PÉLERINAGES
Tout autre que M. Martineau eût été évidemment absorbé par ces occupations que nous venons de décrire sommairement, Il ne se plaignait jamais cependant d'être surchargé, et semblait se délasser des fatigues que lui avaït pu causer une de ses œuvres en se livrant à une autre.
C'est ainsi qu’en dehors de ses OCCupations paroissiales il se créait des charges par elles-mêmes et à elles seules fort accablantes. Nous voulons parler surtout des pèlerinages.
Ces manifestations catholiques sont aujourd'hui toutà-fait en honneur à Montreal. Or, nous croyons n'être que juste en attribuant en grande partie à M. Martineau, cet élan qui entraîne à la belle saison un si grand nombre de nos concitoyens vers les sanctuaires les plus vénérés du pays. Le role qu'il y joua nous semble si considérable que nous avons cru devoir consacrer un chapitre spécial à cette nouvelle forme de son zèle,
À quelques lieues de la ville de Marie, sur les bords du lac des Deux-Montagnes, réside depuis plus d’un siècle un groupe de sauvages iroquois et algonquins desservis par les prêtres de S, Sulpice.
L'un des premiers et des plus illustres missionnaires de ces enfants des bois fut M. François Picquet, né à Bourg (France) 6 Décembre 1707, et venu en Amérique en 1733.
Ce vaillant apôtre, qui avait profondément à cœur la
sanctification de ses chers sauvages, voulut leur inculquer l’amour de la Croix en leur mettant sous les yeux le tableau des souffrances endurées pour leur salut par notre divin Maître. Il fit donc ériger sur le sommet de l’une des deux montagnes qui ont donné leur nom à cette mission un calvaire grandiose. Le long du chemin qui conduit à cette croix monumentale furent construites diverses stations, représentant les scènes les plus émouvantes de la passion du Sauveur.
Depuis 1740, époque de l'inauguration de ce chemin de la Croix, les sauvages n’ont pas cessé de le visiter et d'y prier jusqu’à ces derniers temps, où l’apostasie les a rendus en grand nombre victimes de honteuses et injustes sollicitations. Les fidèles du voisinage, des paroisses limitrophes, connurent aussi de bonne heure le chemin de ce calvaire, et le suivirent avec dévotion.
Mais il y a seize ans, en 1872, la ville de Montréal, qui n'avait pas encore entrepris ce pèlerinage, fut invitée à s’y rendre à son tour. M. Martineau était monté en chaire, et s'adressant à cette population chrétienne, sur laquelle il avait su acquérir un si légitime ascendant, il fit appel à sa foi, à sa piété, et à son zèle. Quelques jours plus tard, le pèlerinage des Montréalais était organisé, pèlerinage que M. Martineau devait faire ensuite chaque année jusqu’à sa mort, pour se rendre au désir des pèlerins. Illui est même arrivé d’en faire plusieurs à ce même lieu dans une seule année, le vapeur choisi pour la circonstance ne pouvant contenir tous ceux qui voulaient s'y rendre.
Et ce pèlerinage annuel des paroissiens de Notre- Dame n'empêchait pas l’infatigable apôtre de prêcher encore le pèlerinage local des habitants des Deux-Montagnes et des autres paroisses voisines.
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Ce dernier pèlerinage avait lieu le 14 Septembre, jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix. On y venait parfois de fort loin, et la foule était si considérable, qu'on y a vu, m'assure-t-on, au-delà de sept ou huit mille personnes.
Mais ce grand pèlerinage, que j'appellerai avec raison régional, ne nous fournit pas l’occasion de voir M. Martineau dans toute son habileté, dans tout son zèle, et dans la plénitude de son succès comme directeur de ces sortes de manifestations religieuses, Il ne paraît là que comme prédicateur, il n’a point organisé et conduit à destination cette foule qui l'entoure. Ce n’est pas lui qui la reconduira après la cérémonie.
Prenons donc, comme exemple, un de ces pèlerinages de Montréalais préparés par lui, venant au calvaire d'Oka et s’en retournant sous sa directien toujours.
Nous sommes d'autant plus sûr de nos assertions qu'il nous a été donné d’y prendre part.
Il importe de dire d’abord que ce parcours de Montréal au lac des Deux-Montagnes se fait partie en wagons et partie en bateaux à vapeur.
Les wagons conduisent à Lachine et le bateau de Lachine à Oka, par la jolie rivière Ottawa, affluent du St. Laurent, Le voyage dure environ quatre heures.
Voici dans quelles conditions M. Martineau l’effectuait à la tête de son bataillon.
À peine installés dans les chars, les pèlerins voient apparaître la figure joyeuse et souriante de leur chef. Il a un bon mot pour chacun, s’informe de ce qui peut lui manquer, donne des encouragements à tous, et récite les prières de l'itinéraire.
Nous sommes à Lachine, le transbordement s'opère,
les pèlerins ont pris place à bord du steamer (Princess). Regardez le directeur de la pieuse excursion. Il est à l'avant du navire monté sur une chaise, et en même temps que les employés de la compagnie de navigation lèvent l'ancre et détachent les amarres, il entonne son cantique bien connu :
Sous l’aile de Marie
Voguons avec amour ;
Reine auguste et chérie
Donnez-nous un beau jour,
Et toute l'assemblée répète en chœur :
“Donnez-nous un beau jour !”
Le directeur continue de sa voix puissante :
Vierswe écartez l'orage Par un souftle d'amour ;
; Sous un ciel sans nuage
Donnez-nous un beau jour,
Nos chants, notre prière, Monteront tour à tour ; Vers vous, o tendre Mère
Donnez-nous un beau jour !
Les pèlerins mêlent leurs voix à cette voix qui supplie, et la journée s'annonce belle,
Le cantique a pris fin, M, Martineau, après avoir donné quelques avis au sujet de l'attitude à garder sur le bateau, commence la prière du matin, Puis vient la méditation à haute voix.
Mais voici l'église de la Pointe-Claire dont la flèche élégante se mire dans les flots,
Saluons le Maitre, s’écrie le directeur, afin qu’il nous
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bénisse et nous protége, et il entonne un hymne à Jésus- Hostie que tout le monde chante avec lui.
L'heure du sermon est arrivé,
Qu'est-ce qu'un pèlerinage, se demande l’orateur, et dans quelles conditions devons-nous le faire pour en bénéficier comme il convient ? Et pour développer ce thème, il a recours à ses souvenirs, à son imagination et à son cœur. Les regards des pèlerins sont fixés sur le prédicateur, et leur foi tressaille sous le souffle de cette parole pénétrante et convaincue,
Le bateau ralentit sa marche.
C'est Ste Anne du Bout de l'Ile avecses cascades écumantes, ses écluses superbes, ses ponts grandioses et d’une solidité à toute épreuve. C'est Ste Anne surtout avec son sanctuaire vénéré,
Encore un mot et le sermon est terminé
Nous sommes entrés dans le canal. Il faut attendre l'ouverture des écluses. Ce ne sera point un temps perdu. M. Martineau ne saurait passer devant un temple consacré à l’aïeule du Sauveur, sans avoir un mot à sa louange. Cette fois il ne parle plus, il chante.
Bonne Sainte Anne, en ce beau jour, Agréez:notre prière ; Conduisez au divin séjour
Vos pèlerins de la terre.
Et tout le chœur reprend avec lui ce refrain de circonstance.
Les écluses nous ont livré passage, Notre steamer a repris sa course, et le directeur du pèlerinage chante toujours.
Il à enfin suspendu son chant, mais ce n’est pas pour se taire encore. "
Nous avons, dit-il, salué Jésus et redit ensemble les louanges de Ste Anne, effeuillons maintenant les roses qui forment la délicieuse couronne de la Très-Sainte Vierge, récitons avec ferveur son chapelet. N'oubliez aucune de vos intentions, aucune.
Et la récitation commence, entremêlée de couplets de cantiques facilitant le souvenir des mystères, et rompant la monotonie de ses Ave Maria sans fin.
Le spectacle était ravissant.
Devant nous le lac avec son immense nappe d’eau, dont les vagues viennent mourir au pied des monts couronnés de forêts, formait un horizon à souhait pour le plaisir des yeux, comme parle Fénelon. A droite et à gauche des îles innombrables, véritables bouquets de verdure et defleurs. Au centre de ce tableau, sur le navire, toute une assemblée de chrétiens faisant monter vers l’auteur de cette splendide nature son admiration et sa reconnaissance, par l'entremise de celle qui devait être un jour la Mère de Dieu.
Mais voici que le sifflet se fait entendre. Oka, Oka, s'écrie-t on de tous côtés. C'était Oka en effet, Oka le terme de notre voyage qui nous avait paru si court. Nous sommes par conséquent en plein village indien. La curiosité, la sympathie et la dévotion ont amené au quai un certain nombre de sauvagesses revêtues de leur costume traditionnel et pittoresque. Les cloches sonnent à toutes volées. M. le Curé vient recevoir ses confrères et leurs pèlerins. Puis les rangs se forment, la procession s'organise, les meilleures voix entourent le directeur, et l’on se rend à la maison de Dieu, au chant du cantique populaire : C’EST NOTRE DIEU !
Quand chacun a pris place dans la magnifique église,
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