‹ M. Faillon, prêtre de St. SulpiceChapitre 3 sur 21 · ENTRÉE À LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

ENTRÉE À LA SOLITUDE

M. Faillon étant entré à la Solitude, s’appliqua à se pénétrer de plus ■en plus des obligations de la haute vocation à laquelle il aspirait, l’éducation des Elèves du Sanctuaire.

Il trouva là ces règlements et ce dépôt de traditions, si indispensables pour ceux qui doivent former le coeur des Prêtres dans l’intérieur des Séminaires ; et enfin, ce qui fut pour lui d’un avantage incomparable, il rencontra dans le Supérieur, M. Mollevaut, un homme tout pénétré do l’esprit de Foi, des grandes traditions de l’Eglise et des vertus ecclésiastiques.

Rappelons, au moins en quelques mots, quelle est l’œuvre de la Solitude. Cette œuvre n’est autre que la mise en pratique, et en exécution de l’un des vœux les plus pressants du St. Concile de Trente, exprimé avec tant de force dans la Session XXIII, et rapporté au Chapitre 18e des Décrets. Le St. Concile témoigne qu’il est urgent de fonder des Etablissements spéciaux pour élever des prêtres ; et cette Institution, nous dit Rohrbacher, fut jugée dès lors si salutaire que les Prélats s’écrièrent de toutes parts : Qu'ils se croiraient dédommagés de leurs travaux , quand ils ne tireraient pas d'autre fruit du Concile.

Or, à la Solitude, on prépare ceux qui sont destinés à être les Directeurs de ces Etablissements spéciaux, ou Séminaires ; et on cherche à leur donner les principes et les vertus si nécessaires à ceux qui doivent donner l’exemple et la direction aux Pasteurs des âmes.

Révérend Messire Faillon.

Ces principes sont renfermés, dans les Pères, les Auteurs Ecclésiastiques, et principalement Ceux qui se sont attachés à mettre en exécution les Décrets du St. Concile, tels que St. Charles Borromée, l’Archevêque de Brague, les RR. PP. Jésuites, les Oratoriens à Rome et en France,, les Rapporteurs des Assemblées du Clergé, et enfin les premiers Fondateurs des Séminaires en France.

Outre ce dépôt d’oeuvres spirituelles, de traditions ecclésiastiques, ces règles et ces méthodes, fruit de l’expérience de près de deux siècles, et si bien adaptées à préparer à la direction et au gouvernement des âmes> M. Faillon trouva dans le Supérieur, M. Mollevaut, le plus excellent modèle et interprète de la perfection ecclésiastique. Et ce secours fut si grand pour lui, comme pour tant d’âmes, que nous ne pouvons continuer ces détails, sans essayer de faire connaître les vertus de ce Serviteur de Dieu, qui eut une si grande influence sur la réorganisation et l’esprit de la Solitude et sur ceux qui y séjournèrent. — Cette influence était telle que, malgré tous les efforts que Mr. Mollevaut faisait pour se retrancher strictement dans ses obligations de Supérieur de la Solitude, il attirait continuellement à lui un concours de prêtres, d’ecclésiastiques qui semblaient ne pouvoir se passer de ses avis et de ses conseils.

Renfermé dans cette Solitude, située à deux lieux de Paris, et en dehors de toutes les grandes voies de communication, il se voyait cependant continuellement assailli par les lettres et même les visites.

Cardinaux, Archevêques, Evêques, Prêtres, Missionnaires des contrées les plus lointaines vinrent, pendant trente ans, frapper à la porte de sa retraite, honorant celui qui y habitait comme un père, un conseiller plein de lumière et un vrai serviteur de Dieu.

“ Si quelque chose de notre temps, dit un vénérable curé de Paris,. “ peut donner une idée de ce qu’on lit dans les histoires des Saints, du “ concours des peuples et du clergé autour de la cellule d’un saint “ Antoine, d’un saint Hilarion, d’un saint Pacôme, c’est le concours “ assidu d’hommes de toute condition et fonction dans l’Eglise, qui gravis'-

La Solitude.

“ saient la montagne de M. Mollevaut, s’en allaient là chercher un mot “ qui était toujours un oracle, et qui ne sortaient de sa cellule que tout

imprégnés de cette atmosphère où rayonnaient la science, la piété et la “ lumière.”

Pour bien comprendre cet homme si aimé et si recherché, il faut savoir comment il avait appris à connaître les choses, et les hommes de ce monde qu il semblait fuir avec si grand soin.

Né vers 1770, il avait 18 ans au moment où éclata la Révolution, et il partait de Nancy, sa ville natale, pour accompagner son père, qui avait été élu par sa Province, membre de la Convention. Là, il se trouva déjà en rapport avec des hommes éminents, tels que Fourcroy et Fontanes (i) qui> connaissant les principes religieux et royalistes de son père, cherchaient avec lui à sauver le pays des plus grands malheurs.

Mais à vingt ans, il fut soldat à l’armée de Sambre et Meuse, pendant quelques années, jusqu au moment ou les amis de son père le firent nommer attaché à l’Etat Major de l’armée d’Italie, et ensuite Secrétaire de l’Intendant-Général de la Lombardie. La, il rencontra plusieurs personnages devenus célèbres plus tard, parmi lesquels Bonaparte qui l’employa plus d’une fois comme son secrétaire.

Dans ces incidents de la vie militaire où les dangers étaient continuels, et plus à redouter de la part des Agents du gouvernement que de l’ennemi lui-même, M. Mollevaut acquit ces qualités de force, de fermeté, d’énergie, de mépris de toute satisfaction personnelle que la Religion sanctifiai en lui, et qui en firent plus tard comme un Solitaire des déserts, ou un», chrétien des premiers siècles de l’Eglise.

Après avoir été appelé, par M. de Fontanes au sein de l’Université, ; . comme Recteur d’Académie, il préféra l’enseignement à l’administration^, et obtint d’etre nommé Professeur de Rhétorique au Collège de Nancy..

(1) M. Mollevaut avait vu, chez son père, les Girondins dont il estimait le talent, mais dont il blâmait les principes; chez M. de Fontanes il avait pu rencontrer toutes les, illustrations littéraires de l’époque.

Révérend Messire Faillon.

Il songea alors à quitter le monde qui lui faisait pitié , comme il le disait si bien lui-même, et enfin il vint au Séminaire de St. Sulpice à Pans pour suivre les cours de Théologie. Vers la fin de ses études théologiques, il demanda à entrer dans la Compagnie et fut admis au noviciat. Eu sortant de la Solitude, il fut chargé de professer le dogme au Séminaire de Paris, et bientôt après, c’est-à-dire en 1818, il fut choisi pour être Supérieur de la Solitude, qu’il a dirigé près de trente ans.

Nous pourrions parler de la sévérité de sa vie : sa journée commençait à quatre heures, et elle était toute entière consacrée a la prière, à la direction, et à des pénitences effrayantes.

Entre les exercices de la Solitude, il se livrait a un travail incessant , il correspondait avec le monde entier, et recevait chaque jour des quantités de lettres. Or, il n’en recevait pas une seule qu’elle ne fut répondue dans les vingt-quatre heures.

On voyait en ce saint homme l’ensemble de toutes les qualités, acquises dans le cours d’une existence si variée et si éprouvée : régularité administrative, mortification et dureté de vie d’un vieux militaire, mépris de la mort comme il convenait à un proscrit de la Terreur , horreur du monde comme doit l’éprouver quiconque l’a vu de près, amour des choses du ciel d’un nouveau converti. — Il a conservé les vertus de la ferveur et du premier élan jusqu’à la fin. Mais quelle influence n’avait- il pas comme guide et maître des âmes ! Ceci mérite une mémoire éternelle, et ici encore quelques lignes.

M. Mollevaut, avec toute sa science comme littérateur, linguiste, et théologien mystique, savait qu’il avait surtout à former et éclairer les âmes, et c’était à ce devoir qu’il s’était appliqué entièrement et avec une telle efficacité que tous ceux qui l’avaient abordé une fois ne pouvaient plus se passer de ses conseils ; ils en racontaient de si grandes merveilles qu’ils ne pouvaient tarir ; de là cette affluence considérable.

a jja foule se pressait chez M. Mollevaut comme les solliciteuis chez un u ministre. Evêques, prêtres, missionnaires, comme nous l’avons dit

La Solitude.

il affluaient sans cesse. Tous venrmt consulter l’homme de Dieu qui, parla “ sagesse de ses réponses, la grandeur de ses exemples, l’énergie de sapa- “ rôle et la pénétration de son esprit, semblait révéler à chacun le dernier “ mot de Dieu sur une âme.”

Vers lui s’empressaient M. de Ravignan, et le R. P. Couturier, Supérieur de la Trappe ; NN. SS. de Frayssinous, ministre, le Cardinal prince de Rohan, et son successeur au siège de Besançon, Mgr. Mathieu ; Mgr. de Forbin-Janson ; Mgr. Bruté, de St. Palais, Pellerin ; Mgr. Dupanloup, NN. SS. de Luçon, d’Arras, pour s’éclairer de la prudence et des conseils de ce grand serviteur de Dieu.

" Mais aussi quelle manière de diriger !

Ici, nous allons citer un membre éminent du clergé, curé de Paris, et longtemps assistant de Mgr. Dupanloup au petit Séminaire de la capitale ; ce témoignage a une double importance, à cause de la source nullement suspecte de partialité ; et de plus, parce qu’en faisant le récit de ce que pratiquait M. Mollevaut, il nous donne la sainte et sage direction inspirée par le pieux Fondateur même du Séminaire, M. Olier.

“ Votre tour était-il venu ? Vous étiez reçu avec des égards infinis. “ Quelle que fut la modestie de votre situation, vous pouviez librement lui “ ouvrir votre coeur. Vous causiez avec un ami, un vieil ami, un homme “ qui n'avait au monde aucune affaire plus chère, plus pressée, plus imporu tante que la vôtre, et qui, par la simplicité, le naturel, l’abandon, le “ dévouement de son accueil, vous avait bientôt convaincu que vous n’aviez “ pas à craindre d’être indiscret. Là, rien de serré, d’officiel, de pom- “ peux, ou de doux, à faux. Là, point de mystérieuse réserve, de préoc- “ cupation personnelle, d’idée empesée de sa supériorité : c’était votre “ homme, votre ami, votre confident. Là, rien dans la pose, la réponse, “ le silence, le geste, ou le regard : rien qui vint vous dire au beau mi- “ lieu d’un trouble, d’un aveu, d’une hésitation : Hâtez-vous, mon “ temps a un meilleur emploi. Près de ce grand coeur, la ferveur à “ ses débuts, la générosité et ses élans, le scrupule et ses souffrances.

Révérend Messire Faillon.

l’indécision et ses doutes, le souvenir et ses larmes, le découragement et “ sa plainte, l’aigreur et son murmure, la fatigue et son soupir, l’injustice <£ sentie et son contre-coup, pouvaient s’épancher dans la mansuétude, la 4£ miséricorde. Une ingénieuse originalité trouvait à votre adresse, ou le ** suave langage, ou le trait le plus incisif, ou la pensée la plus élevée, ou rf£ le mot le plus pittoresque pour tout réparer, tout consoler, tout diriger. ^£ Que les esprits, dit-on quelquefois, sont difficiles à conduire ! M. Molleu vaut avait su inspirer le désir, le goût d’être conduit.

Ce n’est pas toujours la confiance qui manque à la direction ; on a vu u quelquefois la direction manquer à la confiance. Jamais M. Mollevaut n’eut cet air capable et infaillible, cette intime conviction qu’on n’avait “ rien à lui apprendre, qu’on rencontre quelquefois dans des personnages <£ vertueux du reste, mais qui du haut de la demeure qu’ils ont bâtie à l’estime d’eux-mêmes, froissent l’âme délicate ou fière.

“ Quelle grâce remarquable pour l’apaisement des orages du coeur, plus <£ fécond en tempêtes que les Océans redoutés ! Pour combien a-t-il pro- “ noncé un quo-s ego définitif ! il savait faire renaître la douce joie et la “ confiance, l’encouragement dans le cœur blessé, abattu, etc.”

Nous avons rapporté les paroles de M. Mollevaut à l’égard de M. de Ravignan ; citons-en quelques autres assez caractéristiques.

Mgr. Borderies, Evêque de Versailles, et qui avait depuis la révolution évangélisé Paris, et, un des premiers, rétablit l'enseignement religieux pour la jeunesse, voulut que M. Mollevaut le disposât à la mort ; et celui-ci, rentrant dans sa retraite après avoir rempli ce ministère, disait :

££ J’ai vu mourir bien des petits séminaristes : c'est bien pieux, c’est bien ££ gentil, ça meurt comme des Anges, mais cette mort-là, c’est héroïque.” (1)

(1) Mgr. Borderies était un confesseur de la foi pendant la révolution, un homme d’une vertu et d’une gravité antiques. Lorsque M. Lacnrdaire lui apprit ses desseins d’entrer au Séminaire : “ Mon cher, lui dit-il, sachez que pour être un bon prêtre, il faut, avant tout, être un bon chrétien, et que pour être un bon chrétien il faut, avant touti être un honnête homme.

La Solitude.

Quand Mgr.de Frayssinous, Evêque d’Herraopolis, fut nommé ministre des cultes et grand maître de l'Université : “ Eh bien, Monseigneur, lui dit •“ M. Mollevaut, vous voilà avec deux heures d’oraison par jour : une heure “ comme évêque, une heure comme ministre, ça n’est pas trop.”

Mgr. Dupanloup prêchait dans une grande paroisse de Paris, il attirait une immense affluence ; il racontait, avec ce style qui lui est propre, les grands faits de la création, le péché originel, le Déluge et la dispersion des peuples, et jamais peut-être il ne s’est élevé plus haut, aussi ravissaitil ses auditeurs.

On racontait à M. Mollevaut les succès de son ancien élève : “ Vous ne u m'étonnez pas, reprit-il, Dupanloup est venu me trouver, il m’a dit, il y a ii un mois, qu’il ne savait quel sujet prendre ; qu’il avait tout épuisé en dix u années continuelles de prédication, et qu’il iallait parler à un auditoire “ habitué aux plus grands talents, etc, etc. Je lui ai dit : Mon cher, je sais ce 4i qu’il vous faut ; vous voulez instruire et intéresser votre auditoire, eh bien! “ prenez Lhomond et vous verrez. Et, en effet, ajoutait M. Mollevaut avec il l’air le plus solennel, il a pris Lhomond et il fait. .. Merveilles ! ! ( l) ”

Dans ses entretiens, il était plein de saillies, de traits piquants. 11 disait à de jeunes séminaristes qui se préparaient pour les Missions Etrangères : “ Pour être missionnaires, souvenez-vous, mes amis, qu’il faut être disposé à « trois détachements absolus : il ne faut pas que les pieds tiennent à la terre, u ni les mains à l’argent, ni la tête aux épaules.”

A des élèves de talent qui avaient quelque peine à se soumettre aux exigences du Séminaire :

“ Mes amis, ne remettez pas à vous corriger de vos défauts de caractère, “ surtout lorsque vous ne serez plus au Séminaire, et que vous serez des grands messieurs, à qui l’on ne peut parler, que le chapeau sous le bras.

En expliquant le Saint Evangile, il disait :

“ Quand j’ai les paroles de la foi, je n’ai pas besoin de me demander si je

(1) Lhomond est l’auteur d’un abrégé de l'histoire de la Religion qui est un chefd’œuvre, mais qui n’est destiné qu’aux petites écoles.

Révérend Messire Faillon.

“ sens, si je goûte, si je m’attendris ; je sais par la foi que Dieu m’est “ présent, et tout est fini par là. ”

“ Avec de la bonté, on est au niveau de l’univers. ”

“ Si vous n’avez pas d’expérience, étudiez la vertu de douceur et vous “ serez le maître des coeurs.”

“ Il faut retenir toute sa vie qu’on n’exerce la douceur, qu’avec ceux “ qui n’en ont pas. ”

“ On ne pratique la douceur qu’à ses dépens. ”

Nous avons étendu ces citations, parce qu’elles se trouvent disséminées en bien des documents qu’il est difficile de réunir quand on peut en avoir besoin ; et d’ailleurs, elles ne peuvent qu’édifier et donner une idée de la direction que M. Faillon trouva à la Solitude.

Il y rencontra aussi des âmes grandes, élevées et généreuses qui ne furent pas sans quelque influence sur sa piété, ses goûts, et l’attrait qu’il suivit plus tard de travailler pour des contrées lointaines, unies à St. Sulpice par des liens si chers.

A la Solitude, M. l’abbé Faillon trouva M. Quiblier, M. Billaudèle, M. Baile qui devaient être tous trois Supérieurs du Séminaire de Villemarie ; M. Larkin qui a élevé au collège de Montréal bon nombre de prêtres et de citoyens distingués ; M. Eccleston, du Maryland, récemment converti du Protestantisme qui fut depuis Supérieur du collège de St. Charles près Baltimore, comme prêtre de St. Sulpice, et qui ensuite fut Archevêque de Baltimore ; enfin Mgr. de Charbonnel, si connu à Montréal.

Le Canada se trouva donc souvent dans la pensée de M. Faillon, bien avant qu’il en eut fait l’objet de ses travaux. Il resta une année à la Solitude, d’oû il fut envoyé comme professeur avec M. de Charbonnel au grand Séminaire de Lyon.

j^HAPITRE QUATRIEME,

SÉJOUR DE M. FAILLON AU GRAND SÉMINAIRE DE LYON, SES ETUDES ET SES PREMIERS OUVRAGES : ENTRETIENS SUR L’ANNONCIATION ET LE ET. JOUR DE PAQUES.

M. Faillon, arrivé au Séminaire de Lyon, fut chargé de professer la Théologie dogmatique, et il s’acquitta de cet emploi avec ce zèle qu’il mettait à toute étude et avec l’intérêt qu’il ressentait si vivement pour la science sacrée.

D’ailleurs il trouvait à Lyon la réalisation de ses voeux les plus chers, il commençait ces saintes fonctions qu’il avait si longtemps désirées : diriger et éclairer les élèves du Sanctuaire, former ceux qui devaient aller répandre la Foi dans cette terre de France si éprouvée de nouveau par les attaques de l’impiété et de plus, amollie par l’influence funeste de l’indifférence religieuse.

Il comprenait ces malheurs et il jugeait, d’après les anciens du Sacerdoce, que les suites de la Révolution ayant interrompu l’enseignement religieux, et ensuite l’avant gêné et arrêté dans son libre exercice, il en était résulté, dans une partie considérable de la population, une ignorance qui avait engendre les plus aveugles et les plus funestes préjugés contre la Religion.

Il fallait donc chercher à donner aux nouveaux ministres du Sanctuaire une science trcs-solide mais aussi très-pratique : très-solide, pour répondre aux objections spécieuses et incessantes des classes les plus élevées ; trèspratique, pour répandre les habitudes de la piété dans toutes ces âmes témoins de l’oubli des obligations les plus respectables du culte religieux.

La Science solide, M. Faillon pensait la trouver dans les grands Au teurs Ecclésiastiques, et principalement dans les Pères ; la science pratique.

Révérend Messire Faillon.

il croyait: qu’on ne pouvait mieux l’étudier que dans la méthode suivie par les saints prêtres des derniers siècles et dans les grands exemples qu’ils ont donnés.

C’est pour cela que tandis que dans sa classe, ses sermons, ses entretiens, il appuyait son enseignement parla voix et l'autorité des grands docteurs, à ses arguments il mêlait les exemples des restaurateurs de la discipline ecclésiastique et du zèle apostolique des derniers siècles.

Il n’en restait pas là ; il mettait dans les mains de ses jeunes disciples, la vie des derniers Apôtres de la Foi : S. Charles Borromée, St. François de Sales, St. Vincent de Paul, M. le Nobletz, le P. Claver ; et dans le même but ayant reconnu que d’autres saints personnages avaient donné les exemples les plus précieux et les plus instructifs pour les prêtres, sans avoir trouvé encore d’historiens, il rédigea lui-même la vie de deux saints Prêtres élèves de St. Sulpice ; Mr. de Lantages, fondateur des filles de l’Instruction au Puy, et M. Demia, fondateur d’une congrégation d’institutrices à Lyon.

M. Faillon, en effet, pouvait reconnaître que la vie des saints les plus remarquables qui est si utile pour la piété, et la pratique des vertus, qui ^enferme de si beaux modèles et des exemples si frappants est accompagnée de circonstances si extraordinaires quelles n’entrent pas toujours dans le détail du ministère de la plupart des Prêtres, tandis que dans ces deux zélateurs de l’instruction catéchistique il trouvait les vrais enseignements qui conviennent le mieux au ministère paroissial. Or, ces deux vies ont cela de frappant qu’elles montrent dans M. de Lantages un homme de Séminaire, faisant merveilles dans le ministère extérieur, en appliquant les règlements paroissiaux de M. Olier ; et dans M. Demia un prêtre vivant dans le monde, surchargé de soucis et d’œuvres de zèle et néanmoins ne se départant jamais de la vie de règle et de discipline à laquelle il avait été formé dans les années du Séminaire.

Avec les grandes occupations que pouvaient imposer l’enseignement d’une classe et la rédaction de deux biographies, M. Faillon savait trouver

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

encore des loisirs pour composer d’autres travaux : d’une part un recueil énorme des sentiments des Pères sur l’état ecclésiastique, depuis les ordres mineurs jusqu’aux fonctions les plus hautes de la hiérarchie sacrée , ensuite un autre recueil des pensées et des maximes des Pères sur les vertus chrétiennes et ecclésiastiques ; enfin un recueil qui devait plus tard former un ouvrage considérable ; les explications des Pères sur la Sainte Ecriture, et quand il arriva à Paris il avait déjà rédigé un énorme volume de citations sur les six jours de la Genèse comme nous le verrons plus tard.

C’est ainsi que cet esprit sérieux, appliqué, ne laissait rien perdre de ses lectures assidues, et qu’il employait tout ce qu il trouvait à trois objets principaux de ses fonctions.

Il savait qu’il avait à former des Prêtres qui devaient être remplis de l’excellence de leur état et qui devaient être des modèles des vertus chrétiennes; enfin il n’oubliait pas que c’était de leurs lèvres que les peuples attendaient la science de la Doctrine divine.

Il lisait sans fatigue pendant des journées entières ; en lisant il ne perdait jamais de vue les différents objets de ses recherches mystiques et dogmatiques, il recueillait tout sous divers chefs pour en faire un ensemble, puis il se présentait en classe pénétré de lumières et d’onction : ayant tout gravé dans sa tête et dans son coeur, de telle sorte que ses disciples ne savaient ce qu’ils devaient le plus admirer en lui, la science et 1 érudition ou l’amenité des saintes vertus chrétiennes. L’une et l’autre resplendissaient en ses paroles à mesure qu’il puisait à ce double foyer de la lumière brillante et ardente de l’esprit divin.

Enfin il complétait l’impression qu’il donnait de lui dans ses conversations, avec les séminaristes où il était tout à tous, intarissable en doctrine et en à propos, avec cet intérêt qui lui gagnait l’estime et cette douceur qui lui attirait les coeurs.

“ Je suis resté deux ans à Lyon, dans la classe de M. Fadlon, nous dit ■“ un de ses anciens élèves ; cous savions qu’il débutait dan3 le Professorat

Révérend Messire Faïllon.

“ et la direction et nous avions pour lui la confiance et l’estime que l’on peut avoir pour le Professeur le plus expérimenté et le plus consommé,. “ tandis que ses vertus et ses bontés nous en faisaient un véritable modèle “ de la Perfection ecclésiastique. ”

Je suis entre au Séminaire de Lyon, nous a dit un autre ecclésiastique r u au moment ou M. Faillon, était rappelé au Séminaire de Paris et je puis déclarer que dans toute la maison ce n était qu’un même sentiment “ de regret de le voir s’éloigner tandis qu’il n’y avait qu’une voix chez tous, quelle fut la diversité des esprits et des caractères pour se louer “ de la piété, de la bonté et du zèle pour l’enseignement de ce saint “ homme. ”

“ J ai connu M. Faillon dans ces commencements, nous a dit un troi- “ sième ; dans sa piété et ses rapports extérieurs on voyait tout l’élan et la “ modestie du séminariste le plus fervent, tandis qu’on était déjà étonné “ de l’étendue de ses connaissances ; on ne se rappelait rien de semblable, “ pour le goût et la puissance de l’étude ; ainsi nous savions qu’il passait “ ses vacances entières à lire les Pères avec une telle rapidité qu’au bout “ de quelques semaines, il avait trouvé moyen, en prenant partout des ex- “ traits, de parcourir plusieurs volumes in folio.

Et si l’on veut se former une idée de son travail on peut rappeler ici ce qu il disait un jour à l’un de ses élèves, avec toute simplicité, san3 songer qu’il y eut pour lui le moindre mérite en ce qu’il faisait : “ Voici trois mois que je parcours, disait-il, dix volumes et j’y ai déjà fait quatre mille ex- “ traits. ”

Nous allons donner une idée de la piété et de l’élévation de ses enseignements en citant ici deux pièces qui se rapportent à ses premières années , elles sont inédites elles ont un rapport essentiel entre elles, et elles se complètent parfaitement l’une par l’autre.

Ce sont deux instructions où il expose le plan divin de notre Rédemption ; dans la première sur Y Annonciation il montre la part que Marie a prise à 1 oeuvre de notre salut, dans la seconde sur le St. Jour de Pâques

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon. 39

il expose les moyens que N. S. a employés pour accomplir les desseins de sa bonté.

On remarquera sans doute l’abondance des citations des Pères, qui semblent multipliées, mais ce n’est point sans dessein, car l’auteur voulait montrer à ces jeunes auditeurs les trésors contenus dans l’immensité de la collection des Pères, et il cherchait à les initier et à vaincre les préjugés que peuvent avoir des débutants pour l’austérité et les aridités d’une science si haute et si sérieuse.

M. le Prédicateur, au saint jour de l’Annonciation, commence par rappeler que nous devons considérer Marie comine la source et la consommation de tous les biens que nous avons à désirer dans l’ordre de notre salut, c’est ce que dit St. Jean Damascène, Maria omnium bonorum lnitium medium et finis.

Et il annonce qu’il veut s’attacher à montrer que Marie a tenu dans notre salut la place qu’Eve avait occupée dans notre perte.

“ Dieu, nous dit St. Léon, dont la bonté est infinie, n’a pas voulu que son dessein sur les hommes fut privé de son effet par la malice du Démon ; mais après la chute, il a repris son oeuvre avec plus de force et d’efficacité, et c’est pour cela qu’il a envoyé son fils mystérieusement ; il a donc envoyé comme réparateur, son fils qui est tout puissant, pour que son œuvre ne fut pas privée de son succès, et il l’a envoyé mystérieusement pour que le Démon ne reconnaissant pas son adversaire ne recula pas dans la lutte qui lui était proposée, et s’il était ainsi trompé, il l’était justement, puisqu’il avait trompé l’homme en empruntant une forme étrangère.

Dieu a voulu dès lors observer dans la rédemption toutes les circonstances de la chute ; les mêmes personnages, les mêmes épreuves, et précipiter le Démon dans le piège qu’il avait tendu lui-même contre nos premiers parents, afin que vaincu dans la seconde épreuve, il perdit les avantages qu’il avait conquis dans la première.

Révérend Messire Faillon.

Et en effet, voyons tous ces rapports entre la chute et la rédemption, ici nous laissons parler M. Faillon :

“ Un homme, une femme et un Ange, avaient causé notre perte ; un homme, une femme et un Ange opèrent notre salut. D’un côté, Adam, Rue et le mauvais esprit ; de l’autre, Jésus , Marie elV Archange- Gabriel.

Mais d’autres rapports :

“ Eve avait offensé Dieu, trahi son mari, donné la mort à tous ses descendants ; Marie rend gloire à Dieu, donne la vie au nouvel Adam et procure le salut de tous les hommes.

D’autres rapports encore :

“ Eve avait péché contre Dieu, par orgueil, par incrédulité, par désobéissance : contre son époux, par ingratitude et par perfidie, contre sa race par cruauté et méchanceté ; Marie répare toutes ces offenses suivant la remarque des Pères : envers Dieu, par son humilité, sa foi, son obéissance : envers Adam et tous les hommes, par sa générosité, sa tendresse, et en s’offrant à toutes les douleurs pour les sauver. ”

Ainsi s’expriment les Pères : “ l’Ange traite de notre salut avec Marie comme un Ange avait traité de notre ruine avec Eve. (1)

“ La mort est venue par une femme, mais la vie est rendue par une femme. Par Eve nous avons eu notre perte ; par Marie notre salut. (2)

“ Le genre humain voué à la mort par une vierge, a été sauvé par une autre Vierge.” (3)

Ainsi s’expriment St. Pierre Chrysologue, Tertullien, St. Irénée, St. Augustin, St. Bernard qui ajoutent quant aux circonstances :

“ La faute qu’Eve a commise par sa crédulité, Marie l'a effacée par sa “ foi.

(1) Agit cum Maria Angélus de salute, quia cum Eva egerat Angélus de ruina. (S. Irénée, adverius liævereses.)

(2) Per fœminam mors, per fœminam vita ,~per Evam interitus, par Mariam salus. (S. Augrstin : ad Catechumenos.)

(3) adstructum morti genue humanum per virginem, salvatur per virginem. (S. Irénée.)

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

“ De même que la désobéissance d’Eve a causé notre mort, l’obéissance “ de Marie a opéré notre salut.

“ L’une a été ministre de séduction et l’autre de pardon.

“ L’une a suggéré la prévarication, l’autre a amené notre rédemption.” (1)

Et St. Irénée et St. Augustin réunissent ces ressemblances en disant :

“ Les chaînes dont Eve nous avait asservi par son incrédulité, sa superbe “ et sa désobéissance, Marie les a brisées par sa foi, son humilité et son “ obéissance.” (2)

Et bien d’autres traits que l’on peut trouver chez les Pères qui“généu râlement, suivant Bossuet, ont remarqué que Dieu a voulu suivre c.tte “ voie de ressemblance dans l’œuvre de notre rédemption, combattre notre “ ennemi par ses propres armes, retourner contre lui ses manœuvres et u ses desseins, l écraseret l’accabler sous ses propres machines, pour nou3 “ montrer avec sa puissance, son équité et faire voir que meme vis-à-vis de u l’auteur de tout mal et de tout péché, il n’accomplit 1 œuvre de sa miséu ricorde qu’en se tenant dans les limites de la stricte justice. (3)

Et ajoute St. Augustin :

« L’humanité se sauve en remontant les mêmes degrés qu’elle avait descendus, pour se perdre.” (4)

Ainsi Eve avait offensé Dieu d’abord par orgueil en désirant de se rendre semblable à lui, par incrédulité en rejettant sa parole, par désobéissance en méprisant sa volonté, l'humilité, la foi et 1 obé'ssance de Marie sont mises à l’épreuve et elle l’emporte : “ Quod alligavit Eva, solvit Maria per fidem, humilitatem et obedientiam.”

(1) Quod Ilia credendo deliquit, Ilia credendo delevit. mortis ; sic Mafia obediens fit causa Salutis. Hæc ministra Hæe suggerit prævaricationem, ilia iugessit redemptionem.

Sicut Eva inobediens fit causa seductionis, ilia propitiationis.

(Patres passim.)

(2) Quod Eva alligat per incredulitatem, superbiam et inobedientiam, Maria solvit per fidem humilitatem et obedientiam (St. Augustin in natali Dormni.)

(3) Omnia disponit Deus, duplicia unum contra unum, et nihi fecit deesse (liber Sapientiæ). A tout mal il donne son remède, et mbit l'ecit quidquam deesse (î e ).

4) Iisdem gradibus quibus perierat humana natura, a Domino reparatur. (St. Augustin.)

Révérend Me-ssire Faillon.

Eve avait été d’abord tentée par orgueil on lui assure que dè3 qu'elle et son époux auront mangé de ce fruit, que leurs yeux s' ouvriront, qu'ils connaîtront toutes choses et qu'ils seront comme des Dieux, et avec une légèreté déplorable, elle se laisse aller aux plus vains et aux plus criminels désirs, sans réfléchir qu’une misérable créature ne peut prétendre à l’infinité de son créateur, et ne peut rien contre lui et contre sa volonté.

De plus lorsque le serpent lui dit les choses les plus odieuses et les plus invraisemblables que Dieu peut manquer à la vérité, qu'il peut être jaloux de ses créatures ; que cet arbre a la vertu de communiquer la divinité, qu'une créature peut y prétendre, sa foi est ébranlée et succombe ; et dans son aveuglement admettant ces folies elle ne se confie plus à celui qui est la vérité même et lui préfère le calomniateur, le père du mensonge. Elle ne croit pas les assurances de la sagessse, elle admet les folies du séducteur.

Tombée ainsi dans l’abîme de l’incrédulité et de l’orgueil, elle tombe ensuite dans l’abîme de la désobéissance se croyant indépendante de celui qui est tout, de qui elle tient tout, mais qui ne peut rien donner, sans en retenir la disposition ; elle se révolte contre sa volonté elle saisit le fruit défendu, elle le dévore, transgressant le précepte et brisant avec la loi, le lien qui l’unit à son maître, elle se soustrait à lui, pour tomber sous une autre domination ; car voilà l’effet de toute prévarication.

Mais quelle différence lorsque l’humilité de Marie est éprouvée par des paroles bien difficiles à porter pour la faiblesse humaine : qu’elle est honorée par un Ange, qu’elle est proclamée pleine de grâces, bénie entre toutes les femmes, la bien-aimée du Seigneur, elle ne faillit pas et tandis qu Eve s était complue en des avantages impossibles et improbables, Marie comblée de tous les dons ne s’élève point, sait rester dans la vérité et dans la justice, elle qui a commencé sa course dans la pureté et la grâce, qui l’a continuée sans relâche jusqu’à en saisir la plénitude, elle douée de toute lumière connaissant les choses du ciel et de la terre plus parfaitement qu’Adam dans son sommeil, que Moïse sur le Mont Sinaï, que

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon,

St. Jean ne devait y atteindre sur la poitrine du Sauveur et St. Paul dans son ravissement' : elle ne s’exalte pas, elle ne se regarde que comme la servante du Seignuer :

C’est ce qu’admirent St. Ambroise, St. Augustin et St. Bernard ; “ voyez quelle humilité, elle se proclame une servante, elle qui est choisie comme mère de Dieu, et à une pareille promesse, elle ne se laisse sur- “ prendre par aucun sentiment d’exaltation.” St. Ambroise. (1)

2o. De plus, quelle est sa foi ; lorsqu’il lui est annoncé des choses inouïes, inconcevables : que l’esprit divin viendra en elle, qu’elle concevra par sa vertu, qu’elle deviendra mère en restant vierge et que le fruit de ses entrailles sera le Fils du Très-Haut, Dieu et homme, engendré dans le temps et l’éternité, fils de Dieu et de sa créature ; elle se «confie comme un enfant à la parole de l’Ange, pour son bonheur et celui de toute la terre ; et, en effet, sa foi pieuse répare une aveugle crédulité : (2) Et ajoute un autre Docteur, elle devait légitimement concevoir le Yerbe

celle qui a cru au Yerbe. St. P . Chrysologue: (3)

3o. Enfin elle réparera par son obéissance la première désobéissance, en acceptant la proposition d’être la mère de ce Messie, dont la naissance, la vie, la mort doivent apporter tant d’épreuves et de tribulations a son coeur ; et d’abord elle, qui avait fait le voeu le plus beau et le plus louable, arborant pour la première fois une enseigne brillante dans le monde et plantant une si belle fleur au parterre de l’Eglise, montrant ainsi le prix qu’elle attachait à la sainte vertu, elle ne doit pas seulement renoncer l’honneur qui était attaché à son voeu, mais de plus affronter les soupçons et les contradictions les plus sensibles pour la pureté de son coeur : Mia onihi seeundum verbum tuum.

(1) Vide humilitatem Ancillam se dicit Domini quæ mater eligitur, nec repentino «altatur proniisso ; (St. Ambroise.) Insolescere gloriâ nescit, mater Dei eligitur et ancillam minât, etc., etc. (St. Augustin.)

(2) Quod ilia credendo deliquit, hœc credendo delevit. (Tertulliem.)

(3) Ilia merito yerbum concepit quœ Verbo credidix. (St. Pierre Ckryso ogue.

Révérend Messire Faïllon.

Enfin, c’est dans les plus affligeantes prévisions et dans la vue* d’une vie d’appréhensions et de douleurs et sous la pointe d’un glaive, que celle qui est restée humble dans les plus grands privilèges, sait être soumise et docile dans les plus grandes épreuves : et Maria olediens fit causa sa Jutis ; et Marie obéissante devient le principe de notre salut. C’est ce que nous dit St. Irénée.

Maintenant, voyons les autres offenses d’Eve, celles qu’elle a commises contre son époux et toute leur descendance :

Elle avait d’abord péché contre son époux par ingratitude, par perfidie et par cruauté :

lo. Par ingratitude, ayant tout reçu de son époux et lui devant tout, la vie physique, intellectuelle et surnaturelle ; car il est son maître, son guide et son prêtre, elle ne craint pas de lui communiquer la mort don elle reconnaît la présence dans le fond de son cœur, et pour y arriver, elle, agit avec la plus insigne perfidie et en effet.

2o. Par perfidie, après qu’elle est perdue et qu’elle peut voir dans son effroi l’étendue de son paalheur, la sombre nuit qui se fait dans son esprit, la corruption qui s’introduit dans son cœur, sans générosité, sans tendresse elle va porter la contagion du mal qui la dévore, elle va user de l’empire qu’elle se connaît pour perdre son époux et le précipiter dans un affreux malheur.

Entrant ainsi dans les desseins du Démon, faisant cause commune avec lui, prenant sa place, répondant à tous les desseins de celui qui avait prévu que l’affection qu’elle inspirait serait plus puissante que toutes les suggestions et les machinations de l’Enfer. Elle le tente, le sollicite et le rend participant de sa faiblesse et enfin de sa dégradation et de son malheur.

3o. Et enfin elle pèche par cruauté contre Adam et tous ses descendants malheureux ; toute la suite des siècles se déroule devant elle, avec leurs maux, leurs ruines, leurs défections : elle peut contempler le-

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

malheur de l’humanité révoltée contre Dieu, et elle ne recule pas devant cette triste perspective, elle pousse Adam a se perdre avec toute sa race.

Fille indigne du Dieu vivant, elle est une épouse dénaturée, et une mère sans entrailles.

Elle n’a pas reculée devant la révolte contre Dieu, elle ne reculera pas devant la ruine de son époux et la dégradation de toute sa race pour satisfaire son orgueil insensée, elle tient dans sa main la vie ou la mort, elle le sait et elle donne la mort.

Or, montrons comment Marie a réparé aussi l’ingratitude, la perfidie et la cruauté d’Eve envers Adam et tous leurs descendants.

Marie, pour réparer tant de maux, entre dans une sainte ligue avec le fils de Dieu pour perdre le génie du mal.

Ilia suggerit provarieationem, hoec suggessit redemptionem, St. Bernard et St. Léon Pape développe tout ce mystère. (2ème sermon sur la Naissance du Sauveur.)

“ Le fils de Dieu vient comme homme pour ajouter l’exemple aux enseignements, et enfin pour expier le mal par des souffrances réelles comme homme et d’un prix infini comme Dieu : devant vaincre le Démon en cette humanité qu’il avait vaincue, mais de plus, nous dit le 3aint Docteur, pour perdre le Démon en le trompant, paraissant sous une forme étrangère et abusant à son tour, celui qui, caché lui-même, ne devait son triomphe qu’à un déguisement et à un mensonge.

Il parait comme un homme et comme le dernier des hommes, en sa naissance et en toute sa vie ; et l’esprit superbe, ne pouvant reconnaître dans tant d’épreuves et d’humiliations ni Dieu, ni le secours de Dieu, ne craint pas d’accabler ce juste dont la vue et la présence sur la terre, lui sont odieuses ; il ne craint pas d’étendre sur le Saint des Saints cette main qu’il ne pouvait porter justement que sur les hommes souillés de péché, il ne redoute pas de faire tomber iniquement sur cette tête innocente les maux, les douleurs, la mort, toutes les ressources de sa puissance, mais qui ne lui avaient été permises que contre les coupables.

Révérend Messire Faïllon.

Or, s’aveuglant lui-même, ne se trouvant pas encore en cette circonstance dans la vérité, et oubliant à quelles conditions il tient son empire ; il dépasse son pouvoir et il le perd, il abuse du titre qu’il avait contre l’humaine nature et il en est dépouillé, et il en est privé justement et pour toujours.

11 perd le titre sur lequel il s’appuyait, dit St. Paul, :i demandant le «bâtiment des pécheurs contre celui en qui il ne trouve aucune faute.’.’

Amittit Chirographum quo ni’tebatur, exigeas pœnam iniquitatis, in quo nullam reperit culpam. (Stus. Jeann. Chrysostom in Sancti Pauli Epistol.)

Et d'ailleurs, continue le grand saint, au moment où il demande ce qui ne lui était pas dû, cet insensé trouve plus qu’il ne pouvait prétendre, c’est-à-dire un sang divin, un sang d’un prix infini et en une fois il est payé et au-delà de tout ce qu’il avait à redouter, perdant les créances qui une fois payées deviennent nulles et sans valeur.

Et par cet excès de demander plus qu'il ne lui revenait, il est payé au-delà et “ la dette s'évanouit, et par la mort d'un prix infini , la dette de la mort est ac- “ quttée." (St. Jean Chrysostôme.)

Et le Sauveur efface ce mot de mort en l’attachant à la croix et il n’en peut plus être retiré.

Delens quod adversus nos erat Chirographum Ducreti, ipsum tulit de medio affigens illud Cruci. (St. Paul.)

Mais après le coup terrible porté par le génie du mal “ 8 mort, où est votre pouvoir, que deviennent vos armes brisées dans un pareil coup.”

Ubi est mors Victoria tua, et stimulus tuus.

Or, Marie concourt à cette œuvre du Sauveur dans le silence de son humilité et de sa réserve ; en gardant le secret elle assure le succès, sachant tout et ne disant rien, connaissant les voies et l’œuvre de la Rédemption et n’en laissant rien transpirer, rien soupçonner, ne cherchant jamais à être connue sur la terre, mais y passant obscure et ignorée, secondant tout par sa retenue, aussi bien après l’Annonciation qu’à la Nativité, dans l’enfance et l’adolescence du Sauveur, dans sa vie publique comme dans sa vie cachée, dans ses miracles comme dans ses épreuves, gardant tout en son cœur, ou lorsque ses sentiments s’élevaient en, elle ne

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

s’entretenant qu’en elle-même “ Maria conservabat omnia, conferens in corde suo,” ou si elle manifestait quelque émotion, s’en tenant avec St. Joseph à un étonnement humble que l’ennemi du salut ne pouvait pénétrei et mirabantur super his quæ dicebantur de illo.”

Epreuve continuelle de l’humilité, de la fidélité, de 1 obéissance qui ne se démentaient pas et qui trompaient l’astuce du serpent.

Et prndentia serpent is, in columbœ simplicitate devincitur.

Réalisant dans toute sa vie ce qu’elle avait d abord promis, y persévérant jusqu’à ce qu’elle ait couronné le salut de ceux qu’Eve avait perdus et après avoir réparé la perfidie d’Eve par sa discrétion, réparant sa cruauté par sa générosité et son esprit de sacrifice.

Quoiqu’il doive lui en coûter, elle offre son divin fils en sacrifice pour le salut du monde, pour ce fruit de séduction qu’Eve avait dérobé sur 1 aibre du Paradis, elle consent à cueillir ce fruit d’amertume qu elle trouve sui l’arbre du Calvaire et à être immolée dans son âne , en voyant sur la croix celui qui en quittant ses entrailles, n'est jamais sorti de son cœur.

Christi et Mariœ unum holocaustum, hœc in sanguine cordis, illec in sanguine crucis. (Patres passirn.) .

Et ainsi toutes les fautes d’Eve se trouvent réparées par Marie, par ces actes de fidélité, de soumission consommés par sa générosité pour tous ces enfants d’Eve qui reçoivent en Marie une vie nouvelle, pourvu qu ils veuillent profiter de son sacrifice en reconnaissant le lien de filiation

qui les unit à elle et par elle a son divin fils. ,

Dans cette analyse où nous voulions ne donner que le fond de la doctrine, nous avons dû quelquefois laissé subsister plusieurs développements de l’auteur, afin que l’on vit mieux, le soin avec lequel il appuyait ses arguments des textes même des maîtres de la science.

Nous savons qu’on peut trouver les mêmes idées dans St. Thomas, mais cela ne diminue pas le mérite de M. Faillon qui a su réunir les différents arguments des docteurs, qui les a coordonnés et enfin qui a su si bien les appuyer par l’autorité des Pères, dont il avait tellement a cœur de donner la connaissance et l’affection aux jeunes étudiants.

Révérend Messire Faillon.

Nous avons une autre observations à faire : nous voulons faire remarquer ce soin de remonter aux sources, de prendre l’eau pure de la science sacrée dans ses premiers organes, d’aller puiser aux premières effusions de l’esprit divin ; voilà ce qui relève admirablement les pieux enseignements de la foi, et leur communique une fraîcheur, une nouveauté et un imprévu qui ravissent l’âme et lui donnent un vrai sentiment de la lumière divine ; lumière si puissante et si irrésistible qui a toujours l’apparence de la nouveauté et de la jeunesse, précisément parcequ’elle ne passe pas, qu’elle ne s’altère pas, puisqu’elle est éternelle : et ainsi toujours nouvelle bien que toujours subsistante.

Ces vérités sont touchantes autant qu’incontestables, elles charment nos âmes autant qu’elles les édifient, elles plaisent autant qu’elles convainquent, et elles sont présentées avec ce sentiment, et cette sûreté qui nous révèlent M. Faillon, comme un grand interprète de la science sacrée, un vrai figuriste et un éminent scripturaire.

Mais nous allons offrir le complément de cette doctrine en reproduisant une seconde instruction, qui a été donnée le jour de Pâques dans laquelle M. Faillon s’est appliqué à montrer la part que N. S- tenait dans l’oeuvre de la rédemption, prenant vis-à-vis du démon la place du premier Adam, de même que Marie avait occupé la place de la première Eve.

Les limites de notre travail ne nous permettent que de présenter une analyse.

t Hæc Dies quam fecit Dominus exultemur et lætemur in eâ.

S’il est pour l’Eglise des jours de tristesse, il est aussi des jours de joie, mais celui que nous célébrons dépasse tous les autres. Jour que Dieu a préparé sur tous pour y manifester sa gloire : Jour qui l’emporte sur les autres solennités comme celles-ci sur les jours ordinaires, “ Solemnitas Solemnitatûm. ” Jour aussi précieux pour le bien de l’humanité, qu’il est glorieux pour le ciel, et c’est pour cela que tandis que l’Eglise nous répète tant de fois en ce jour :

Hæc Dies quam fecit Dominus, exultemur et lætemur in eâ, etc. ,

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

Elle invite en même temps les Anges à mêler leurs accents de joie à ceux de la terre en l’honneur de Celui qui n’est pas seulement notre Sauveur, mais qui devient leur Maître et leur Souverain, ayant conquis par sa

mort le ciel comme un triomphateur.

Exultet jam Angel! c a Turba cælorum, exultent dïvina mysteria, et pro tant! Régis Victoria, Tuba iusonet Salutaris. ,

Mais pour comprendre l’excellence de cette victoire, voyons quelles en

sont les conséquences pour nous en deux réflexions.

lo. En ce jour Jésus vainqueur de l’Enfer, nous délivre de l’esclavage

de Satan et de la mort. a

2o. Conquérant du ciel, il nous fait participer à sa conquête.

Dieu avait établi l’homme dans un état de sainteté, de bonheur, et d'immortalité, pour le substituer à l’ange déchu. Le Démon furieux de voir conférer à une autre créature les avantages qu’il a perdus, tache de les lui enlever et il y parvient par un piège plein de perfidie et de mechan-

L’homme est dépouillé à la fois de sa sainteté, de son bonheur, de son immortalité; et s’étant soustrait à l’obéissance de Dieu, il tombe sous le iou* de celui qu’il a voulu choisir pour son guide, au mépris et a 1 exclusion de la parole divine, ainsi St. Paul et le Concile de Trente. (1)

C’est un principe reconnu que “ le vaincu doit devenir l’esclave du vain- « queur ; a quo quis superatus est, hujus servus est,” St. Paul ; et d’ailleurs Adam ayant préféré à la volonté de Dieu celle du démon il était juste qu’il dépendit du Maître qu’il s’était donné comme guide.

Mais Dieu à ce moment même a pitié de l’homme et il prend la résolution de le tirer des mains de son ennemi ; quelle est la bonté de Dieu ! il est plus touché du malheur de l’homme que de son crime, et il se résout à le sauver en renversant contre le démon le piège dont il s’était servi.

(1) Si quis non confitetur Adam incurisse captivitatem sub ejus potestate, qui mortis imperium, hoc est diaboli : Anathema sit. (Concilium Tndeutmum.)

Révérend Messire Faillon.

Enfin, pour conserver toute justice dans cette intervention de sa miséricorde, Dieu veut recommencer une nouvelle épreuve où, les circonstances étant les mêmes, le Démon perdra justement ses avantages et sa conquête, si vainqueur dans la première épreuve, il est vaincu dans la seconde.

De là toutes ces égalités et ces ressemblances que les Pères ont indi quées entre la chute et la rédemption.

Il y en a quatre principales :

lo. Egalité dans la personne ;

2o. Egalité dans les conditions de la victoire ;

3o. Egalité dans les moyens ;

4o. Egalité dans les suites et les conséquences.

Io. Egalité dans la personne.

C’est un homme qui s’est laissé vaincre, il^faut que ce soit un homme qui répare cette défaite, afin qu’il soit dit que l’homme a vaincu son vainqueur et que Satan, d’abord vainqueur et maître de l’homme, devienne justement son esclave. C’est ce que nous dit “ St. Irénée,” la réparation est donc aussi parfaite et aussi juste que possible.

Enfin Dieu ne devait pas se présenter comme Dieu contre Satan, autrement on aurait pu dire que Satan était égal à Dieu, c’est la remarque de “ St. Augustin.”

Et dès lors Dieu vient sous la forme de l’homme et n’en prend pas seulement l’apparence, mais aussi les infirmités, les faiblesses, enfin toutes les misères de l'humanité excepté le péché. 11 est vraiment homme comme nous, et cela est officiellement proclamé, il est inscrit aux régistres de l’Empire ; et s’il est sans péché, c’est un trait de plus, de ressemblance avec le premier Adam, créé dans la sainteté et l’innocence.

IIo. Egalité dans les conditions de la victoire.

Satan avait vaincu en portant l’homme à transgresser la loi de Dieu et à toucher au fruit que Dieu avait excepté ; un délit semblable devait

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

être la cause de la délivrance et voici le “ Dessein de Dieu ” Par sa victoire, Satan a droit sur tous les coupables, et comme exécuteur de^ la “ Justice ” de Dieu, il peut infliger la peine portée contre le péché, “ la Mort.” Mais il “ n’a pas droit ” sur “l’innocent,” la loi de Dieu ne soumettant à la mort que les seuls coupables. Il était donc arrêté que s’il infligeait ce châtiment à un homme qui serait au moins aussi innocent que le premier Adam, il perdrait son droit, c’est là un “ Fruit défendu,” auquel il ne peut toucher.

IIIo. Egalité dans les moyens de la victoire.

Le tentateur, pour vaincre notre premier père, avait employé la ruse, l’artifice et le mensonge ; il s’était caché sous une forme étrangère, il s’était donné comme plus puissant, plus éclairé que Dieu, il avait enfin

attiré la femme par l’appât de la divinité.

N. S. pour vaincre le démon, retourne contre lui son propre piège, 1 se cache sous les voiles de l’humanité et il l’attire ainsi par l’appât de l’humanité. Car jamais le Démon n’eut poussé les Juifs à immoler le Sauveur, s’il avait reconnu en lui la divinité.

N. S. entre dans le monde dans un tel mélange d’infirmités et de grandeurs, que le Démon ne sait que penser ; il nait dans une étable, mais les Pasteurs et les mages viennent l’adorer ; il va recevoir le baptême comme pécheur, mais il est dit : “ Celui-ci est mon fils bien-aimé.” Il va au désert et subit un jeûne de quarante jours, mais il a faim ; il est tente sans succès, mais à cette parole : “ Vous n’adorerez que Dieu, le Démon est encore trompé et cependant cette parole n’était pas trompeuse, car J. C. en tant qu’homme doit tout honneur à son père.

Alors, il se retire ; mais Jésus, répandant partout la sainte parole, annonçant 'le royaume de Dieu, délivrant les possédés, détruisant l’empire des ténèbres, le Démon est irrité, il craint que ce juste ne ruine sa domination sur la terre et de même qu’il avait causé la mort de tant de Prophètes, il excite tout le peuple contre lui pour détruire ce juste qu’il reconnaît comme

son ennemi.

Révérend Messire Faillon.

Mais c’est cette entreprise qui précisément va ruiner son empire : c’est ce qu’annonce J. C. : “ Voici le temps où le Roi du monde va être chassé de son Royaume, et s’il me met à mort, moi je lui ravirai ses dépouilles.”

Et il dit encore :

“ Voici le prince du monde qui vient à moi pour me donner la mort, quoiqu’il ne trouve en moi rien qui lui appartienne.”

Enfin, pendant la Passion, le Démon est encore plein de doute sur la qualité de Jésus ; il le voit comme pendant toute sa vie, plein de puissance et plein d’infirmité.

Tout abattu au Jardin des Oliviers, puis rempli de résolution, renversant les soldats d’un mot, puis se livrant à eux.

Dominant ses juges par une patience et une sagesse surhumaines, puis acceptant de tels outrages et de telles humiliations qui dépassent l’idée que le Démon se fait de la majesté divine.

Le Démon hésite, balance, il cherche d’abord à effrayer la femme de Pilate, puis voyant Jésus sans défense dans l’abîme de l'objection et de l’abandon, désormais il ne voit plus qu’un homme en lui, un homme qu’il abhorre pour sa sainteté et dont il ne craint rien, vu sa faiblesse.

Et alors dans sa rage il consomme son détestable dessein, il excite la fureur des Juifs, il leur fait exiger la condamnation du juste, et par leurs mains, il le cloue sur le bois, où la victime doit consommer son sacrifice.

Alors l’homme Dieu, élevé entre le ciel et la terre, entonne le psaume prophétique de ses souffrances, mais aussi de son triomphe, et après avoir rappelé à son père pourquoi il l’a livré à Satan : “ Mon Dieu, mon Dieu? pourquoi m’avez-vous délaissé ? (*) il réunit ses forces, et par un prodige inouï il expire en poussant un grand cri.

A ce moment tout change de face.

Satan qui se croit assuré de son triomphe, veut se saisir de l’âme du

(*) Deus, Deus meus, quare me dereliquisti ? Psalm xxi.

Son séjour au Grand Séminaire de Lyon.

Rédempteur, pour la conduire aux limbes, et soudain il reconnaît son erreur et son crime, il est rempli de déception et de fureur, il voit qu’il a mis un juste à mort et que, en prenant cet innocent, il est forcé de rendre tous les coupables.

Peut-on concevoir tonte sa colère et son désespoir ? Quels doivent être ses transports, et ses déchirements ; nou3 pouvons a peine en mesurer 1 amertume.

Mais à qui comparerons-nous le divin Rédempteur du monde ?

“C’est un Samson qui, pour aller célébrer ses noces, met en pièces le Lion qui l’arrête sur son passage.” (St. Augustin.)

“ C’est un autre David qui s’avance contre le formidable Goliath lequel depuis 4000 ans provoquait audacieusement les hommes, il va sur lui, il l’abat et il le tue avec sa propre épée c’est-à-dire avec l’arbre de la perdition devenu l’arbre de la Croix.” (St. Augustin, sermon 197 de tempore).

“ C’est un Athlète, dit St. Jean Chrysostôme, qui au moment où il semblait avoir succombé, se relève soudain, renverse son adversaire, et dans un dernier effort lui arrache la vie.” “ Ou plutôt, dit St. Isidore de Péluse, c’est un Roi dévoué au salut de ses peuples qui prend secrètement, “ un habit de simple soldat ” et qui déguisé de la sorte, se mêle parmi les combattants, se fait jour dans la mêlée, va droit au chef ennemi et en le

tuant, décide du sort de la guerre.”

<< C’est un Pasteur dévoué à ses brebis, nous dit St. J ean Damascene, qui pour en venir aux mains avec le loup, se revet d’une peau de brebis, s avance sur l’ennemi, le provoque et en venant aux prises l’enlève, le serre et l’étrangle ; et pour tout dire en un mot comme “ St. Paul ’ c’est un autre serpent figuré dans le désert par le serpent d’airain qui est opposé au serpent du Paradis, l’instrument de notre perte.

Et ainsi que de points de ressemblance et de contrastes entre la chute

et la rédemption.

lo. Dieu se cache à Satan comme Satan s’est caché à l’homme.

Révérend Messire Faïllon.

2o. Satan nous a vaincus par un arbre et J. C. triomphe de lui par un autre arbre. (1)

3o. L’oeuvre du démon s’accomplit dans un jardin, et dans un autre jardin J. C. épuise le calice de son obéissance.

4o. Il meurt le sixième jour, et il sauve l’humanité au jour même où elle fut créée.

5o. Il expire sur le soir afin de nous ouvrir le ciel à la même heure, où avec notre premier père nous fûmes tous chassés du Paradis de délices.

60. Satan est dépouillé de son domaine et lui-même devient l’esclave et le captif d’un nouvel Adam, comme Adam, par sa faute, était devenu l’esclave de l’Enfer, mais ceci rentre dans une considération particulière que nous ferons sous ce titre :

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