LE MARI EN POSTE
point très satisfait de son mariage ; les paroles du commissaire lui trottent sans cesse dans la ti'le, et il se dit : « Pour qu'une jeune femme se conduise de la sorte avec « son mari, il faut bien qu'il y ait quelque cause secrète... « et il esl fort désagréable d'avoir épousé une femme qui « a une disgrâce qu'elle ne veut pas me montrer. »
Cette idée poursuit Dupont et l'empêche de prendre part aux plaisirs qui lui sont offerts. Dans toutes les réunions où le riche marchand est invité, il porte une mine si singulière, que chacun lui en fait la guerre. ««Ou voit «« que c'est un nouveau marié, » lui répète-t-on partout ; «♦ il pense sans cesse à sa femme, et s'ennuie de ne point «« la voir.
« — Oui, oui, »» se dit Dupont, «« j'y pense, en effet, et « il y a de quoi ! moi qui voulais avoir des enfants pour ««perpétuer ma race, comment diable en avoir, si ma « femme a quelque disgrâce qui l'empêche de cohabiter ««avec moi? C'est bien cruel !... j'ai oublié de dire cela « a M. le commissaire ; mais, en revenant à Paris, je ferai « faire une consultation de médecins. »
Dupont vient de terminer ses affaires ; il est sur le point de retourner a Paris, lorsqu'on lui remet une lettre de la capitale.
Il l'ouvre, regarde la signature, et voit: Eugénie, femme Dupont...
«« Ma femme ! . . . une lettre de ma femme !...♦> s'écrie l'épicier. « Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que cela veut dire ?. . . ««il faut qu'elle soit a l'article de la mort. »
Il lit, et son étonnement augmente à chaque mot. « Désormais vous trouverez en moi une épouse sou- « mise... Serait-il possible !... Est-ce bien ma femme qui «•m'écrit cela?... Et je saurai remplir tous les devoirs **que ce titre m'impose... Tous les desoirs, cela s'en-