LE BOIS DE ROMAINVILLE. — DINEK SUR I/HERBE
Enfin on est dans le bois. « Grâce au ciel ! » dit Bidois, ç» il était temps ; j'allais me trouver mal.
LE HOIS DE KOMAliNVlLLE. 45
« — Je ne serais pas fâché de me reposer, » dit le papa Moutoniiet, « celle chaleur faligue. — Un iustanl, raon- « sieur Moulonnet, il faut choisir une bonne place. »
En disant ces mots, madame Moulonnet se met a la tête de la compagnie et marche a la découverte. Elle s'arrête bientôt à une place assez unie. « Il me semble « que cet endroit est joli, " dit-elle. « — Fort joli, » répond M. Moulonnet, et le bon homme étale son mouchoir pour s'asseoir dessus.
« Oui, c'est fort gentil, ici, « dit Bidois, posant les paniers et s' asseyant sur le gazon.
«< Non, non, » dit madame Bernard, « le site n'est pas « bien choisi, cela ne va pas assez en amphithéâtre. — «« C'est vrai, " dit Gérard, « on est bien mieux assis « quand le terrain va en pente. — Voyons plus loin, »» dit madame Moulonnet.
« — A a pour l'amphithéâtre, » dit le papa Moutonnet en se relevant; «j'étais pourtant assez bien ici... Et « toi, Bidois? »
Bidois ne répond pas ; il se relève en grognant, prend les paniers avec un geste de désespoir et suit la société.
On s'arrête un peu plus loin. « Voici un joli amphi- « théâtre, » dit iNI. Bernard ; «< il me semble que c'est « notre affaire. — Oui, vraiment, " dit madame Gérard. « cela vaut bien mieux que l'autre.
«« — Allons, » dit M. Moutonnet, « puisque c'est notre « affaire, je m'installe. » Et il relire son mouchoir qu'il étale de nouveau a terre, puis se jette dessus. Pendant ce temps, Bidois s'est assis entre les deux paniers et commence a se mettre a son aise.
«« Un instant, un instant, »» dit madame Moutonnet, arrêtant les dames prêtes a s'asseoir : « Comment pouvez- {♦ vous dire que cette place est belle?... regardez... on a
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« lait dos ()i(lures loul autour... cl je crois vraiment que «' Bidois s'est assis sur... Ah! mon Dieu, c'est une peste! « Prenez donc garde a ce que vous faites, Bidois, vous « êtes si pressé de vous asseoir... — Mais, madame, c'est « que... — Allons, levez-vous vile et cherchons un autre .« endroit.
K — Allons, cherchons un autre endroit, » dit M. ^Io\itonnet, reprenant son mouchoir en soupirant et suivant la compagnie, tandis que le vieux commis, après avoir làtésa culotte, où il jure qu'il ny a rien, met un quart d'heure a se relever et a reprendre ses paniers qu'il secoue avec fureur pour se venger sur eux de la fatigue qu'ils lui causent.
On s'arrête a une autre place. « 11 me semble, » dit M. Gérard, « que celle-ci réunit tout : ombrage, fraî- «» cheur, le pittoresque et l'agréable. — Oui, >» dit Dupont, - c'est d'un pittoresque qui... On y sera très « bien pour dîner. Qu'en pensent ces dames? — Oui, « oui, restons ici.
" — Ma foi ! " se dit Bidois en se laissant aller a terre et se débarrassant des paniers, « qu'on ait fait ici tout u ce qu'on voudra, je ne me lève plus... c'est fini, je « suis cloué. »
M. ^loutonuel regarde sa femme avant de se rasseoir, et voyant (lu'elle paraît satisfaite de la place, il se décide alors a étaler pour la troisième fois sou mouchoir sur rherbe.
Chacun se place suivant son goût; madame Bernard, qui aime les terrains qui vont en pente, se met sur une hauteur, relevant ses genoux sur lesquels elle s'appuie avec grâce ; M. Gérard se met beaucoup plus bas, mais en face de madame la tabletière, sur laquelle il a toujours un œil braqué,