LE BOIS DE UOMALWILLE
Adolphe espère trouver une place auprès iriàigéuie ; déjà il s'approche doucement de la jeune lille qui, en s'asseyant, a jeté un regard de son côté... mais ce lourdaud d'épicier l'a prévenu; il se jette sur le gazon et tombe presque sur Eugénie ; elle n'ose plus bouger, elle est forcée de rester a côté de M. Dupont, qui, en voulant l'aire l'aimable, le folâtre, se penche constamment sur elle, et lui fait supporter une partie de son individu.
«Ah! quel supplice! «dit en elle-même Eugénie, «moi qui croyais tant m'amuser!... Ce vilain .M. Dupont « a donc juré de se tenir sans cesse près de moi... Ah ! je «ne l'aimais pas, mais maintenant je sens ([ue je le dé- « leste ! ... »
Et la pauvre petite fait une moue bien triste, pendant que l'épicier fait l'aimable près délie ; mais celui-ci ne s'aperçoit pas de l'humeur de sa voisine, et il va son train, toujours charmé de la décence et de la sévérité d'Eugénie, qui n'écoute pas ses compliments.
« Il n'est que midi, » dit M. Moutonuet, « nous pou- "vons faire quelque chose avant dîner... — Oui, » dit Bernard, «jouons a des petits jeux, par exemple... Qu'en « pensez-vous, Gérard ?... »
Gérard qui contemple toujours son vis-a-vis , répond sans se détourner : «Je ferai tout ce qu'on voudra. »
« — Avant tout," dit madame Moutounet. «il faut « s'assurer de l'essentiel, qui est le pain et le vin ; mon- « sieur Moutounet, vous allez vous rendre chez le garde, «avec Didois, et vous vous ferez donner tout ce qu'il «nous faut... Nous serons bien aises, d'ailleurs, de «nous rafraîchir a présent.
« — Oui, certes, » dit Dupont, «cela ne fera pas de «mal... — Rafraîchissons-nous, » dit Bernard. « — Oh! « oui, '» dit madame Bernard , « car j'éprouve une cha-
«leur étôiilfaiite, et pourtanl je me donne de l'air lant «que je peux. — Pas encore assez, apparemment, » dit Gérard.
Pendant ce temps, le papa Moutonne!, qui aurait préféré rester assis et se reposer, se lève a regret, prend son mouchoir et se dispose a se rendre chez le garde. Il s'approche de Bidois, qui est un peu plus loin, assis entre les deux paniers, et fait semblant de ne pas entendre madame Moutonnet.
«Yiens-tu, Bidois?» dit le passementier. « — Com- « ment!... où donc cela? — Chercher du pain, du vin et « des verres. . . — Est-ce que nous n'avons pas le temps ?. . « — On demande a se rafraîchir... — A peine si je suis «assis... vous voulez me faire retrotter!... Laissez -moi «donc respirer un moment. — Mais ce n'est pas moi, «c'est ma femme qui veut que... »
Bidois ne peut se décider a se remettre en marche ; mais la voix de madame Moutonnet se fait entendre :
« Comment ! messieurs, » dit - elle, « vous n'êtes pas «encore partis? Vous devriez être revenus... Mais, allez « donc. . . nous avons soif. . . — i\ous partons, ma femme. . . « c'est Bidois qui n'en finit pas... — Allons donc , mon- « sieur Bidois. Dieu ! que vous êtes lourd aujourd'hui ! . . . «vous ne pouvez plus vous relever!... »
Bidois se lève cependant, et suit M. Moutonnet en marronnant tout le long du bois.
«Jouons, courons, amusons-nous, » dit madame Gé^ rard. Eugénie, qui ne demande qu'a quitter sa place, est bien vite levée. Madame Moutonnet et mademoiselle Cécile, qui ne courent plus, restent assises près des paniers; mais il est convenu qu'on ne s'éloignera pas d'elles.
Cependant on n'est plus sous les yeux des parents.