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88 Révérend Messire Faillon,
aucune discussion religieuse ; ils faisaient profession de ne pas vouloir troubler les consciences quelles que fussent leurs convictions, mais par cette abstention affectée comment pouvaient-ils répondre aux plus pressants intérêts de la jeunesse, :Ils écartaient les questions les plus importantes, ainsi ils ne pouvaient qu'insinuer le doute et l'indifférence dans les âmes qui leur étaient confiées?
“ On voit, il est vrai, par les documents qui nous restent sur les commencements de l'Eglise, que les premiers chrétiens n’appartenaient pas en général à la classe des lettrés et des savants, pas plus qu’à celle des puissants du siècle, mais ils avaient le sentiment de leur dignité et comprenaient bien la destinée à laquelle ils étaient appelés. Lettrés ou non lettrés, ils savaient voir dans leurs enfants, ies héritiers du cici, les compagnons des anges, enfin le prix du sacrifice du Sauveur, et ils les respectaient comme autant de gouttes du sang descendu du Calvaire.” Ils comprenaient avec une haute intelligence combien ils devaient éloigner de ces cœurs tout ce qui eut pu en menacer l’innocence ou en altérer la beauté ; ils connaissaient le danger d’une seule indiscrétion et de toute impression étrangère ou impie ; enfin ils étaient loin d’avoir admis ces maximes de la sagesse actuelle : que des enfants destinés à vivre au milieu des combats du monde, ne peuvent trop tôt le connaître, et trop tôt se laisser pénétrer par son influence, dès leurs plus tendres années.”
Ua voit de plus que si parfois ils n’avaient pas eux-mêmes conservé fidèlement ces sentiments, ils avaient leurs évêques pour unc force et une fermeté inébranlables :
avaient encore pour les soutenir et leur - “rvir de guides en ce point, la voix et l’assistance des Saints avec lesqe:s ils vivaient; ce dont nous avons eu de nos jours, comme un renouvellement dans l’histoire de l'Eglise etune vue si eonsolante, en ces grands personnages qui se sont faits les Apôtres à Jamais bénis, de la liberté de l’enseignement.
M. Faillon cite à ce sujet Lactance, St. Justin, Eusèbe qui stigmatisent la vanité et la futilité des sophistes Instituteurs de la jeunesse, malgré
les leur rappeler avec que, outre leurs évêques, ils
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Directeur au Séminaire de Paris. —%Ses fonctions. 89
leur science et leur subtilité consommée : “Ils connaissaient tout, disent ‘ ces auteurs, sauf la vérité; ils avaient mille méthodes pour déve- “ lopper les facultés de l’âme, et aucune pou: la préserver, du mal et ‘ la conduire à sa destinée; et tandis qu’ils avaïent l’avahtage d'en- ‘ trer en rapport avec les plus grands hommes de l’Eglise, ils n’en “ retiraient eux-mêmes aucune lumière ; aussi avec leurs recherches, leurs “travaux, leurs difficultés, il n’en est pas un seul qui ait trouvé le chemin ‘“ de la vérité. Quelle futilité en toutes ces œuvres qu’ils ont accumulées “et qui n’ont pu éclairer leurs auteurs. De plus, dans leur conduite, “€ ils étaient aussi éloignés du bien, qu’ils étaient contraires à la vérité dans “ Jeurs écrits, et leurs mœurs ne valaient pas mieux que leurs doctrines.” Quelle ressemblance avec ce que nous avons la douleur de voir aujourd’hui dans l’état actuel de la société, pleine de complaisance pour l’erreur et de prévention contre la vérité !
Cependant, si les chrétiens avaient horreur des écoles payennes, ils n'étaient pas pour cela hostiles à l'instruction ; ils aimaient la science s'ils n’en aimaient pas les maîtres, et tenaient que tout ce qui peut éclairer l’esprit, le rapproche de la vérité ; les Pères sont pleins de science, d'érudition mais en même temps de discernement ; que l’on compare l'érudition des Pères avec celle des sophistes, et on verra la supériorité des premiers. Ceux-là allaient plus haut et plus loin, parce qu’au lieu de rechercher les sciences pour elles-mêmes, ils n’y voyaient qu’un moyen pour former le : jugement, exercer l’esprit et rendre l’homme apte à l’acquisition et à la défense de la vérité.
Les chrétiens, en entrant dans le mariage, savaient aussi qu'ils contractaient l'obligation étroite d'élever leurs enfants avec le plus grand soin. C’était à la mère qu’appartenait la tâche de la première éducation, et elle y mettait tous ses soins, en présence de l’insensibilité des familles payennes, qui souvent abandonnaient ces devoirs à la direction de mercepaires, ou de subalternes dans la maison.
Dane la société payenne, si pervertie à l’époque des commencements
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de l’Eglise, on était loin des mœurs austères et graves des anciens Romains, chez qui la mère gardait la maison, surveillant les enfants et les serviteurs ; travaillant sans cesse pour donner l'exemple, et pour subvenir aux besoirs de la famille ; mettant assidûment la main aux soins du logement, de la nourriture et du vêtement, ne voyant pas pour elle de plus grande louange que celle contenue en ces paroles: Domi mansit, lanam Jecit.
Les illustres exemples donnés par Cornélie, la mère des Gracques, par Aurélie, mère de César, et Atlie, mère d'Auguste, dernier reflet des anciens usages, n'étaient plus suivis que chez les chrétiens. Ceux-ci éclairés par les lumières plus étendues de la foi, se reconnaissant bien d'autres obligations que les payens, à l'égard des enfants que le ciel leur avait donnés, travaillient non-seulement pour les établir dans ce monde, mais plus encore pour assurer leur bonheur éternel. St. Jérôme nous a conservé principalement dans deux lett-:s très-étendues, des détails précieux sur les pratiques dès chrétiens à cet égard, et qu’il rappelle à deux mères de famille soumises à sa direction.
Lui-même, il veut que l’enfant, même dès l’âge où il ne connaissait pas “encore sa mère et la frappait de sa petite main, qnand celle-ci lui souriait, fut enseigné à reconnaître et à respecter son père: ut parenti subjicia-
tur hortor, hanc quæ suam tener@ manu ridentem verberat matrem. Il ajoute que dès les premières lueurs d'intelligence qui se manifestaient
en lui, on prenait les plus grands soins pour lui apprendre à prier, aussi bien qu'à parler correctement et convenablement. Ses premières lectures étaient dans les Saints Livres, où l'on choisissait ce qui était accessible à cet Âge, et plein d'enseignements pour lui. On commençait par le Psautier, dont les maximes éclairaient son esprit, et le chant charmait les oreilles ; car on savait intéresser même les plus Jeunes enfants, en leur faisant chanter les sublimes effusions du Roi-Prophète. Quand ils étaient plus avancés, on leur communiquait les prescriptions morales des Livres Sapientiaux, qui enseignent à mépriser les biens de la terre, et à xechercher les trésors de la vertu.
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Directeur au Séminaire de Paris.— Ses fonctions. 91
Dans Job, on leur enseignait la force et la patience ; on! passait ensuite aux Saints Evangiles qui montront la voie du. salut, par des maximes si élevées et des exemples si touchants ; puis aux Actés des Apôtres, et aux Epîtres qui développent ces enseignementsi{ .!°
Après ces premières instructions, on ajoûtaïtaux leçons morales les ensei- &nements historiques qui achevaiont de formêr une foi solide dans cos âmes ; car elles y voyaient les œuvres dé Dieu,8es promesses, et les soin qu’il avait pris de son peuple choisi ; omépliquait le sens littéral, moral et prophétique de l’histoire sacrée 3 Puis l'on continuait par les prophéties qui en sont le vrai commentaire et le complément,
Après avoir montré les soins que les parents chrétiens prenaient de leurs enfants dans l’intérieur des familles, M. Faillon passe ensuite aux écoles publiques des chrétiens. Il en distingue deux sortes : celles où l'on ensei. gnait les sciences profanes et celles où l’on enseignait la religion. [l nous reste bien des monuments sur les premières, dans tous les écrits des Pères, par lesquels on voit combien eux-mêmes ils étaient au courant des sciences
profanes, par exemple, St. Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullien, ete. De là l’Auteur Passe aux écoles où l’on enseïgnait la religion, et il fait remarquer l'importance qu’avaient ces écoles et le bien qu’elles produisaient danslesâmes, Il dit que les écoles ouvertes en Orient par St. Jean, St. Ignace, martyr, St. Polycarpe, Fapias, avaient eu des émules dans toutes les autres contrées occupées par les chrétiens, à Rome du temps de St. Justin et de ses suc ’esseurs, à Athènes, à Alexandrie, à Carthage, à Marseille, à Lyon, à Paris, à Trèves. Dans tous ces Pays, ces écoles dirigées par des personnages éminents dans l'Eglise, étaient fréquentées par un immense concours de Jeunes gens avides d’entendre expliquer les
lettres et la philosophie, par des maîtres chrétiens, qui mêlaient à leur enseignement, l'explication des doctrines saintes : Aussi attiraient-elles continuellement des âmes à la vérité et, suivant Faillon, “ opéraient-elles sou dans les églises.”
la remarque de M.
vent plus de conversions, que les prédications
92 Révérend Messire Faillon,
À cet endroit de son travail, l’Auteur entre dans beaucoup de détails
sur les plus fameuses écoles connues aux premiers siècles de l'Eglise : pi 10 les Ecoles d'Orient ; 20 l'Ecole d'Alexandrie ; 80 les écoles des Gaules, pe principalement celies de St. Irénée, à Lyon, et de St. Denys, à Paris ; fr 40 l’école d’Hippone. de Ces renseignements ont été puisés dans Tillemont, dans l’histoire des bi Auteurs Ecclésiastiques ; mais principalement dans la lecture attentive des et Docteurs et des Pères de l'Eglise: Origène, Clément d'Alexandrie, les en œuvres de St. Irénée et de St. Denys l’Aréopagite, la vie et les œuvres de di St. Augustin. Après ces préliminaires, l’Auteur entre dans les plus grands détails avec une abondance de faits, et un talent d'appréciation St qu'on ne peut se lasser d'admirer. gér L'auteur cite la méthode que suivaient Clément d'Alexandrie, et sui Origène, son successeur, pour enseigner leurs disciples. Cette méthode dau mérite d’être rapportée ici, comme témoignage des épreuves que l’on faisait les subir aux jeunes gens qui voulaient, par des études approfondies, se préparer à l'acquisition des sciences ecclésiastiques. Ec Origène d’après lui, enseignait d’abord la Philosophie et ses.diverses tra parties, ce qui suppose déjà une éducation assef avancée. Il commençuit blis par la Logique, afin d’exercer l’esprit de ses élèves, former leur jugement, d’é et leur apprendre à distinguer dans un raisonnement le vrai d’avec le faux ; mic venait ensuite la Physique, qui avait pour but de donner une connaissance sén et une estime convenable des œuvres de Dieu ; j Astronomie, pour habituer (85 l'élève à porter sa pensée au dessus des choses de la terre ; la Géométrie, l'or afin que cette science, par ses démonstrations claires et irréfragables, servit pro de base et fournit une méthode pour tout le reste des études. cha Mais toutes ces sciences n'étaient qu'une préparation à la Morale que en | le maître enseignait ensuite, afin que les élèves appliquassent cette con- en | naissance à la conduite de leur vie ; enfin, dans cet enseignement, Ori- dire gène s’attachait à dégager les âmes des choses de la terre, pour les étra
porter à ne songer qu’à elles-mêmes, et à ce qui regarde le salut,
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létails Passant ensuite à la Théodicéo, il faisait ln les écrits des princiglise : paux philosophes, choisissant les meilleurs, en excluant les autours frivoles, aules, parmi lesquels il rangeait les sceptiques, les sophistes et les athées ; et il ’aris ; finissait en faisant remarquer à ses élèves les erreurs et les imperfections des meilleurs auteurs ; leur montrant comment on arrivait à une science e des bien plus haute et plus satisfaisante, lorsqu'on écoutait Dieu Ini-même e des et ses prophètes. Aussi grand nombre d’âmes arrivaient-elles à la vérité, ie, les en voyant la vanité de la science humaine, et les grandeurs de la science es de divine.
plus La quantité de renseignements recueillis par M. Faillon sur l’école de iation St. Irénée, à Lyon, nous donne à penser qne, pendant qu'il était au grand séminaire de cette ville, il avait réuni à cette occasion, bien des matériaux e, et sur les Origines de cette Eglise ; matériaux dont il à pu encore se servir thode dans la composition du grand ouvrage qu’il préparait en dernier lieu, sur faisait les Origines des Eglises des Gaules, en général. S, 8e Mais une époque que l’auteur a spécialement travaillée, est celle des Ecoles d’Afrique et en particulier de celle de St. Augustin, à Hippone. Ce rerses travail, qui est rempli de faits, de détails, de régloments, tous relatifs à l’étanÇuit blissement, l'organisation, la direction et à tous les éléments d'instruction et ment, d'éducation du séminaire d’Hippone, comprend deux livres : dans le prefaux ; mier, il raconte l’occasion et les circonstances de l'établissement de ce sance séminaire, d'après les détails fournis par deux sermons de St. Augustin ; bituer (855 et 356) et aussi par la vie écrite par Possidius, puis la fondation, étrie, l'organisation d'autres séminaires en Afrique, et enfin le bien qu’ils ont | servit produit. Au second livre, l'auteur fait connaître dans les huit premiers Chapitres, quelle était la vie commune des élèves du séminaire d’Hippone ; e que en huit autres chapitres, les Etudes ecclésiastiques qu'on y suivait ; enfin, > CON- en huit autres encore, quelle était la conduite de Si. Augustin dans la , Ori- direction de son séminaire, et dans ses rapporis avec les élèves et les r les étrangers.
Nous trouvons ensuite deux notes de Mr. Faillon, qui nous font con-
naître deux particularités intéressantes, sur la manière dont il réanissait et employait ses documents.
Dans la premièr., . énumère tous les ouvrages dont il s’est servi pour les premières époques de son histoire et que nous avons déià cités, puis il passe aux autres époques et voici les autorités qu’il donne :
Tillemont,
Dans Bollandus, la vie des Evêques qui ont eu des Ecoles de Cleres.
Etudes Monastiques de Mabillon.
Acta S. Ordimis Benedicti.
Dans les Conciles: des pièces qui traitent des clercs.
Histoire Ge l’Université de Paris.
Gallia Christiana.
La France Littéraire.
La vie des principaux Ersclésiastiques du XVIe et X Ile siècle.
Les PP. Jésuites.
La France Littéraire.
Martène.
Launoy.
Dans la seconde note il indique comment il faisait ses extraits et de
quelle manière il les disposait ; nous pensons qu’e''+ mérite d’être citée, car :
elle montre quels travaux il s’imposait.
“ Pour la manière de profiter de ces ouvrages, qu'il faut parcourir sans savoir ce qu’ils contiennent, voici, ce me semble, le moyeu d'en profiter, je me trouve bien de cette pratique.”
10. En commençant un volume, il ne faut pas passer à un autre endroit de ce volume, mais aller de suite, pour ne rien laisser échapper. Il n’est pas à propos de tout lire, et même de lire avec réflexion, car alors l'esprit qui s'occupe Cu fond du sujet, oublie le motif principal de la lecture.
20. À mesure qu'on rencontre un endroit qui neut entrer dans un des points qu’on à marqués comme : écoles profanes, monastiques, épiscopaics. instruction, vertus, fonctions, etc., ete., etc., il faut de suite mettre en
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Directeur au Séminaire do Paris. —$Ses fonctions. 95
peu de mots par écrit. le fond du passage, et noter la page et le volume : en même temps on peut marquer un point avec un crayon, en regard de l'endroit qu’on veut prendre et cela sur la marge. Ainsi par exemple s’il se présentait une histoire comme celle des Clercs de St. Cyprien qui avaient confessé la Foi, et qui furent admis par le St. Evêque dans le Clergé de Carthage, il faudrait noter cela sur un cahier, de la manière la plus brève possible, St. Cyprien ordonne de jeunes Confesseurs : page 54, Tome VI 7 et ainsi des autres, en me‘tant à la suite tout ce qu'où rencontre dans le même volume, quoique les matières qu'en note n’ayent aucun rapport entre elles.
80. Lorsqu'on a terminé ses recherches, il est bon de relire tout ce qu’on à marqué, et d’après la ressemblance « 3 matières, on se trace un plan à srivre. On à pour cela un nouveau cahier et au commencement des pages, on éciit les titres de la divisio: , laissant l'intervalle suffisant entre chaque titre de division.
40. Ensuite ii fat prendre les indications : commençant par la ïere et allant de suite, sans en laisser aucune pour an autre temps, et rapportant chaque indication sous le titre de division qui lui convient, ayant grand soin de noter la page et le volume.
00. Ce travail étant achevé, on voit d’un coup d’œil quel est l’objet de la rédaction qu'on se propose de faire. Comme on a, en abrégé, tout ce qui doit entrer dans chaque paragraphe ou article, en voyant celui qui suit et celui qui précède, on peut disposer la matière de mänière à être trèsclair, très-suivi, très-lié.
Si 6n ne prend pas ces précautions, on ne pourra pas se débarrasser de 200 ou 800 passages ; on ne saura pas où les placer; et si on se hasarde à écrire, on sera obligé de refaire tout le travail cinq ou six fois.”
fFHaapirre PEPTIÈME,