‹ M. Faillon, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 5 sur 42 · D RE · texte numérisé non relu

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22 Révérend Méssiré Fañion:

et ses confrères. C'était sa piété qüe l’on avait le plus à admirér’ en lui : il apparaissait dans les'exercises, comme s’il n'avait pas d'autre occupa tion que le soin de la sanviification dé son âme ; il sortait de l’oraison si

‘pénétré du sentiment dés grindeurs et de la présence dé Dieu, qu'il en

restait accompagné ensuité tout le jour. C’est ce que l'on apércevait même dans sa conversation, tandis que, en lisant ses écrits, on voit si clairement une âme inclinée à s'édifier de tout, à remonter à Dieu comme la cause premièré de chaque chose, et à reconnaître ses lumières, sà providence et sa conduite en chaque événement,

Sans prétendre expliquer le secret de ses aptitudes si remarquables, on peut conjecturer que cette grande disposition du recueillement, de l'union à Dieu, de la séparation des choses extérieures, a eu beaucoup d’influence sur la faculté qui l’a surtout distingué, et qui a été comme ia source de ses autres qualités intellectuelles. Cette faculté, c’est le don d’attention et d'application qu’il a'porté au suprême degré. Quand il était occupé d’une étude, il semblait qu’il n’y eût pour lui rien autre chose au monde; il y rapportait complètement ses pensées avec une force, uhe intensité, une continuité et une persistance, dont on ne peut se faire d'idée qu’à moins d’en avoir été témoin.

Bien différent de ces tempéraments ordinaires d'étude, qui réclament impérieusement la nécessité de se reposer d’un travail soutenu, au moins par un changement salutaire d'occupation, lorsque M. Faillon avait commencé une œuvre, il ne connaissait plus de relâche, la poursuivait dans ses détails, l’approfondissait jusque dans ses dernières limites. Et là où d’autres esprits se seraient arrêtés, épuisés, et comme rebutés par les épreuves insurmontables de la monotonie, il continuaitavec un nouvel attrait et avec un nouveau courage, trouvant son repos dans: l'esprit de foi qui l’animait, et enfin dans la jouissance qu’il avait de voir s’élargir, et s’illuminer de plus en plus devant lui, l'horizon qu’il poursuivait de ses recherches.

Voïci l’une dés paroles qu'il aimait à répéter et qui, sans qu'il y mitla

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Son premier séjour à Paris. 28

moindre prétention, donnait l’idée de la force extraordinaire qui caractérisait son esprit : |

“ Quand vous travaillez à quelque chose, disait-il à un ecclésiastique, il “ faut laisser de côté non-seulement toute autre occupation, mais même “toute distraction. Ainsi il faut bien se garder de lire “ssidûment les nou- “-velles du jour, parce que la tête est d’une dimension très-limitée et très- “restreinte, et qu'il ne lui faut pas beaucoup de choses pour l’occuper et “la remplir. C’est comme un vase où vous voudriez mettre une liqueur; “vous prendriez bien soin d’abord, de le vider complètement de tout ce “qui pourrait y occuper quelque place.”

Cette application qui le rendait bientôt maître d’un su jet, ne lui faisait pas oublier les faiblesses et les imperfections de l'intelligence ; aussi il lisait presque toujours la plume à la main, et il n'abandonnait pas un ouvrage sans en conserver la substance par des analyses, des notes et même des extraits, pour ce qui lui semblait devoir lui servir plus tard.

De là une mémoire extraordinaire de ce qu’il avait lu; il semblait n'avoir rien oublié, et ce qu’il avait mis une fois sur le papier, était comme gravé en même temps dans sa tête. M. Mollevaut, Supérieur de la

. Solitude, qui avait connu dans le monde bien des hommes d’un grand

talent et d’une grande science, disait « qu'il n’en avait pas rencontré. de plus remarquable en ce genre.” Il ajoutait “ que sa tête était comme un casier où tout était non-seulement conservé, mais ordonné comme en une multitude de tiroirs, où il pouvait recourir suivant les besoins de ses travaux,” et dont on avait d’ailleurs un échantillon remarquable, dans ses conversations.et, dans les moments d'abandon de la récréation.

On sait que cette puissance de mémoire, quand elle nefait pas obstruc-

‘tion, et qu'elle abéit à la, volonté, a été le propre des plus grands esprits,

Et comme l’a très-bien dit un. célèbre publiciste : ‘Plus le casier est

- plein, plus les tiroirs sont nombreux et séparés par des cloisons minces, mais impénétrables et prêtes à se mouvoir indépendamment les unes des

autres, plus on peut dire que la tête est bien organisée.”

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24 Révérend Messire Faillon.

Cette puissance était même poussée si loin que,lorsqu’un professeur, pour exposer une doctrine;avait besoin de quelques textes des Pères de l'Eglise, il pouvait recourir à M. Faillen, qui lui disait après un instant de recol-. lection : “ Vous trouverez ce qu’il vous faut dans tels et tels auteurs, à tel volume,” et quelquefois même à tel endroit du volume, sans presque jamais courir risque de se tromper. Mur. Baudry, mort évêque de Périgueux, professeur du grand cours pendant plusieurs années, à St, Sulpice, a rapporté plusieurs fois que lorsqu'il étudiait quelque nouveau Traité, ou qu’il était en recherche d'arguments, il trouvait toujours M. Faillon inépuisable sur chaque sujet, et comme au courant de toutes les branches qu'il semblait n'avoir jamais eu occasion d'étudier.

Mgr. de Charbonnel, ancien évêque de Toronto, nous a raconté qu'ayant été invité, dans le cours de ses fonctions, à prononcer le discours d’inauguration d’une grande Université qui, depuis ce temps, a rendu de grands services en Amérique, il vit M. Faillon à son passage à Montréal et lui exprima le regret d’avoir accepté cet honneur, ne sachant ce qu'il avait à dire sur ce sujet si nouveau pour lui. Aussitôt M. Faillon se mit à lui raconter de point en point tout ce qui se rapporte à la fondation ot à l’œuvre des Universités dans l'Eglise, lui citant les dates, les noms des principaux fondateurs, l’encouragement des Souverains Pontifes, les ser. vices rendus par les différentes Universités,et l'immense influence qu’elles ont eue sur le progrès des lettres et des sciences en Europe, avec autant de précision et d’abondance que s’il venait d'en faire l'onjet de ses études.

M. Faillon n’était ainsi jamais pris au dépourvu ; et au sujet de cette application extraordinaire, on peut citer deux mots aimables, comme il savait en trouver dans les charmes de cette conversation calme, gaie et si remplie de traits, de citations, de récits naturellement amenés.

On lui reprochait un jour de passer trop de temps à l'étude, et de compromettre par là sa santé, par des journées entières de travail. On a remarqué, lui disait-on, que vous avez donné jusqu’à quinze heures à vos occupations studieuses :

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Son premier séjour d Paris. 25

“ Quinze heures, dit-il, ah ! sans doute bien moins ; Mais quand cela serait, ce n’est pas abuser, ce n’est pas travailler comme ceux qui ne - vivent que pour l'étude. Ainsi M. *#* de i'Institut né prend jamais de repos dans la journée, et se donne à peine le temps de diner; et quand il étouffe dans sa chambre, il ouvre un guichet sur son jardin, et après avoir pris l'air quelques minutes, il se remet aussitôt À l'œuvre, Voilà ce qu’on appelle travailler ; mais nous ici, avec les diffé-

rents exercices de la maison, il n'y a aucun danger que nous dépassions jamais la mesure de nos forces.”

Dans une autre circonstance, un ecclésiastique du clergé de Paris le voyant, dans sa chambre, entouré de la collection bénédictine des Pères, et plongé dans une lecture assidue, lui disait qu’il ne comprenait pas qu'il put ainsi parcourir ces immenses volumes, sans être épuisé. M Faillon reprit en souriant: « mais, mon cher ami, c’est une idée que l'on se fait, car dans le monde, vous lisez vous aussi continuellement des in folios ;”” et comme son interlocuteur se récriait :- # mais sans doute, ajouta-t-il, vous lisez le journal, or n’est-ce pas un in folio ? ”

Pour compléter ce que nous venons de dire sur la mémoire et la force d'application de M. Faillon à l'étude, nous devons ajouter que grâce à cette faculté si puissante de mémoire, il avait à un haut point l'esprit d'ordre et de méthode. 11 avait tout tellement présent qu’il savait co-ordonner, réunir et disposer tous les faits qu'il possédait ; les comparant et en en voyant aussitôt la suite, l'importance et l’enchaînement, de telle sorte que quand il écrivait ou qu’il dictait, il voyait aussitôt comment il devait ordonner son sujet, le diviser, poser ses principes, les développer, puis en tirer les conséquences. C’est pour cela qu’il rédigeait avec une si grande facilité, en même temps avec une si grande précision, qu’il avait à peine besoin de revoir sa première rédaction et qu'elle avait, dès le premier Jet, toute la perfection qu'il voulait y mettre.

Il écrivait de ce grand style, large, simple et plein de force qui comporte peu d’ornements et dont la grande beauté, cor-ne dans les bons écrivains

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.vre de M. Olier qui lui paraissait tous les jours plus admirable. Son

26 Révérend Messire Faillon.

du XVIIe siècle, est dans la suite et la continuité de la trame. C’est là le vrai style de l'historien qui ne doit pas occuper son lecteur par la multiplicité des ornements, mais qui doit le conduire fortement et puissamment à son but, ù

Du reste, sa santé se prêtait très-bien à suivre des inclinations si marquées pour l'étude. Il se levait chaque jour sans peine, à 3 heures à du matin, faisait ses exercices de piété, et ensuite se mettait à l'étude qu’il n'interrompait pas avant midi, ayant renoncé à déjeuner pour

avoir plus de temps et n’en ressentant aucune fatigue. Ce ne fût que plus tard, et l’âge étant arrivé, que le médecin lui prescrivit de se

remettre à l'obligation de prendre quelque nourriture dans la matinée.

Nous ne terminerons pas la première période de cette vie laborieuse, sans citer un trait assez caractéristique de ses dispositio..… Quand il se trouvait encore au Sémivaire de Paris, ayant été ordonné prêtre, continuant ses études ei cherchant à connaître les dispositions de Dieu à son égard, il fut prié un jour d'aller remplacer le prêtre desservant de la Chapelle des Carmes, près du Séminaire de St. Sulpice. Il s'y rendit ponctuellement, dit la Ste Messe à l’heure fixée, et comme il se disÿosait à partir après son action de grâces, le sacristain vint lui dire qu’une bonne dame habituée de la chapelle, et se confessant ordinairement au chapelain, demandait à se confesser ; il se hâte de se rendre au confessional où il lui fallut passer un temps assez considérable pour qu’en sortant de là il vit avec effroi qu'il était près de midi. Ce retard le fit beaucoup réféchir, et il apprécia davantage l'attrait qui le portait vers la Compagnie de Saint Sulpice, où il pourrait suivre plus aisément ses goûts pour les études ecclésiastiques, et se dévouer tout entier à l’œu-

Directeur ne put que le confirmer dans ces dispositions ; et c’est ainsi qu’il entra à la Solitude, dans l’année 1825. Nous avons rapporté le jugement «- M. Mollevaut sur ses facultés pour l'étude ; tout le monde sait combien il fut frappé des qualités encore plus précieuses qui caractérisaient sa foi et son esprit ecclésiastique.

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fFaaPirre JRoisiems, ENTRÉE À LA SOLITUDE.

M. Faillon étant entré à la Solitude, en plus des obligations de la haute vocati tion des Elèves du Sanctuaire.

Il trouva là ces règlements et ce dépôt de traditions, pour ceux qui doivent former le cœur des Prêtres dan Séminaires ; et enfin, ce qui fut pour lui d’ rencontra dans le Supérieur, M. Mollevaut

l'esprit de Foi, des grandes traditions de l’ tiques.

s'appliqua à se pénétrer de plus on à laquelle il aspirait, l’éduca.

si indispensatles s l’intérieur des un avantage incomparable, il » un homme tout pénétré do Eglise et des vertus ecclésias-

Rappelons, au moins en quelques mots, quelle est l Solitude. Cette œuvre n’est autre que là mis tion de l’un des vœux les plus pressants du mé avec tant de force dans la Séssioz XXII, et rapporté au Chapitre 18e des Décrets. Le St. Concile témoigne qu’il est urgent de fonder des Etablissements spéciaux pour élever des prêtres : et cette Institution, nous dit Rohrbacher, fut jugée dès lors si salutaire que les Prélats s’écrièrent de toutes parts : Qu'ils se croiraient dédommagés de leurs travaux, Quand ils ne tireraient pas d'autre fruit du Concile. Or, à la Solitude, on prépare ceux qui sont destinés à être les Direc. teurs de ces Etablissements spéciaux, ou Séminaires : et on cherche à leur donner les principes et les vertus si nécsssaires à ceux qui doivent donner l'exemple et la direction aux Pasteurs des âmes.

œuvre de la e en pratique, et en exécu- St. Concile de Trente, expri.

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Ces principes sont renfermés, dans les Pères, les Auteurs Ecclésiastiques, et principalement Ceux qui-se sont attachés à mettre en exécutiom les Décrets du St. Concile, tels que St. Charles Borromée, l’Archevêque de Brague, les RR.PP. Jésuitès, les Oratoriens à Rome et en Franceÿ les Rapporteurs des Assemblées, du Clergé, et enfin les premiers Fondateurs des Séminaires en France.

Outre ce dépôt d'œuvres spirituelles, de traditions ecclésiastiques, ces: règles et ces méthodes, fruit de l’expérience de près de deux siècles, et. si bien adaptées à préparer à la direction et au gouvernement des âmes» M. Faillon trouva dans le Supérieur, M. Mollevant, le plus excellent modèle et interprète de la perfection ecclésiastiques Et ce secours fut si grand pour lui, comme pour tant d'âmes, que nous ne pouvons continuer ces détails, sans essayer de faire connaître les vertus de ce Serviteur de . Dieu, qui eut une si grande influence sur la réorganisation et l’esprit de la Solitude ec sur ceux qui y séjournèrent.—Cette influence était telle que, malgré tous les efforts que Mr. Mollevaut faisait pour se retrancher strictement dans ses obligations de Supérieur de la Solitude, il attirait continuellement à lui un concours de prêtres, d’ecclésiastiques qui semblaient ne pouvoir se passer de ses avis et de ses conseils.

Renfermé dans cette Solitude, située à deux lieux de Paris, et en dehors: de toutes les grandes voies de communication, il se voyait cependant con: tinuellement assailli par les lettres et même les visites.

Cardinaux, Archevêques, Evêques, Prêtres, Missionnaires des contrées les plus lointaines vinrent, pendant trente ans, frapper à la porte de sa retraite, honorant celui qui y habitait comme un père, un conseiller plein de lumière et un vrai serviteur de Dieu.

4 Si quelque chose de notre temps, dit un vénérable curé de Paris, ‘“ peut donner une idée de ce qu’on lit dans les histoires des Saints, du ‘ concours dos peuples et du clergé autour de la: cellule d’un saint ‘6 Antoine, d’un saint Hilarion, d’un saint Pacôme, c’est le concours #6 assidu d'hommes de toute conditicn et foaction dans l'Eglise, qui gravis-

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La Solitude. 29-

‘ gaient la montagne de M. Mollevaut, s’en ‘* qui était toujours un oracle, “€ imprégnés de cette atmosphèr ‘“ lumière.”

Pour bien comprendre cet homme si uimé et gi recherché, il faut savoir Comment il avait appris à connaître les choses, et les hommes de ce monde. qu'il semblait fuir avec gi grand soin,

Né vers 1770, il avait 18 ans au moment où éclata la Révolution, et ir partait de Nancy, sa ville natale, pour AGCOmpagner son père, qui avait été élu par sa Province, membre de la Convention. Là, il se trouva déjà en. rapport avec des hommes éminents, tels que Fourcroy et Fontanes (1 quisconnaissant les principes religieux et royalistes de son père, cherchaient avec lui à sauver le pays des plus grands malheurs.

Mais à vingt ans, il fut soïdat à l’armée de Sambre et Meuse, pendant quelques années, jusqu’au moment où les amis de son père le firent nommer attaché à l'Etat Major de l’armée d'Italie, et ensuite Secrétaire de l’Intendant-Général de la Lombardie. Là, il rencontra plusieurs Personnages deve.… nus célèbres plus tard, parmi lesquels Bonaparte qui l’employa plus d'une: fois comme son secrétaire.

Dans ces incidents de la vie militaire où les dangers étaient continuels, eb plus à redouter de la part des \gents du &9uveérnement que de l’ennemi

lui-même, M. Mollevaut acquit ces qualités de force, de fermeté, d'éner. gie, de mépris de toute satis la Religion sanctifia. en lui, et qui en firent plus tard comme un Solitaire des déserts, ou um chrétien des premiers siècles de l'Eglise.

Après avoir été appelé, par come Recteur d’Académie, il

et obtint d’être nommé Profes

allaient 1à chercher un mot et qui ne scrtaient de sa cellule que tout e où rayonnaient la science, la piété et la

M. de Fontanes au sein de l’Université, Préféra l’enseignement à l’administrations,

seur de Rhétorique au Collége de Nancy.

EE et manne (1) M. Mollevaut avait vu, chez son père,

dont il blâämait les Principes ; chez M. de illustrations littéraires de l’époque,

les Girondins dont il estimait le tale

ut, maigs, Fontanes il avait PU rencontrer toutes les. à

30 Rézérend Messire Faillon.

Il songea alors à quitter le monde qui lui faisait pitié, comme il le disait si bien lui-même, et enfin il vint au Séminaire de St. Sulpice à Paris pour suivre les cours de Théologie. : Vers la fin de ses études théologiques, il demaada à entrer dans la Compagnie et fut admis au noviciat. En sortant de la Solitude, il fut chargé de professer le dogme au Séminaire de Paris, et bientôt après, c’est-à-dire en 1818, il fut choisi pour être Supérieur de la Solitude, qu’il a dirigé près de trente ans.

Nous pourrions paîler de la sévérité dé sa vie : sa journée commençai. à quatre heures, et elle était toute entière consacrée à la prière, à la direction, et à des pénitences effrayantes.

Entre les exercices de la Solitude, il se livrait à un travail incessant ; il correspondait avec le monde entier, et recevait chaque jour des quantités de lettres. Or, il n’en recevait pas une seule qu’elle ne fut répondue dans les vingt-quatre heures.

On voyait en ce saint homme ‘l'ensemble de toutes les qualités, acquises dans le coura d’une existence si variée et si éprouvée : régularité administrative, mortification et dureté de vie d’un vieux militaire, mépris de la mort comme il convenait à un proscrit de la Terreur, horreur du monde somme doit l’$prouver quiconqu: l’a vu de près, amour des choses du ciel d’un nouveau converti.—Il a conservé les vertus de la ferveur et du premier élan jusqu'à la fin. Mais quelle influence n’avait-il pas comme guide et maître des âmes! Ceci mérite une mémoire éternelle, et ici encore

quelques lignes.

M. Mollevaut, avec toute sa science comme littérateur, linguiste, et théo-

jogien mystique, savait qu'il avait surtout à former et éclairer les âmes, et c'était à ce devoir qu'il s'était appliqué entièrement et avec une telle eff. cacité, que tous ceux qui l’avaient abordé une fois ne pouvaient plus se passer de ses conseils ; ils en racontaient de si grandes merveilles qu’ils ne pouvaient tarir ; de là cette affluence considérable.

« La foule se pressait chez M. Mo!levaut comme les solliciteurs chez un

# ministre. Evêques, prêtres, missionaalres, comme nous l’avons dit

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La Solitude.

“ afflaaient sans cesse. Tous venant consulter l’homme de Dieu qui, par la * sagesse de ses réponses, la grandeur de ses exemples, l’énergie de sa pa- “€ role et la pénétration de son esprit, semblait révéler à chacun le.dernier ‘ mot de Dieu sur une âme.”

Vers lui s’empressaient M. de Ravignan, et le R. P. Couturier, Supérieur de la Trappe ; NN.SS. de Frayssinons, ministre, le Cardinal prince de Rohan, et son successeur au siége de Besançon, Mgr. Mathieu ; Mgr. de Forbin-Janson : Mgr. Bruté, de St. Palais, Pellerin ; Mgr. Dupan-

loup, NN. SS. de Luçon, d'Arras, pour s’éclairer de la prudence et des Conseils de ce grand serviteur de Dieu. |

Mais aussi quelle manière de diriger !

Ici, nous allons citer un membre éminent du clergé, curé de Paris, et longtemps assistant de Mgr. Dupanloup au petit Séminaire de la capitale ; ce témoignage a une double importance, à cause de la source nullement suspecte de partialité ; et de plus, parce qu’en faisant le récit de ce que pra tiquait M. Mollevaut, il nous donne la sainte et sage direction inspirée par le pieux Fondateur même du Séminaire, M. Olier.

“ Votre tour était-il venu ? Vous étiez reçu avec des égards infinis. ‘ Quelle que fut la modestie de votre situation, vous pouviez librement lui “ouvrir votre cœur. Vous causiez avec un ami, un vieil ami, un homme ‘ qui n'avait au monde aucune affaire plus chère, plus pressée, plus impor- ‘“ tante que la vôtre, et'qui, par la simplicité, le naturel, l’abandon, le “ dévouement de son accueil, vous avait bicntôt convaincu que vous n’aviez ‘€ pas à craindre d’être indiscret. Là, rien de serré, d’officiel, de pom- ‘“ peux, ou de doux, à faux. - LA, point de mystérieuse réserve, de préoc- ‘ cupation personnelle, d’idée empesée de sa supériorité : c'était votre ‘homme, votre ami, votre confident. Là, rien dans la pose, la réponse, ‘“ le silence, le geste, ou le regard : rien qui vint vous dire au beau mi- “lieu d’un trouble, d’un aveu, d’une hésitation : Hôûtez-vous, mon ‘temps à un meilleur emploi. Près de ce grand cœur, la ferveur à

‘ses débuts, la générosité et ses élans, le scrupule et ses souffrances,

"on Révérend Messire Faillon.

* l’indécision et ses doutes, le souvenir et ses larmes, le découragement et ‘ sa plainte, l'aigreur et son murmure, la fatigue et son soupir, l'injustice ““ sentie et son contre-coup, pouvaient s’épancher dans la mansuétude, la “miséricorde. Une ingénieusé originalité trouvait à votre adresse, ou le ? “* suave langage, on le trait le plus incisif, ou la pensée la plus élevée, ou “* le mot le plus pittoresque pour tout réparer, tout consoler, tout diriger. “€ Que les esprits, dit-on quelquefois, sont difficiles à conduire ! M. Molle- <€ vaut avait su: inspirer le désir, le goût d’être conduit.

‘ Ce n’est pas toujours la confiance qui manque à la direction ; on a vu “‘ quelquefois la direction manquer à la confiance. Jamais M. Mollevaut

n'eut cet air capable et infaillible, cette intime conviction qu’on n'avait

rien à lui apprendre, qu’on rencontre quelquefois dans des personnages

vertueux du reste, mais qui du haut de ‘1 demeure qu'ils ont bâtie à

l'estime d'eux-mêmes, froissent l’Âme délicate ou fière.

‘ Quelle grâce remarquable pour l'apaisement des orages du cœur, plus

fécond en tempêtes que les Océans redoutés ! Pour combien a-t-il pro-

noncé un quos ego définitif ! il savait faire renaître la douce Joie et la confiance, l'encouragement dans le cœur blessé, abattu, etc.” :

Nous avons rapporté les paroles de M. Mollevaut à l'égard de M. de Ravignan ; citons-en quelques autres assez caractéristiques.

Mgr. Borderies, Evêque de Versailles, et qui avait depuis la révolution évangélisé Paris, et, un des premiers, rétablit l'enseignement religieux pour la jeunesse, voulut que M. Mollevaut le disposât à la mort ; et celui-ci, rentrant dans sa retraite après avoir rempli ce ministère, disait :

“ J'ai vu mourir bien des petits séminaristes : c'est bien pieux, c'est bien “ gentil, ça meurt comme des Anges, mais cette mort-là, c’est héroïque.” (1) et ae eneremtetmhéonenimena este ven an ee a dd

(1) Mgr. Borderies était un confesseur de la foi pendant la révolution, un homme d’une vertu et d’une gravité antiques. Lorsque M. Lacordaire lui apprit ses desseins d'entrer au Séminairé : ‘ Mon cher, lui dit-il, sachez que pour être nn bon prêtre, il faut, avant tout, être un bon chrétien, et que pour être un bon chrétien il faut, avant touts être un honnête homme.

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levée, ou it diriger.

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c'est bien que.” (1)

un homme 8 desseins tre, il faut, avant toute

La Solitude. 33

Quand Mgr. de Frayssinous, Evêque d’Hermopolis, fut nommé ministre des cultes et grand maître de l'Université : “ Eh bien, Monseigneur, lui dit “ M. Mollevaut, vous voilà avec deux heures d'oraison par jour : une heure “comme évêque, une heure comme ministre, Ça n'est pas trop.”

Mgr. Dupanloup prêchait dans une grande paroisse de Paris, il attirait une immense aflluence ; il racontait, avec ce style qui lui est propre, les grands faits de la création, le péché originel, le Déluge et la dispersion des peuples, et jamais peut-être il ne s’est élevé plus haut, aussi ravissaitil ses auditeurs.

On racontait à M. Mollevaut les succès de son ancien élève : ‘ Vous ne < m'étonnez pas, reprit-il, Duparloup est venu me trouver, il m’a dit,ilya ‘un mois, qu'il ne savait quel sujet prendre ; qu’il avait tout épuisé en dix “années continuelles de prédication, et qu’il fallait parler à un auditoire “habitué aux plus grands talents, etc, etc. Je lui ai dit : Mon cher, je sais ce << qu’il vous faut ; vous voulez instruire et intéresser votre auditoire, eh bien! < prenez Lhomond et vous verrez. Et, en effet, ajoutait M. Mollevaut avec “ l’air le plus solennel, il a pris Lhomond et il fait. Merveilles !! (1) ”

Dans ses entretiens, il était plein de saillies, de traits piquants. Il disait à de jeunes séminaristes qui se préparaient pour les Missions Etrangères : << Pour être missionnaires, Souvenez-vous, mes amis, qu’il faut être disposé à “€ trois détachements absolus : il ne faut pas que les pieds tiennent à la terre, “ ni les mains à l'argent, ni la tête aux épaules.”

À des élèves de talent qui avaient quelque peine à se soumettre aux exigences du Séminaire :

* Mes amis, ne remettez pas à vous corriger de vos défauts de caractère, << surtout lorsque vous ne serez plus au Séminaire, et que vous screz

des grands messieurs, à qui l'on ne peut parler, que le chapeau sous je bras.

En expliquant le Saint Evangile, il disait :

“ Quand j'ai les paroles de la foi. je n’ai pas besoin de me demander si je

(1) Lhoraond est l’auteur d’un abrégé de l'histoire de la Religion qui est un chefd'œuvre, mais g"i n'est destiné qu'aux petites écoles.

34 Révérend Messire Faillon.

“ sens, si je goûte, si je m'attendris ; je sais par la foi que Dieu m’est ‘ présent, et tout est fini par là. ”

‘“ Avec de la bonté, on est au niveau de l’univers.”?

“Si vous n’avez pas d'expérience, étudiez la vertu de douceur et vous. “ serez le maître des cœurs.”

“ I] faut retenir toute sa vie qu’on n'exerce la douceur, qu'avec ceux ‘ qui n’en ont pas. ”

“ On ne pratique la douceur qu'à ses dépens. ”

Nous avons étendu ces citations, parce qu’elles se trouvent disséminées. en bien des documents qu’il est difficile de réunir quand on peut en avoir besoin ; et d’ailleurs, elles ne peuvent qu’édifier et donner une idée de la direction que M. Faillon trouva à la Solitude.

Il y rencontra aussi des âmes grandes, élevées et généreuses qui ne furent pas sans quelque influence sur sa piété, ses goûts, et l'attrait. qu’il suivit plus tard de travailler :pour des contrées lvintaines, unies à St. Sulpice par des liens si chers.

À la Solitude, M. l'abbé Faillon trouva M. Quiblier, M. Billaudèle, M. Baïle qui devaient être tous trois Supérieurs du Séminaire de Villemarie ; M. Larkin qui a élevé au collége de Montréal bon nombre deprêtres et de citoyens distingués; M. Eccleston, du Maryland, récem-. ment converti du lrotestantisme qui fut depuis Supérieur du collége de St. Charles près Baltimore, comme prêtre de St. Sulpice, et qui ensuite fut Archevêque de Baltimore ; enfin Mgr. de Charbonnel, si connu à Montréal.

Le Canada se trouva donc souvent dans la pensée de M. Faillon, bien avant qu’il en eut fait l’objet de ses travaux. Il resta une année à la Solitude, d’où il fut envoyé comme professeur avec M. de Charbonnel au grand Séminaire de Lyon.

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ir et vous.

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FHAPITRE QuATRIEME,

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