Révérend Messire Fuillon
Arrivé à l’adolescence, il se sentit appelé à l’état ecclésiastique, et son cœur touché tout particulièrement du malheur des âmes, en ces temps de soulèvements politiques et religieux, renonça, avec üne grande résolution, at avantages qu’il pouvait trouver dans la famille et dans le monde.
Comme il appartenait à l’une des familles les plus riches et les plus influentes de la Champagne, qu’il avait de grands talents rehaussés encore par les manières les plus nobles et bien des avantages extérieurs, plusieurs personnes qui s’intéressaient à lui, voulaient le pousser aux dignités ecclésiastiques, tandis que des compagnies religieuses puissantes lui faisaient des offres brillantes, mais il n'écouta pas ces invitations de l'affection, qui ne répondaïent pas à sa pensée, il avait été frappé du besoin du clergé des paroisses où il voyait tant de bien à faire, et tant de vides causés par le malheur des temps.
11 était dans ces dispositions, et il songeait aux moyens d’y répondre, lorsque ayant entendu parler des desseins de M. Olier sur l'assistance et l'éducation du clergé, ses résolutions furent fixées et il voulut se donner à lui tout entier. |
Il trouva au Séminaire toutes ces Âmes d'élite désireuses de procurer le renouvellement de l'Eglise par le renouvellement de l'esprit sacerdotal. Les MM. Tronson, fils d’un secrétaire du roi, M. de Caulet, depuis Evêque de Pamiers, M. de Hurtevent, d’une grande famille du Lyonnais, M. de Bretonvilliers, le plus riche ecclésiastique de F rance, qui donnait tous ses revenus aux pauvres. :
M. du Ferrier, M. de Caylus, depuis missionnaire au Canada, M. de Poussé, proclamé par St. Vincent de Paul comme le plus excellent ecclésiastique de France, (M. de Poussé était cousin et ami de M. de Lantages,) enfin M. de Foy, Mr. de Bazancourt et M. D'urfé, depuis Evêque de Limoges. :
M. de Lantages devint un modèle de piété et de régularité, et en même temps il acquit tant de savoir et de doctrine, qu’à ses débuts dans la chaire chrétienne il fut accueilli par les plus qualifiés dans Paris comme un
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La vie de M. de Lantages et de M. Démia. 65
orateur du premier ordre ; il est vrai que les plus grands orateurs du À VIle siècle n’avaient pas encore paru, mais pour donner une idée suffsante de son mérite, nous pouvons ajouter que vingt ans après, en 1675 étant revenu à Paris après ses missions dans le Velay et lorsque la chaire était occupée par les plus grands génies, M. de Lantages attira encore autant de monde et excita la plus vive admiration.
Mais M. Olier ne'mettait pas l’œuvre de la prédication au premier rang ; il comprenait les nécessités de l'époque ravagée par les efforts des sectaires
et, détournant entièrement M. de Lantages de la prédication, il l'appliqua tout entier aux œuvres du catéchisme qu’il trouvait encore plus utiles, nous dit son historien, Là M. de Lantages rencontra encore les succès les plus signalés, la foule accourait à ses instructions et les préférait à tous les sermons d apparât.
M. de Lantages, par les fruits qu’il faisait et par les qualités éminentes de son cœur, était le sujet le plus précieux de St. Sulpice et le plus aimé de M. Olier, mais cette double considération n’empêchèrent pas celui-ci de désigner M. de Lantages comme Directeur des établissements qu’il voulait fonder au Puy:
L’évêque du Puy; M. de Maupas, ressentait vivement la perte de l’admirable François Régis, Père de la Compagnie de Jésus, mort vers 1642, il pensa que pour continuer les œuvres entreprises par ce saint missionnaire, il ne pouvait mieux faire que d'établir dans sa ville métropolitaine les MM. de la Compagnie de St. Sulpice, qui, avec un séminaire pour les ecclésiastiques et une paroisse dirigée par eux, pourraient subvenir aux plus urgents besoins du diocèse, et travailleraient ainsi à l’éducation des clercs, et à l'édification des Pasteurs.
M. de Lantages quitta tous les fruits de son zèle avec courage, désireux d'aller porter ses efforts dans ces pays du centre, où Genève envoyait sans cesse ses principaux ministres qui avaient gagné un très-grand nombre d'adhérents dans le Velay, le Vivarais, les Cévennes et l'Auvergne.
M. Faillon, dans une pensée pratique et qui trouve si souvent son appli-
66 Æévérend Messire Faillon.
cation dans les nécessités les plus impérieuses du ministère, proposa à l’édifcation des clercs, en cette phase de la vie de M. de Lantages, un exemple de ce détachement qui peut tant coûter, mais qui rapporte le centuple en bénédictions de toutes sortes, et en consolations ineffables.
M. de Lantages, nous dit M. Faillon, abandonna Paris comme il avait abandonné le monde et sa famille, c’est-à-dire d’un grand cœur, parce qu’il y voyait le bien des Âmes ; il montra ce qu sait faire une âme héroïque qui, loin d’épuiser dans ses sacrifices les ressources de sa générosité, y trouve sans cesse la grâce d’un nouveau dévouement ; M. Faiïllon, avec cette connaissance qu’il avait déjà des voies des âmes d'élection, sait nous montrer admirablement pour notre édification, comment M. de Lantages obéit aux ordres de son supérieur ; sans hésiter un instant, il renonça à ces relations qu’il avait dans une grande paroisse avec nombre de familles, auxquelles il avait pu être utile pendant dix ans du ministère le plus laborieux et le plus apprécié ; il renonça aussi àvec le même désintéressement à cet auditoire qu’il charmait par sa parole et qui comptait ce qu’il y avait de plus grand à une époque qui était l’aurore déjà si belle du plus grand siècle que le monde ait vu, et il s’en alla vers ce pays éloigné, qu’il ne connaissait pas, mais où il savait qu’il y avait à sauver bien des âmes abandonnées et exposées à tous les efforts de l’erreur.
Or, en laissant ce centre où abondaient les ressources, il trouva une population qui, grâce à ses soins et aux œuvres qu’il y a établies, est devenue une des plus grandes forces de la France, pour la foi et les intérêts de l'Eglise.
Etant arrivé au Puy en l’année 1653, M. de Lantages s’appliqua aussitôt à organiser les œuvres que M. Olier avait établies avec tant de zèle à Paris pour renouveler l'esprit sacerdotal.
Il ouvrit un séminaire pour l'instruction et la formation des clercs, et en même temps il prit possession de la paroisse de St. Georges qui lui-fut attribuée par Mgr. de Maupas, où il plaça comme curé M. Tronson, abbé de St. Antoine pour faire connaître par la pratique au clergé du
da nd ee UN CES Etalht
La vie de M. de Lantages et de M. Démia. 67
l'édifi- diocèse les saintes institutions paroissiales que M. Olier avait établies dans remple la cure de St. Sulpice.
ple en : M. Faillon décrit d’abord avec soin les moyens que M. de Lantages prit pour assurer le succès du Séminaire.
| avait Il s’appliqua à se montrer le père et le modèle des ecclésiastiques qui e qu'il lui étaient confiés ; il les recevait avec la plus grande bonté, en leur repré- 1e qui, sentant les obligations de la vie de communauté : ensuite il examinait trouve avec soin leurs dispositions et leurs talents, et leur indiquait les moyens à te con- prendre pour y répondre.
ontrer Ce qu'il demandait avant tout, c'était la ferveur et la régularité, et ce it aux qu’il croyait le plus nécessaire pour obtenir ces deux qualités, c’est la douations ceur'et la charité dans le supérieur et les directeurs, uelles M. de Lantages pensait qu’en agissant ainsi on gagne les cœurs, et il ux et assurait qu’un supérieur aurait assez d’empire sur ses inférieurs, si, par sa à cet charité envers eux, il savait attirer leur affection, et il était si, fidèle à ces ait de principes, qu’il avait la confiance de tous, qui en le voyant si bon, sitendre, grand si prévenant, remarquaient de lui ce que St. Hilaire dit de St. Honorat ’il ne d'Arles ‘ que si la charité eut voulu se faire peindre, elle aurait emprunté âmes son visage et ses traits. ”
Aux différents exercices, il était grave, et recueilli, et toujours plein popu- d’un zèle affectionné. En toute occasion il était attentif à parler et à agir renue avec les séminaristes d’une manière insinuante, douce et aimable ; dans ts de sa conduite générale, il évitait de surcharger ses élèves de pratiques trop
assujettissantes, uniquement propres, dit M. Faillon, à les dégoûter du liqua à séminaire et à leur donner de l'éloignement pour les exercices de la nt de | maison ; il les tenait dans une sainte liberté, sans relâcher néanmoins ce
qui est essentiel ; et il agissait à leur égard avec tant d'honnêteté, d’affa- 8, et bilité et de tendresse que les séminaristes s’attachaient de tout cœur aux iefut saintes règles, prevenaient des directeurs en toutes choses, tandis qu’ils nsOn, aimaient tant le séminaire, que devenus prêtres ils ne le quittaient qu’avec é du le plus vif désir de revenir sans cesse, là où ils avaient passé de si précieux
instants,
68 Révérend Messire Fuillon.
“ L'expérience a bien montré, dit M. Faillon, que M. de Lantages avait trouvé justement ce qui convient au gouvernement des séminaires, la douceur et non la rigidité. :
C'est surtout ainsi que l’on porte :es ecclésiastiques à conserver leurs pieuses habitudes au milieu du monde, tandis qu’on les incline à revenir sans cesse chercher au séminaire, la direction dont ils ont besoin,
“ J'ai toujours vu, disait M. de Lantages, que les jeunes prêtres affectionnés à revenir au séminaire se maintiennent dans la pratique des instructions qu’ils y ont reçues.”
Nous croyons devoir citer ces détails parce qu’ils représentent parfaitement, quel a été l'esprit des séminaires dès le commencement, et ainsi nous avons le secret du bien qu’ils ont pu faire, or, combien il était utile de rappeler ces saintes traditions de la compagnie à un moment où l’on réta. blissait ses œuvres, après tant d'années d'interruption.
En même temps, ces détails serveñt éminemment à nous faire connaître M. Faillon dès le commencement de son ministère ; nous voyons quel était l’objet de ses pensées et nous avons pu reconnaître qu'il ne s’est pas borné à décrire les saintes qualités qui distinguaient M. de Lantages, mais combien il s'en est pénétré lui-même.
Outre ses occupations près des jeunes ecclésiastiques, M. de Lantages, comme grand vicaire et comme conseil de l'évêque, exerça l’action la plus salutaire dans tout le diocèse.
Il déterminà l’évêque à établir des visites régulières du diocèse, pendant lesquelles le prélat présidait des exercices de mission, puis allait visiter les communautés, les écoles, les hôpitaux et même les malades et les infirmes dans leurs maisons ; il résulta bientôt de ces mesures une influence notable sur la ferveur et la régularité dans le Velay.
Maintenant il nous reste à parler de ses œuvres paroissiales, et nous devons d'autant plus le faire, que les effets de son zèle à cet égard qui se son conservés jusqu’à présent, nous offrent le moyen le plus efficace que
lon puisse trouver pour combattre les maux ‘si grands apportés
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La vie de M. de Lantages et de M. Démia. | 69
par le développement de l'industrie et l'état actuel des classes populaires.
Au XVIe siècle l’industrie de la dentelle, comme noué l'avons dit occupait une grande partie de la population du Velay.
Les pays les plus lointains recouraient à ce pays, à cause de l'excellence de la fabrication et les négociants du sud de la France, en communication avec l'Espagne, y faisaient des envois considérables des produits du Velay, qui se répandaient ensuite dons les immenses colonies de l’Asie et de l'Amérique.
Cependant l'administration civile, frappée des maux qui accompagnaient l’agglomération des ouvrières dans les villes, avait cherché à y remédier, et sur des suggestions plus zélées que prévoyantes, n’avait pas vu d'autre moyen que l'interdiction complète de ce travail ; d’un trait de plume le souverain et les parlements vers 1610 nvaient aboli cette industrie, qui dans le Velay seul faisait subsister près de 80,000 âmes.
Le P. François Regis, éclairé d'une lumière supérieure, vit que pour essayer d’anéantir un luxe innocent, on allait réduire au désespoir une population qui, dans ses montagnes, ne pouvait recourir aux ressources de l’agriculture, qu’on allait l’exposer aux suggestions intéressées des apôtres de la réforme, tandis qu'on ne pourrait fermer le pays à l'introduction frauduleuse des fabrications étrangères.
Il n’hésita donc pas à réclamer près des autorités, tandis que aux plaintes des ouvrières désolées qui venaient l’assiéger de leurs supplications, il répondit par ces paroles restées célèbres dans le pays.
‘ Mes enfants, ne craignez rien, la dentelle ne périra pas. ”
Il multiplia ses démarches jusqu’à ce qu’elles fussent devenues efficaces, et en même temps il chercha à porter le vrai remède aux maux qui existaient, par ses missions, ses œuvres de zèle, les saintes industries de sa charité.
Lorsque M. l'abbé de St. Antoine eut été placé à la cure de St. Georges, il entra dans tous les sentiments du révérend Père et il vit aussitôt les res-
70 Révérend Mossios Fillon:
sources que lui offrait les institutions de M. Olier ; il établit done av Puy
une congrégation de l'instruction comme elle existait à Paris. 6! 1 :l s0m- « posa de jeunes ouvrières qui se destinaient à évangéliser lai: con pagnes ] de travail, et il obtint bientôt des prodiges de zèle et des' *1,; ‘es de : succès. f
M. de Lantages entra.dans les mêmes sentiments et de ina l'œuvre l’organisation qu’elle a conservée jusqu’à nos jours. e
Dieu qui, dans sa sainte et admirable providence, proportionne toujours a
les ressources aux besoins des temps, fit naître, alors, dans le cœur d’une C jeune fille qui semblait cependant préparée à une autre destinée, la pen- r sée de concourir à ces œuvres.
Elle se nommait Anne-Marie Martel et était d’une des meilleures fa- I milles du Puy, son père avocat et plein de piété l’avait confiée, pendant € son enfance, aux Sœurs Dominicaines de la ville. ]
Anne-Marie donna dès son enfance les plus beaux exemples de ferveur v et de zèle et vers l'âge de seize ans, ayant été prise d’un extrême désir e de se donner aux œuvres de Dieu, on pouvait penser qu’elle choisirait cette sainte congrégation où elle avait été élevée, et qui venait d’être L illustrée par les vertus héroïques de la vénérable mère Agnès, Supérieure s ré de la maison de Langeac. ‘ | p:
Mais Marie-Anne tourna ailleurs ses vues ; en effet, elle connaissait a; les maux de l'Eglise du Puy, elle considérait l'état des âmes dans cette pl contrée et pensant au bien qu’il y avait à leur faire, elle se résolut de
Ÿ répondre au but qua méditaient les MM. de St. Sulpice, but qu’elle voyait le si urgent, mais qui était absolument incompatible avec les obligations de | ta la vie cloitrée, telle qu’elle était pratiquée alors. 4 é
Ce fut donc avec le plus grand courage, qu’elle se résolut à se consa- fa crer à une vie nouvelle et isolée, dont elle ne pouvait prévoir le succès ; elle quitta les douceurs de la vie de famill, elle renonça aux consolations d fil de la communauté et elle s’avança d’abord toute seule dans une voie non À ve
frayée, ne tenant nul compte des difficultés qu’elle rencontrerait, mais ne voyant que l'intérêt et le bien des âmes.
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La vie de M, de Lantages et de M. Démia. | 71
Elle soutint sans se plaindre les commencements d’une œuvre si diff cile ; elle ne put d’abord recruter que quelques compagnes, mais ensuite Dieu bénit ses efforts, un succès inespéré les couronna, et dix ans après les premiers comnencements, elle avait pu réunir plusieurs centaines de jeunes filles qui rivalisaient de zèle avec elle.
Ces jeunes filles admirables allaient de maisons en maisons, de chambre en chambre, et tout en prenant part au travail, elles faisaient ce qu’on appelait l'instruction, lisant à haute voix de bons livres, apprenant le catéchisme et les prières, et ensuite répétant les enseignements que leur Directeur leur avait donnés à la séance du Dimanche.
De plus, elles rendaient bien d’autres services: - 1: els dans le ville et la campagne, elles accompagnaient les jeunes enfants aux écoles, .elles évangélisaient les fermières au marché, et les pauvres à la porte des
Eglises ; lors des visites pastorales, elles précédaient la venue de l'E. *
vêque, quinze jours d’avance, pendant lesquel elles préparaien : l:8 enfants et les adultes à recevoir les sacrements.
Avec toutes ces saintes imdustries, elles eurent bientôt renouvelé le Diocèse en entier, elles répandirent la connaissance de la religion, elles ramenèrent la pureté des mœurs, elles adoucirent les caractères, et c’est par leurs travaux continués jusqu’à nos jours que ce centre de la France, ayant rompu avec les attaques des réformés, est devenu l'un des foyers les plus purs et les plus ardents de la foi en France.
Deux témoignages importants nous sont donnés de leur œuvre, d’abord les renseignements que M. Fillon a pu réunir dans la vie de M. de Lantages, mais de plus cet admirable catéchisme de la foi et des mœurs écrit par M. de Lantages et qui est un des plus remarquables qui ait 4té fait.
Or, il renferme l’ensemble de toutes les instructions qu’il faisait à ses filles et qu’elles allaient ensuite reproduire dans tous les centres de travail,
M. de Lantages, comme il le dit lui-même, y avait mis toute son âme :
72 Révérend Messire Faillon.
cette science si grande qu’il avait des enseisuements de la religion, cette piété qui animait toutes ses paroles et ses actions, cet accent si pénétrant de foi et d’onction qui fait de sou livre comme le plus beau manuel du chrétien.
Dieu à perinis que tout ce qui a été établi par lui subsistât jusqu’à nous ; nons savons que les œvies de l'instruction existent encore actuelle ment, grandissant de jour en jour au centre de la France ; nous pouvons prendre connaissance de la doctrine si belle et si puissante contenue en ce beau livre. Or combien ces monuments de l’œuvre de M. de Lantages sont-ils précieux, surtout à une époque, où l’industrie étend de plus en plus ses conquêtes, et en même temps ses dangers.
C’est ce que M. Faillon avait sans doute bien compris, eb nous pouvons présumer avec quelle consolation il trouvait ces trésors de grâces renfermés dans la vie de M. de Lantages, comme dans celle de M. Démia.
Même au fond du Séminaire, 1 : ait pu être frappé du déchaînement des passions populaires en 1830 ; à Lyon, il avait pu contempler de près cette énorme agglomération des classes ouvrières qui se déclaraient trahies par les chefs de la dernière insurrection, et à qui pour calmer leurs plaintes, on avait promis bien autre chose qu’un gouvernement succédant à un autre gouvernement, M. Faillon voyait la société tout en feu, il entendait les rugissements du lion populaire que l’on cherchait en vain à enchaîner de nouveau ; il comprenait combien étaient vains les efforts des sages du siècle qui voulaient fonder quelqu’établissement durable sans mettre la religion comme base et pierre angulaire de leur conception, et puis reprenant ses recherches et sa méditation, il étudiait les documents sur M. de Lantages et M. Démia; et dans leu: : insiitu.ions religieuses, il saluait les œuvres qui avaient moralisé la grande France du XVIIe siècle, et qui seules pourraient sauver la France du XIXe siècle, si elles étaient plus connues, bien méditées et bien comprises.
Voilà les premiers travaux auxquels M. Faillon se livrait au milieu de ses occupations au Séminaire de Lyon, nous savons qu'ils ont déjà produit
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jusqu’à actuelle pouvons enue en antages plus en
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nement de près trahies r leurs cédant : feu, il vain à rts des le sans tion, et uments uses, il siècle, étaient
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La vie de M. de Lantages et de M. Démia. | 73
leur fruit dans les âmes anxquelles ils étaient particulièrement destiné: mais les circonstances dans lesquelles nous entrons nous font penser qu’ils sont loin d’avoir épuisé leur salutaire influence.
Et en effet la société envahie par le flot toujours croissant des agglomérations ouvrières, à pu commencer à comprendre aux appels du tocsin de la commune, combien elle était impuissante avec des sauvegardes purement humaines et si elle ne veut pas voir sa perte consommée, ne doit-elle pas enfin recourir à ces œuvres morales qui peuvent diriger et modérer les âmes. Parmi ces œuvres, devront paraître au premier rang les saintes industries de la charité de M. de Lantages et de M. Démia ; alors on verra quel gré on doit avoir à M. Faillon, de les avoir sauvées de l'oubli, et d’en avoir si complètement conservé les documents.
Nous n’avons pas besoin de relater les œuvres de M. Démia dans Lyon, il vaut mieux les lire dans je travail de son pieux biographe ; elles ont eu le même but que celui tenté par M. de Lantages, tout ce que nous devons dire, en terminant ce chapitre, c’est que l’un et l’autre volume révèlent pleinement les aptitudes de M. Faillon, pour l’histoire religieuse, on voit dans lun comme dans l’autre, une grande connaissance des voies spirituelles et des sentiments du cœur humain, de plus une méthode historique, très-claire, très-suivie ; une juste appréciation des faits, mis à leur place, avec une Connaissance très-nette de leur importance relative ; le tout relevé par un style clair, suffisamment orné, plein de vie et de couleurs F il y à des descriptions de lieux, des expositions et des tableaux, des portraits de personnages principaux, des narrations émouvantes qui dénotent un vrai talent d’historien, tout cela joint à des recherches immenses qui révèlent déjà ces talents d’érudition et de critique qui n'ont fait que s’accroître dans les autres travaux do M. Faillon.
On voit donc là avec le plus grand intérêt, le germe très-remarquable des grandes qualités que le travail a pu encore beaucoup accroître, comme il nous reste à le montrer dans l'exposition de ses autres œuvres que nous allons faire connaître dans les chapitres suivants.
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fFHAPITRE PIXIEME.
M. FaïzLon ‘Directeur au Séminaire de Paris.—Ses fonctions. —#es nouveaux travaux.
Ce fut lors de la rentrée des Séminaires en 1829, que M. Fuilion fut appelé à la maison de Paris, pour y rer:plir des fonctions importantes.
En songeant à l'esprit de foi qui Fanimait, on comprendra sans peine les vifs regrets qu’il dût éprouver, en quittant le Séminaire de Lyon. C'était là, en effet, qu'il avait accompli ses premiers travaux, et commencé ce saint ministère, objet de toutes ses affections. Il était entré dans cette maison en se donnant tout entier à elle, comme s’il eut dû n’en Jamais sortir : il s’était appliqué à ses fonctions avec un tel zèle qu’il ne voyait rien au dessus, et qu'il y avait mis tout son cœur. D'ailleurs, il trouvait là bien des consolations.
Il était dans une contrée qui donnait l’exemple à la France, par la vivacité de sa foi, la profondeur de ses convictions religieuses, par son dévouement à tant de bonnes œuvres au dedans, et au dehors jusqu’aux extrémités du monde. Entouré, chaque année, d'une réunion nombreuse de jeunes lévites dévoués à la piété et aux études, il avait vu surgir de leurs rangs une foule de vocations, aussi généreuses que distinguées : une multitude de prêtres ; beaucoup de prélats éminents ; quantité de missionnaires dévoués jusqu’à l'héroïsme CL) et dont plusieurs allaient
bientôt être honorés de }: couronne du martyre. Enfin, on sait que rien ne surpassait, dans l'esprit de M, Füaillon, l’estime qu'il avait pour Lyon,
(1) Le Diocèse de L vers les années où M. Faillon a exercé son ministère, a fourni uombre de prélats ér.ioute: Mgr. Odin, Archevèque de 1 Nouvelle Orléans ; Mgr. Loras, Evêque de D'ubuc ; Mgr. Dufêtre, Evêque de Nevers, Mgr. Pavie, Lyonnet, Cœur, etc., et parmi les élèves ‘nême de M. Fillon, NN. SS. Pompalier, Bataillon, Retord, Tiard, Evêqgues des Missions.
76 Révérend Messire Faillon,
cette antique église des Gaules, le siège de St. Pothin et de St. Irénée, la ville des martyrs, la ville aussi des aumônes ; et dans ces derniers temps, le berceau et le foyer de la grande œuvre de la Propagation de la Foi.
À ces motifs de regret, venait s’ajouter pour M. Faillon, la néces. sité d'interrompre des études qu’il avait commencées sur les Origines decette grande église du Lyonnais, et la pensée qu’il serait séparé de ce Sanctuaire de Notre-Dame de Fourvières, où il avait été si souvent offrir ses premiers travaux, et demander la bénédiction de la Reine du ciel. Cn peut donc bien conjecturer dans quels sentiments il quitta cette résidence bien aimée.
Aussitôt qu'il fut arrivé à Paris, on lui fit connaître que l’objet particulier des études qu’il avait cultivées jusque là avec tant d'application, et son amour pour les antiquités ecclésiastiques, avaient fait penser à lui pour un cours de Patrologie, qu’on voulait établir pour répondre aux vœux des séminaristes. Depuis longtemps on réclamait r tude des Pères, source à jamais inépuisable de toute instruction c. 1e, et de théologie positive.
M. Faillon entreprit cette tâche avec zèle, mais sans se dissimuler les difficultés qu’il devait y trouver ; il avait une si haute idée de l'étendue et de la sublimité de ces grandes doctrines, qu’il ue se croyait pas encore suffisamment préparé à les exposer. Enfin, comme cet enseignement était nouveau, il fallait qu’il se traçât lui-même le chemin à parcourir, qu’il se fixât les limites qu’il devait s'imposer dans une étude si vaste. Néanmoins, plaçant sa confiance en Dieu, il se mit aussitôt à l'œuvre et afin de
donner À cet enseignement un but tout-à-fait pratique et positif, il se détermina à exposer les doctrines des Pères en les rattachant à une explication suivie de la Sainte Ecriture. Il commença donc par l'exposition des six jours de la Création, d’après les interprétations, les commentaires et les réflexions des Pères.
Le succès dépassa ses espérances, et dès les premièrs3 “onférences l’in-
térêt et l'admiration des élèves furent portés au plus raut degré. On
inf plu tric rés elle side Jug ava
Directeur au Séminaire de Paris.—$Ses fonctions. 77 peut juger de l’encouragement qu’il trouva dans ces heureuses dispositions, en se voyant ainsi secondé dans l'amour qu'il avait pour l’érudition chrétienne, tandis que sa position à Paris le mettait à même de recourir
facilemen! aux sources et aux origines de la science, dans un centre où sont réunis tant de trésors.
Il venait à peine d'entreprendre ces travaux lorsque, en juillet 1 830,
éclata tout-à-coup une révolution qui allait mettre les intérêts religieux dans le plus grand péril. A un Souvernement dévoué à Eglise en succédait un autre, élu et organe d'un parti manifestement hostile à la religion. Dans un si grand bouleversement, le clergé de France tout entier fut alarmé ; cependant, malgré ses motifs de crainte, il se confie avec courage à la protection divine et se résolut immédiatement à redoubler d'efforts pour conserver et sauver la foi si menacée dans de telles circonstances. Nous allons considérer à quels dangers se trouva exposée alors la religion, et comment les faits répondirent à cette généreuse confiance. La Restauration, au point de vue moral et religieux, avait eu une telle influence, que, malgré les efforts de ses ennemis, elle accomplit le bien le plus précieux et le plus réel, mais de plus, malgré cette Catastrophe et le triomphe de ses adversaires dans l'ordre politique, elle survécut dans ses résultats les plus essentiels, et que même sous le gouvernement qui la suivit, elle porta de nouveaux fruits. C'est ce que nous allons reco sidérant ici le bien qui avait été accompli p Jugé par ses adversaires, et en appréciant 1 avait été la source et l’origine.
La Restauration, au milieu des plus grands obstacles, avait toujours combattu pour la cause de la vérité et de la justice ; et ce n’avait point été en vain. Ilest vrai que, Comme gouvernement, e!le s'était vu renversée par des ennemis implacables, mais il faut reconnaître que le bien qu’elle avait fait était loin d'être étouffe, et que ses efforts avaient
porté plus de fruits que ses adversaires, ni même ses propres partisans n° le pensaient,
nnaître, en conar ce pouvoir si sévèrement es heureux résultats dont il
78 Révérend Messire Faillon,
A leur retour sur lé trône de France, les princes de la maison de Bourbon avaicnt trouvé une population trop généralement prévenue et qui, tout en désavouant les crimes de la première révolution, tenait à des principes qui avaient déjà engendré les plus grands malheurs.
Ces princes avaient dû accepter le pouvoir à des conditions onéreuses : la Représentation Nationale, la liberté de la Presse, l’Université, enfin tant d'institutions nouvelles qui, avec une magistrature et une bourgeoisie animées en grande partie par l'esprit philosophique, rendaient si difficile l’œuvre des soutiens du trône.
Aussi avaient-ils vu leurs efforts combattus avec d'autant plus de violence, que tout ce qu’ils cherchaient à faire pour le bien était suspect, comme pouvant contribuer à l’avantage d’une réorganisation, dont on ne voulait plus.
La Représentation Nationale amenait périodiquement leurs ennemis au pouvoir ; la liberté de la Presse favorisait l'impression des ouvrages les plus impies et les plus immoraux du siècle précédent. (1)
Les hommes mal intentionnés trouvaient dans les publications philosophiques, un aliment à leurs préjugés, et un thème tout fait, pour leurs déclamations contre la société et l’ordre établi.
Ceux à qui les spéculations philosophiques étaient moins accessibles rencontraient dans une littérature licencieuse un aliment à leurs dispositions mauvaises, tandis que tous les jours de nouvelles œuvres, dans le roman, au théâtre, et jusque dans la chanson, augmentaient le foyer du mal et en propageaient les ravages.
Enfin, que dire de l’état moral de ces jeunes générations, que leur éducation reçue dans des institutions universitaires ouvertes aux plus mauvaises doctrines, avait déjà prédisposées à tant de mortelles influences.
Toutefois, quelles que fussent lors et la grandeur uu mal et la difficulté de la lutte, on ne peut s'empêcher de reconnaître aujourd’hui le bien produit et accompli dans ces années si laborieuses et si difficiles.
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(1) Dans les quinze années de la Restauration, les œuvres de Voltaire et de J.J. Rousseau en particulier, furent éditées à près de 100,000 exemplaires.
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Rousseau
Directeur au Séminaire d2 Paris.— Ses fonctions. 79
Nous savons que dans ces derniers temps, plusieurs partisans de la vérité et de la liberté religieuses ont jugé cette époque avec une certaine sévérité, ayant trouvé que l’administration n’avait pas eu une assez grande énergie contre l’Université, et peut-être aussi contre ces vieilles doctrines parlementaires aujourd’hui jugées. Mais l’on n’a pas à condamner un ensemble de mesures, sur quelques détails,ou quelques concessions fâcheuses arrachées dans la violence de la lutte : il faut être assez juste pour considérer l’ensemble des efforts, leur continuité, et enfin leurs incontestables résultats.
La grande gloire de la Restauration, c'est d’avoir pris pour but de ses mesures, les idées des plus sains et plus grands penseurs de l’époyne, Mrs. DeMaistre et DeBonald, Mrs. Ballanche et de Châteaubriand ; eb son mérite est non-seulement d’avoir compris ces idées, mais d’ voulu les mettre en pratique et les faire prévaloir.
Elle avait choisi pour ses représentants au dedans et au dehor:, des hommes d'Etat d’un talent incontestable qui avaient adopté ces principes, et qui, par leur mérite, leur élévation d'esprit, et leur intégrité, étaient des modèles dans toute l’Europe. Elle ne réussit pas dans tous ses eforts, mais il est constant qu’elle exerça une influence notable sur son époque en lui faisant accepter ce qu’il y avait de plus pur dans ces doctrines et de plus élevé dans ces idées. Elle avait inauguré une politique grande, bien intentionnée, dont l'effet se fit ressentir partout, et fut une gloire pour le monde civilisé.
Les représentants les plus indépendants de la philosophie moderne s'étaient inspirés eux-mêmes, à leur insçu, de ces grandes pensées, Adoptant le spiritualisme le plus déclaré, ils avaient combattu la vieille philosophie matérialiste et par une critique rigoureuse et une analyse profonde, ils avaient mis en pièces le sensualisme et le scepticisme du siècle précédent.
De plus, elle avait su rallier à elle de jeunes littérateurs et de jeunes poètes, qui ayant débuté avec autant de gloire que les plus grands
avoir
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génies des meilleurs temps, par leurs idées nouvelles avaient conquis toutes les sympathies de la jeunesse. Or,combien n’at-on pas eu à regretter, pour l'intérêt de leur renom, autant que pour la cause du bien, qu'ils ayent perdu dans ce bouleversement l’appui et la direction d’un gouvernement à hautes inspirations. Et,en effet, à quel rang élevé et digne ne seraient-ils pas arrivés ces génies si richement doués, s'ils avaient toujours été entraînés, à maintenir dans leurs écrits cette alliance sublime que, dès leur début, ils avaient établie entre le vrai et le beau ?
Au reste, cette époque n'avait pas été favorisée seulement dans les lettres, elle l’avait été également dans le monde des arts, qui eurent de tels représentants qu’on n’en avait pas vu de plus grands depuis des siècles, et que ces génies contemporains sont aujourd’hui égalés aux plus grands noms du siècle de Louis XIV.
En même temps qu'une vie si active régnait dans les hautes régions, on n'avait pas non plus négligé les intérêts des masses. Aux propagateurs de l’impiété, on avait opposé dans les Missionnaires de France, une milice distinguée, infatigable, recrutée parmi les meilleurs esprits, ayant le privilége de ravir, captiver et entraîner les foules même dans les contrées les plus voisines de la capitale, ou les plus infectées par l’invasion des mauvaises doctrines.
Le peuple secouru dans ses besoins religieux, ne l’avait pas été moins dans ses autres misères ; on sait avec quel dévouement il y avait été subvenu, par l’extension des œuvres des Sœurs de charité de Saint-Vincent de Paul, aussi bien que par celles des Frères des écoles chrétiennes, se multipliant et se sacrifiant pour l’éducation de la jeunesse dans toute l’étendue de la France, avec un zèle et un succès merveilleux,
. Enfin, on n’avait pas fermé les yeux sur les dangers de l’Université. On n’avait pas voulu diminuer l'importance de cette Institution par crainte de ralentir la marche de l'éducation autant que par délicatesse vis-à-vis de positions acquises, et respectables sous bien des rapports ; mais on avait cherché à y introduire une direction salutaire, en plaçant un certain nombre
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de membres éminents du clergé, dans l'administration spirituelle et intellectuelle de ce corps, tandis qu’on avait mis à la tête un Prélat distingué, ayant pour lui l'admiration de la jeunesse, qu'il avait longtemps ' captivée par ses célèbres Conférences, Mgr. de Frayssinous, évêque d’Hermopolis,
Si des mesures si sages et si modérées n'avaient pu réussir à tout guérir, il ne faut s'en prendre qu’à la grandeur d'un mal qu'on ne pouvait croire, au premier abord, aussi irrémédiable qu'il ’était réellement,
Ainsi donc, en se reportant à ceite époque, on voit qu’elle ne fut pas sans gloire, et si on y remarque certains défauts, en énumérant tous ses acbos, on ne peut s'empîcher de la louer, surtout en la comparant à ce qui avait précédé et à ce qui suivit,
Lorsqu'on examine maintenant ces temps d'épreuves, et les désastres du premier Empire, ce quine peut manquer de frapper, c’est la promptitude et l'énergie avec lesquelles le génie de la France répara les malheurs de la patrie et sut se relever du milieu de tant de ruines. Mais il faut tenir compte au gouvernement qui a su favoriser un tel mouvement.
La nation avait été épuisée par des luttes sans fin : réduite et écraséo par une coalition universelle, sans alliés, sans soutien contre les grandes puissances de l'Europe réunies contre elle, elle ne perdit pas courage ; elle n’envisagea ses malheurs que pour les surmonter, etse voyant dépouillée de toute suprématie politique, elle se tourna aussitôt avec une aïdeur indicible et cet emportement qui la caractérise, vers un domaine dont on ne pouvait lui fermer l'accès, le domaine du génie et de l'intelligence.
Aux premiers efforts, elle avait ressaisi un nouveau sceptre ; et elle conquit une telle grandeur en un si bref laps de temps, qu’elle ne montra peut-être jamais d’une manière plus éclatante, les qualités d’énergie et de force résistante et invincible qui, jusqu’à nos jours, ont fait sa gloire.
Mais s’il faut reconnaître les qualités et les mérites de la nation, si grande dans ses malheurs, il faut aussi faire la part de la domination intelligente qui régissait alors ses destinées, il faut savoir louer un gouvernement qui, tout en restreignant les mauvaises passions et en combattant les
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écarts des esprits, était néanmoins si sympathique, si encourageant pour tous les efforts de l’esprit humain, et qui sut toujours proposer une direction si haute et si noble, à l’étonnante activité qui animait alors le mondé écientifique, artistique et littéraire.
Mais ce n'est pas 1à que s'arrêta l’œuvre de la Restauration ; d'autres résultats lui survécurent encore, et il serait injuste de ne pas le reconnaître.
Lorsque le trône eût été renversé, qu'une dynastie cût été envoyée impitoyablement en exil, que tant de services incontestables rendus au pays éurent été récompensés par la dénégation la plus complète, l’œuvre morale et religieuse tentée et poursuivie avec tant de zèle dans les années précé: dentes, montra tout à coup les fruits les plus précieux et les plus inattendus.
I y avait trois ou quatre ans que la révolution de 1830 sembl::t avoir compromis toutes les espérances au point de vue religieux, lorsqu'au grand étonnement des uns, les indifférents, et à la joie inespérée des autres, les amis de la vérité, on vit apparaître à la fois deux grandes forces dans la génération nouvelle, l’auditoire des conférences de Notre Dame, et | armée des œuvres de St. Vincent de Paul, dans toute la France.
D'où venaient donc ces jeunes générations si dévouées au bien : comment avaient-elles été formées et inspirées, sinon sous une impulsion qui continuait d'elle-même, son mouvement au sein des familles chrétiennes, appartenant aux classes de la société les plus diverses, quelquefois divisées d'opinions et étrangères les unes aux autres sous d'autres rapports, mais unies entre elles par une communauté d'idées pures et saintes, puisées à ce centre si élevé d'influence religieuse qui eut son origine, son développement el son apogée en ces quinze années si longtemps méconnues et décriées.
C’est au milieu de ce développement du bien que les Directeurs des Séminaires continuaient leurs œuvres, sans éclat et sans bruit maïs avec: une confiance égale à leur foi dans l'importance de leur ministère.
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& pour À cette époque, M. Faillon poursuivait ses travaux, et il nous reste deux direc- grands témoignages de ses labeurs infatigables : le premier est le résumé monde de son Cours sur la Genèse, formant un volume én folio de plus de 1000
pages ; l’autre volume in 4°,de près de 500 pages, sur l'éducation des Cleres autres et l'histoire des écoles ecclésiastiques, depuis le commencement de l'Eglise recon- jusqu’à nos jours.
Nous ne dirons que quelques mots sur le premier ouvrage, qui suffiront ivoyée pou en montrer l'importance. C’est l'œuvre des six jours de la Création 1 pays d’après les sentiments et les pensées des pères. Il s’attache À montrer morale les nombreux rapports que les saints Docteurs ont signalé, entre l’action précé: de Dieu dans la création, et ses œuvres dans la fondation et le développeinat- ment de son Eglise.
Chacun des jours est expliqué par une foule de passages recueillis dans avoir toute la collection des Pères ; leurs commentaires sont non-seulement cités grand en grand nombre, mais de plus exposés et analysés avec une telle connaises, les sance de la sainte Ecriture et. de ses différentes interprétations, qu’elle ans la montre dans l’éminent auteur la plus grande érudition et la critique la plus armée élevée.
On est d’abord étonné du travail qu'ont demandé tant de recherches, et nmént du nombre d'ouvrages que l’Auteur a du lire pour découvrir et accumuler ai con- un si grand nombre de textes. Ce qu’on admire encore plus, c’est le appar- choix et l'appréciation si élevée qui ont présidé à cet immense recueil. visées Nous avons le témoignage de plusieurs de ceux qui assistaient à ses Mais leçons ; ils ne pouvaient assez les louer et rapportaient que les esprits sées à étaient transportés d’admiration en écoutant ces magnifiques révélations velop- de lEsprit saint. C’était comme un langage céleste auquel ajoutait 1es et encore un nouveau charme, la modestie du savant, n’ayant d’autre appli-
cation que d’exposer le trésor des vérités divines et s’oubliant en tout. rs des Quant au second ouvrage, nous entrerons dans quelques développe- Avec: ments que nous semblent réclamer les circonstances où nous sommes, dans
; lesquelles les intérêts de l’enseignement religieux sont si particulièrement. en cause.