‹ M. Faillon, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 7 sur 42 · IT · texte numérisé non relu

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Maintenant, voyons lés autres offenses d’Eve, celles qu’elle a commises contretson époux et toute leur descendance :

Elle avait d’abord péché contre son époux par ingratitude, par perfidie et par. cruauté :

10. Par ingratitude, ayant tout reçu de son époux et lui devant tout, la, vie physique, intellectuelle et surnaturelle ; car il est son maître, son guide et son prêtre, elle ne craint pas de lui communiquer la mort don elle reconnaît la présence dans le fond de son cœur, et pour y arriver, elle-

agit avec la plus insigne perfidie et en effet,

20. Par perfidie, après qu’elle est perdue et qu’elle peut voir dans son" effroi l'étendue de son malheur, la sombre nuit qui se fait dans son esprit, la corruption qui s’introduit dans son cœur, sans générosité, sans tendresse elle va porter la contagion du mal qui la dévore, elle va user de: l'empire qu'elle se connaît pour perdre son époux et ie précipiter dans un affreux malheur.

Entrant ainsi dans les desseins du Démon, faisant cause commune avec: lui, prenant sa place, répondant à tous les desseins dé celui qui‘avait prévu que l'affection qu’elle inspirait serait plus puissante que toutes les sugges: tions et les machinations de l'Enfer. Elle ie tente, le sollicite et le rend: participant de sa faiblesse et en de sa dégradation et de son malheur:

80. Et enfin elle pèche par cruauté contre Adam..et tous ses descendants malheureux ; toute la suite des siècles se dérouie devant elle, avec leurs maux, leurs ruines, leurs défections : elle peut contempler le

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Son séjour au. Grand Séminaire de Lyon. 45

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Fille indigne du Dieu vivant, elle est une épouse dénaturée, et une mère sans entrailles.

Elle n’a pas reculée devant la révolte contre Dieu, elle ne reculera pas devant la ruine de son époux et la dégradation de toute sa race pour satisfaire son orgueil insensée, elle tient dans sa main la vie ou la mort, elle le sait et elle donne la mort.

Or, montrons comment Marie a réparé aussi l’ingratitude, la perfidie. et la cruauté d’Eve envers Adam et tous leurs descendants:

Marie, pour réparer tant de maux, entre dans une sainte ligue avec le: fils de Dieu pour perdre le génie du mal.

Ia suggerit Provaricationem, hoec suggessit redemptionem, St: Bernard et St, Léon Pape développe tout ce mystère. (2ème sermon sur la: Naissance du Sauveur.)

“ Le fils de Dieu vient comme homme pour ajouter l’exemple aux enseignements, et enfin pour expier le mal par des souffrances réelles comme homme et d’un prix infini comme Dieu : devant vaincre le Démon en cette humanité qu’il avait vaincue, mais de plus, nous dit le saint Docteur, pour perdre le Démon en le trompant, paraissant sous une forme étrangère et abusant à son tour, celui qui, caché lui-même, ne devait son triomphe qu’à un déguisement et à un mensonge.

Il parait comme un homme et comme le dernier des hommes, en sa naissance et en toute sa vie ; et l’esprit superbe, ne tant d'épreuves et d’humiliations ni Dieu, pas d’accabler ce juste dont la vue et là odieuses ; il ne craint pas d'étendre sur le 8

ces de sa puissance, mais qui ne lui avaient été permises que contre les coupables,

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46 Révérend Messire Faillon.

Or, s’aveuglant lui-même, ne se trouvant pas encore en cette circonstance dans la vérité, et oubliant à quelles conditions il tient son empire ; il dépasse son pouvoir etil le perd, il abuse du titre qu’il avait contre l’humaine nature et il en est dépouillé, et il en est privé justement et pour toujours.

Il perd le titre sur lequel il s’appuyait, dit St. Paul, ‘ demandant le châtiment des pécheurs contre celui en qui il ne trouve aucune faute.”

Amittit Chirographum quo ni tebatur, exigens pœnam iniquitatis, in quo nullam reperit . culpam. (Stus. Jeann. Chrysostom in Sancti Pauli Epistol.)

Et d’ailleurs, continue le grand saint, au moment où il demande ce qui ne lui était pas dû, cet insensé trouve plus qu’il ne pouvait prétendre, c’est-à-dire un sang divin, un sang d’un prix infini et en une fois il est payé et au-delà de tout ce qu’il avait à redouter, perdant les créances qui une fois payées deviennent nulles et sans valeur.

‘Et par cet excès de demander plus qu'il ne lui revenait, il est payé au-delà et & Ja dette s'évanouit, et par lu mort d'un prix infini, la dette de la mort est ac- 4 quitée.” (St. Jean Chrysostôme.)

Et le Sauveur efface ce mot de mort enl’attachant à la croix et il n’en peut plus être retiré.

Delens quod adversus nos erat Chirographum Ducreti, ipsum tulit de medio affigens illud

Cruci. (St. Paul.) Mais après le coup terrible porté par le génie du mal “ Ô mort, où est

votre pouvoir, que deviennent vos armes brisées dans un pareil coup.”

Ubi est mors Victoria tua, et stimulus tuus.

Or, Marie concourt à cette œuvre du Sauveur dans le silence de son

humilité et de sa réserve ; en gardant le secret elle assure le succès, sachant tout et ne disant rien, connaissant les voies et l'œuvre de la Rédemption et n'en laissant rien transpirer, rien soupçonner, ne cherchant jamais à être connue sur la terre, mais y passant obscure et ignorée, secondant tout par sa retenue, aussi bien après l’Annonciation qu’à la Nativité, dans l'enfance et l’adolescence du Sauveur, dans sa vie publique comme dans sa vie cachée, dans ses miracles comme dans ses épreuves, gardant tout en son cœur, ou lorsque ses sentiments s'élevaient en, elle ne

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Son séjour au Grand Séminaire de Lyon. 47

s’entretenant qu’en élle-même “ Maria conservabat omnia, conferens in corde suo,” ou si elle manifestait quelque émotion, s’en tenant avec St. Joseph à un étonnement humble que l'ennemi du salut ne pouvait pénétrer ‘‘ et mirabantur super his quæ d::ebantur de illo.””

Epreuve continuelle de l'humilité, de la fidélité, de l’obéissance qui ne se démentaient pas et qui trompaient l’astuce du serpent,

Et prudentia serpentis, in columbæ simplicitate devincitur.

Réalisant dans toute sa vie ce qu’elle avait d’abord promis, y persevérant jusqu’à ce qu’elle ait couronné le salut de ceux qu’Eve avait perdus et après avoir réparé la perfidie d’Eve par sa discrétion, réparant sa cruauté par sa générosité et son esprit de sacrifice.

Quoiqu'il doive lui en coûter, elle offre son divin fils en sacrifice pour le salut du monde, pour ce fruit de séduction qu’Eve avait dérobé sur l’arbre du Paradis, elle consent à cueillir ce fruit d’amertume qu’elle trouve sur l'arbre du Calvaire et à être immolée dans son âme, en voyant sur la croix celui qui en quittant ses entrailles, n’est Jamais sorti de son cœur.

Christi et Marie unum holocaustum, hæœc in sanguine cordis, illec in sanguine crucis. (Patres passim.)

Et ainsi toutes les fautes d’Eve se trouvent réparées par Marie, par ces actes de fidélité, de ‘oumission consommés par sa générosité pour tous ces enfants d'Eve qui reçoivent en Marie une vie nouvelle, pourvu qu’ils veuillent profiter de son sacrifice en reconnaissant le lien de filiation qui les unit à elle et par elle à son divin fils.

Dans cette analyse où nous voulions ne donner que le fond de la doctrine, nous avons dû quelquefois laissé subsister plusieurs développements de l’auteur, afin que l’on vit mieux, le soin avec lequel il appuyait ses arguments des textes même des maîtres de la science.

Nous savons qu’on peut trouver les mêmes idées dans St. Thomas, mais cela ne diminue pas le mérite de M. Faillon qui a su réunir les

différents arguments des docteurs, qui les a coordonnés et enfin qui à su sibien les appuyer par l'autorité des Pères, dont il avait tellement à cœur de donner la connaissance et l'affection aux jeunes étudiants.

48 Révérerid Messire Faillon.

Nous avons une autre observations à faire : nous voulons faire remarquer ce soin de remonter aux sources, de prendre l’eau pure de la science sacrée dans ses premiers organes, d'aller puiser aux premières effusions de l'esprit divin ; voilà ce qui: relève admirablement les pieux enseigne: . ments de la foi, et leur communique une fraîcheur, une nouveauté et-un imprévu qui ravissent l’Âme et lui donnent un vrai sentiment de la lumière divine ; lumière si puissante et si irrésistible qui a toujours l’apparence de la nouveauté et de la jeunesse, précisément parcequ’elle ne passe pas, qu’elle ne s'altère pas, puisqu’elle est éternelle : et ainsi toujours nouvelle bien que toujours subsistante.

Ces vérités sont touchantes autant qu’incontestables, elles charment nos âmes autant qu’elles les édifient, elles plaisent autant qu’elles convainquent, et elles sont présentées avec ce sentiment, et cette sûreté qui nous révèlent M. Faillon, ccmme un grand interprète de la science sacrée, un vrai figuriste et un éminent scripturaire, ;

Mais nous 2llons offrir le complément de cette doctrine en reproduisant une seconde instruction, qui a été donnée le jour de Pâques dans laquelle M. Faiïllon s’est appliqué à montrer la part que N. $. tenait dans l’œuvre de la rédemption, prenant vis-:-vis du démon la place du premier Adam, de même que Marie avait occupé la place de la première Eve.

Les limites de notre travail ne nous permettent que de présenter une analyse.

. Hæc Dies quam fecit Dominus exultemur et lætemur in eà.

S'il est pour l'Eglise des jours de tristesse, il est aussi des jours de Joie, mais celui que nous célébrons dépasse tous les autres. Jour que Dieu a préparé sur tous pour J manifester sa gloire : Jour qui l'emporte sur les autres solennités comme celles-ci sur les Jours ordinaires, ‘“ Solem. nitas Solemnitatâm. ” Jour aussi précieux pour le bien de l’humanité, qu'il est glorieux pour le ciel, et c’est pour cela que tandis que l’Eglise nous répète tant de fois en ce jour :

Hæc Dies quam fecit Dominus, exultemur et lætemur in e4, etc.,

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Son séjour au Grand Séminaire de Lyon, . 49

Elleinvite en même temps les Anges à mêler leurs accents de joie à ceux de la terre en l'honneur de Celui qui n’est pas seulement. notre: Sau. vèur, mais qui devient leur Maître.et ieur Souverain, ayant donquis, par sa mort le ciél comme un triomphateur.

Exultet jam Angelica Turba cœlorum, exultent divina mysteria, et pro tanti Regis Victoria, Tuba insonet Salutaris,

Mais pour comprendre l’excellence de cette vicioire, voyons quelles-en sont les conséquences pour nous en deux réflexions.

10. En ce jour Jésus vainqueur de l'Enfer, nous délivre de l'esclavage de Satan et de la mort.

20. Conquérant du ciel, il nous fait participer à sa conquête.

Dieu avait établi l’homme dans un état de sainteté, de bonheur, et d'immortalité, pour le substituer à l'ange déchu. Le Démon furieux de voir conférer à une autre créature les avantages qu’il a perdus, tâche : de les lui enlever et il y parvient: par un piége plein de perfidie et de.méchanceté.

L'homme est dépouillé à la fois de sa sainteté, de son. bonheur, de son immortalité ; et s'étant soustrait à l’obéissance de Dieu, il tombe. sous le joug de celui qu’il.a voulu choisir pour son guide, au mépris-et.à l’exclusion de la parole divine, ainsi St. Paul et le Concile de Trente. (1)

C’est un principe reconnu que “le vaincu doit devenir l’esclave du: vain- “ queur ;:a quo quis superatus est, hujus servus est,” St. Paul : et d'ail. leurs Adam ayant préféré à la volonté de Dieu celle du démon il était juste qu’il. dépendit du Maître qu’il s'était donné comme guide,

Mais Dieu à ce moment même a pitié de l'homme et il prend la résolution de le tirer des mains de son ennemi ; quelle est la bonté de Dieu ! il est plus touché du malheur de l’homme que de son crime, et il se résout à le sauver en renversant contre le démon le piége dont il s'était servi.

(1) Si quis non confitetur Adam incurisse captivitatem sub ejus potestate, qui mortis imperium, hoc est diaboli : Anathema sit, (Concilium Tridentinum.)

Enfin, pour conserver toute justice dans cette intervention de sa miséricorde, Dieu veut recommencer une nouvelle épreuve où, les circonstances étant les mêmes, le Démon perdra justement ses avantages et sa conquête, si vainqueur dans la première épreuve, il est vaincu dans la se: conde.

. De 1à toutes ces égalités et ces ressemblances que les Pères ont indi. quées entre la chute et la rédemption.

Il y en a quatre principales :

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