on l'écoulé favorablement })arce qu'il est jeune, beau, riche et généreux ; alors, enchanté de sa conquête, il court chez ses jeunes amis et leur dit : «J'ai enfin oublié tout-a-fait Eugénie, j'en aime « une autre... j'en suis aimé !

« — Tant mieux, "dit Charles, «j'étais bien sur que «cela se terminerait ainsi. — C'est bien heureux, " dit lo.iise; «au moins non-; pourrons nous embrasser i\e- ^>aut vous, sans qui' cela vous lasse soupirer. »

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Mais quelques jours après, Adolphe revient Iristeiueiit chez les jeunes époux. « lîh bien ! les amours ! >' dit Louise. «Ah! je m'étais Irompé... c'est déjà fini! je croyais ai- « mer ; ce n'était qu'un caprice ! . . . — Ah ! mon Dieu ! . . . •' tâchez donc que ce soit tout de bon une autre fois. "

Au bout de quelque temps, Adolphe semble enfin fixé : une jeune femme jolie, bien faite, a répondu îi ses lendresaveux. Depuis un mois Adolphe est assidu près d'elle, et il se persuade qu'il en est réellement amoureux. La jeune dame ne doute point du pouvoir de ses charmes et de l'amour d'Adolphe. Depuis un mois on les voit ensemble aux spectacles, aux promenades ; ils n'ont pas un moment a eux. Il y a des liaisons qui ne se soutiennent que dans les plaisirs et qui meurent dans la solitude. Cet amour-la est le plus commun ; de crainte que celui qu'il éprouve ne résiste pas à de trop fréquents téte-a-tète, Adolphe imagine chaque jour quelque partie nouvelle afin d'aimer plus longtemps. Charles dit a sa femme : «« Je «crois que notre cher Adolphe est enfin raisonnable, et « qu'il ne pense plus du tout a son Eugénie. »>

Mais Louise secoue la tète d'un air incrédule : elle lit mieux que son mari dans le co'ur d'Adolphe.

Pendant que ces événements se sont passés, Eugénie s'est rétablie entièrement. Dupont est encore absent, et la jeune femme vit tranquille avec Jeanneton ; elle est toujours mélancolique, malgré tous les efforts de sa fidèle servante, qui cherche sans cesse a la distraire, et lui répète souvent qu'elle a vu M. Adolphe couché chez une femme, le lendemain de son entrevue avec elle.

Alais Eugénie écoute .leanneton en souriant, et celle-ci se damne de ce que sa maîtresse ne la croit point.

« Ah ! .leanneton, » lui dit lùigénie, «si tu l'avais vu « lorsqu'il est venu ici avec mon é|)oux,.. nh ! fu ne l'ac-

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« ciiserais plus. Pauvre Adolplie!... mes yeux n'oni pas « ou la force de se fixer longtemps sur les siens... mais' « un seul regard m'a suffi pour voir combien il est « changé !... Comme le chagrin, la douleur ont altéré ses «traits!... — Mon Dieu, madame, je ne dis pas que ça «ne lui a point fait de peine, mais il s'est consolé; « faites-en autant 1 Les hommes ne peuvent pas être tou- « jours constants!... c'est plus fort qu'eux!... — Ah! « Jeanneton, Adolphe n'est pas comme les autres hom- « mes ! — Et moi, je vous dis qu'il ne vaut pas mieux. »» Eugénie' ignore le changement de fortune d'Adolphe ; madame Moutonnet l'a caché avec soin a sa fille, craignant d'augmenter encore ses regrets : elle croit qu'Eugénie regrettera un rang et des richesses; elle connaît mal son cœur.

Jeanneton engage sa maîtresse à aller a la promenade, au spectacle, a prendre quelques plaisirs pour chasser sa mélancolie ; Eugénie refuse ; pour elle il n'y a plus de plaisir que dans les souvenirs.

Enfin les prières de la bonne parviennent un jour a fléchir Eugénie ; elle consent a se rendre au spectacle. C'est pour procurer a Jeanneton un moment de plaisir qu'elle cède à sa demande. La bonne fille saute de joie en se disant : « C'est toujours un commencement, et si le « spectacle amuse madame, nous n'en resterons pas la. » On part. C'est à lOpéra qu'Eugénie conduit Jeanne- Ion ; ce sera pour la servante un spectacle merveilleux, et Eugénie jouira de l'effet qu'il produira sur elle.

La jeune femme et sa bonne occupent une loge découverte. Jeanneton , tout yeux , tout oreilles, ne détourne pas ses regards de la scène, et Eugénie sourit en regardant Jeanneton,

Mais, après s'être amusée quelques moments de l'éton-

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