‹ M. DupontChapitre 72 sur 75 · M. DLI'O.M · texte numérisé non relu

M. DLI'O.M

"leiul... je sais te (ju'elle veiil diic... Ce que e'est que «' l'absence !... Ma lemme m'adore depuis qu'elle ne me M voit plus ! . . . Pauvre petite femme ! . . . elle m'écrit pour " m'averlir qu'elle est prête a remplir ses devoirs... c'est «'Charmant... Et ce commissaire qui voulait me faire «croire... Allons, ma femme n'a point de disgrâce, en <' voila la preuve... Elle m'attend avec impatience, puis- «(|u'clle m'écrit... enfin je vais être marié compléte- " ment... »

Dupont est dans l'ivresse; il saute dans sa chambre, court comme un fou dans son appartement, et descend a la hâle chez son hôtesse ; il ordonne que l'on fasse sa valise, et court à la poste où il arrive tout essoulllé.

«Eh! vite! vite! »> s'écrie-t-il, «il me faut des che- « vaux, une voiture, des postillons ! — Où va monsieur? " — A Paris. — Quand monsieur veut-il partir? — Sur-le- « champ, ma femme m'attend. Quelle est la manière la " plus prompte de voyager? — Ma foi! monsieur, c'est " d'aller en poste. — En poste, c'est entendu ; je vais en « poste. — Monsieur prend une chaise ? — Jeu prendrai «deux s'il le faut. — Combien de chevaux? — Autant « qu'on en pourra mettre. — Alais, on en met deux, Irois, <• (|u;dre même... — J'en veux cinq; vous les mettrez à « la lile les uns des autres pour qu'ils courent mieux. — "Cela ne se peut pas, monsieur, vous ne pourriez plus " les diriger... — Eh bien ! vous les mettrez de front. — « Impossible, monsieur, on ne pourrait pas les atteler a « la chaise. — Alors vous les mettrez comme vous vou- «drez; pourvu que j'aille comme le vent, cela m'est « égal qu'ils soient devant ou derrière. — 11 faut alors "deux postillons... — Trois postillons, et un coureur en « avant. 'Ma femme m'attend, et je suis pressé. »

|)uponl court de la poste "a son hôtel. Il presse tout le

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iuoikIc, no se doiiiio pas le temps de laiie ses uuilles. ne prend sur lui que son poile-Ieuille et quelques ellels indispensables qu'il met dans un poile-manteau. "Vous "lu'envcirez tout le l'este îi Paris,» dit-il a son hùlo. " — Il parait (jue monsieur a reçu des nouvelles inipor- «laules qui nécessilenl son retour? — Je le erois bien, «une lettre de mon épouse... — Ah! mon Dieu! serait- «ellc malade, monsieur? — Au contraire, elle se porte « bien, et c'est la première fois depuis que nous sommes « mariés : vous sentez que je suis bien aise d'eu pro- " liter. »

L'hôte ne comprend rien a cela, mais Dupont n'a pas le temps de le lui expliquer; la chaise est devant la maison, les chevaux hennissent, les postillons tout cla- <|uer leurs fouets. Dupont saute dans la voiture, (jui part aussitôt.

Ce coureur, ces postillons, ces chevaux, ce train extraordinaire, tout cela fait croire *que la chaise de poste renferme quel(|ue personnage important. Partout oîi elle passe, on dit : » Cest un prince qui voyage incognito : « ou c'est quelque ambassadeur, ou quelque général. « enlin c'est un grand personnage. »

Et on s'informe aux postillons, qui répondent : « C'est « un épicier en gros qui va coucher avec sa femme. »>

Les curieux restent ébahis, les postillons rient, et la \oiture repart, laissant tous ceux qui l'entouraient faire des conjectures et se demander s'ils n'ont point mal entendu.

Dupont paie largement, et on le mène comme un fournisseur, comme un fermior-ménéral. conune un milord, comme un agioteur qui a fait banqueroute dans son pa\s, et va acheter des terres chez l'étranger.

Lccoureui'. qui j-riM-ède Dupont, est chargé de donner

des ordres dans les auberges pour que rien ne relarde la marche du voyageur. L'arrivée d'un coureur annonce toujours quelque personnage d'importance; c'est une bonne fortune pour les aubergistes, ils mettent tout en l'air dans leur maison pour que l'on puisse satisfaire à tous les désirs de monseigneur. La broche tourne, le feu pétille ; toutes les casseroles sont sur les fourneaux, tous les marmitons a leur poste ; les servantes se dépêchent pour que le plus bel appartement soit prêt, et vont y dresser le couvert de l'illustre voyageur, car un homme qui a un coureur ne dîne pas a table d'hôte, et, puisqu'il ne couchera pas, on espère au moins que le repas qu'il prendra dédommagera de toutes les peines que l'on se donne.

Bientôt le bruit des chevaux, le fouet des postillons, annoncent l'arrivée du grand personnage. Tous les gens de l'auberge courent à la porte pour le recevoir. Le maître a son bonnet a la main, les servantes ont rajusté leur coiffure, les valets d'écurie ont quitté les chevaux, les voyageurs qui se trouvent dans l'auberge courent aux fenêtres pour voir celui qui met toute la maison sens dessus dessous, et tous les passants et oisifs de la ville viennent faire foule devant la porte.

« Ah ! mon Dieu ! ... » s'écrie l'aubergiste en apercevant la voiture. «< Cinq chevaux!... trois postillons!... « Suzanne, Marie, a-t-on bien frotté la chambre... épous- « seté partout? Jacques, Pierre... songez au rôti, aux « fricassées... au fricandeau... n'épargnez rien, mes en- « fants ; un personnage comme celui-là a le palais dé- « licat et ne regarde pas a la dépense. »

Euûn la voiture entre dans la cour ; tous les yeux se portent sur celui qu'elle reufeiine... on court l'aider a descendre... Mais au lieu d'un personnage chamarré de

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rubans, en lial)il galoiihé el broiU", ei\ chapeau a phime(s, cl a la mine imposanle cl flcie, on est un peu surpris de voir un petit homme gros et court, d'une figure commune, coiffé d'une casquette, vctu d'un habit bleu de ciel, d'une culotte jaune, en guêtres et en cravate de couleur, et qui, eu s'élançant lourdement hors de la voiture, renverse sur un tas de fumier l'hôte qui lui présentait la main.

« C'est égal, » dit l'aubergiste en se relevant, « il n'en « a pas moins cinq chevaux, trois postillons et un cou- « reur ; et puisque c'est un homme très riche, la mise et « la tournure n'y font rien. »

Et il suit, le bonnet a la main, le voyageur, qui entre tout essoufflé dans la grande salle, où il va se jeter sur une chaise, devant une table couverte d'une toile cirée, où dînent ordinairement les rouliers, promettant a ses postillons de manger très vite.

« Si monsei... monsieur le... sa grandeur... voulait « passer dans l'appartement que je lui ai fait préparer « au premier, » dit l'aubergiste en saluant Dupont. «' — Ce n'est pas la peine, mon cher monsieur, je suis « bien ici," répond l'épicier. « — Monsieur le voyageur « sera plus dignement, plus convenablement la-haut... « — Puisque je vous dis que je suis bien la.

" Allons, c'est un original, » se dit l'aubergiste; « je « l'avais deviné; mais n'importe, il a un train de « prince!... » Et il se rapproche en saluaut.

« Monsieur veut sans doute dîner? — INIais oui, j'ai « faim; cette voiture me secoue, ça donne de l'appétit; «' je mangerai bien un morceau... — Le dîner de mon- « sieur le voyageur est préparé... — Ah! parbleu! il ne « faut pas tant de façons ; un plat de pommes de terre «' et un morceau de fromage de gruyère, avec une de-

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" mi-hôiiloilio a quinze. — Commonl, inonsitnn?... — ' « Je vous demande des pommes de lerrc et du gruyère... «' qui soit vieux surtout... car je m'y connais, voyez- vous, •' et si le vùlre n'est pas l>on. je vous en enverrai du fa- « m eux !

« Ah! qu'est-ce que c'est que ce gros imbécile? »> dit raubergisle en courant a sa cuisine. « Jacques, PieiTC, « ùlez le rùli, les fricassées, les coulis... Ce malotru <jni " arrive avec cinq chevaux ne veut que du fromage et « des pommes de terre! Qui dialde se serait doulé de " cela!... Voyager en seigneur et dîner eu cuistre!... Je " gagerais bien (jue ce n'est pas grand'chose que cet « liomrae-la!... le naturel perce toujours. »»

Sans faire attention a la mauvaise humeurde son hôte, IXipont achève son modesie dîner, se bourrant de pommes de terre et de fromage; puis, après avoir fait remplir d'eau-de-vie une petite bouteille d'osier, il remonte dans sa chaise de posie, en jelant deux sons pour boire aux servantes. C'est cependant le même homme qui paie généreusement les postillons; pour arriver près <le sa femme, il ne regarde pas a la dépense, il agit en seigneur ; mais pour tout le reste, il redevient Dupont l'épicier. L'aubergiste a raison ; le naturel perce toujours.

Les postillons, qui sont bien payés, dînent mieux que celui qu'ils conduisent ; ils veulent contenter cet homme singulier; les chevaux couvrent leurs freins d'écume, et Dupont trouve encore qu'il ne va pas assez vite. Cependant, a moitié chemin de Marseille a Paris, la chaise de poste, qui n'a jamais été tirée par <inq chevaux, se brise en éclats au milieu de la route.

Personne n'est blessé, mais Dupont est désolé : cet événement peut retarder de beaucoup son arrivée. La voitnreesttellcment maltrailéc. que les postillons avouent

m: m \f',l EN t'OME. '»t)7

(jn'il laudia au moins trois jours pour la remeUiv ou état.

"Trois jours! trois jours! >» dit Dupont : «« dans trois ««jours je prétends avoir fait un enfant a ma femme. Eii ! «« mais, quelle idée lumineuse! qu'ai-je besoin daller en «« voiture? on va plus vite a cheval . puisque mon coureur « était toujours devant moi. C'est décidé, je vais ;i clie- «> val; a franc étrier. en coureur. »

Dupont n'a jamais monté achevai de sa vie. mais il est persuadé qu'il s'y tiendra comme un drapon. Il paie ses postillons, qui veulent en vain le faire renoncer a son projet. Dupont est entêté ; il ne veut point d'ailleurs attendre une aiilre voiture, il achète le cheval, les hottes et le fouet de son coureur, et, vêtu moitié en houri^eois, moitié en postillon, il monte sur sa bête et se dirige vers Paris.

Dupont n'a pas fait un quart de lieue qu'il s'aperroit que l'exercice du cheval est moins facile qu'il ne l'avait cru. Sans cesse près de tourner sur sa selle, il fait des sauts qui le renvoient de la croupe a la crinière de son coursier. Plus il cherche a se coller sur son cheval, plus il est secoué, et moins il attrape l'équilibre, et ses pieds sortent a chaque instant des étriers, beaucoup trop longs pour lui. Cependant il ne perd pas courage, il se retient a la (|ueue, à la selle ou a la crinière de l'animal ; mais ce qui le désespère, c'est que, sans cesse forcé de s'attacher à quelque chose, il ne peut faire usage de son fouet. Pour faire avancer son coursier, il sue sang et eau , essayant de lui donner des coups de talon ; mais les petites jambes de l'épicier ne peuvent atteindre sousle ventre du cheval.

Ajjrès avoir fait une lieue, il perd une de ses bottes fortes; une lieue plus loin il perd l'autre. «C'est égal, » ditil. 'j'uai aussi bien en souliers, j'iiai mieux même, car

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«ces grosses boites m'embarrassaient, ol il faudra bien «que je finisse par attraper l'équilibre.»

Dupont voyage ainsi une demi-journée, au bout delàquelle il s'aperçoit que sa culotte est déchirée : il va toujours. ««C'est une culotte de sacrifiée, » dit-il, ««mais «« on ne doit pas regarder a cela dans une circonstance « pareille. »

Bientôt il sent de vives douleurs et porte la main à l'endroit: ««Diable! diable!» dit-il, ««ce maudit galop ««vous écorche quand on n'y est pas fait; j'aurai le der- «' rière en compote, et ce sera désagréable pour cohabiter •«avec ma femme... Enfin, pourvu que cela ne se gagne « pas... .le me ferai mettre un cataplasme a la première «< auberge. •

Ce n'est pas sans peine que Dupont atteint cette auberge, où il espère se reposer un peu. Son cheval, qui n'est plus ni fouetté, ni piqué, ne va plus qu'au petit pas ; et Dupont, tout en cherchant à le faire retrotter, se dit : «« 11 paraît que je m'accoutume au cheval , car il ne « me secoue plus autant. »

L'arrivée du postillon, en habit bleu de ciel, en souliers a boucles, et tenant une de ses mains sur sa blessure, produit dans l'auberge un effet bien différent de celui que faisait la chaise de poste a cinq chevaux.

Les servantes regardent Dupont en riant; l'hôte ne se dérange point; les valets le laissent descendre tout seul de cheval, se moquant entre eux de sa tournure grotesque. Enfin , notre voyageur entre clopin dopant dans l'auberge, où il demande une chambre, parce qu'il sent bien qu'il ne peut pas se faire mettre un cataplasme devant les voyageurs. «« Surtout qu'on ait bien soin démon «« cheval , » dit-il ; «« ce coquin-la ne veut plus galoper ; il u faut (jue je lui fasse prendre quelque chose qui lui

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