‹ M. Flavien Martineau, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 14 sur 19 · JU · texte numérisé non relu

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dûe à la munificence et à la piété du Séminaire de St. Sulpice, M. Martineau paraît en chaire. Il suggère les intentions pour le saint sacrifice qui commence, récite les prières avant et après la communion à laquelle prennent part le plus grand nombre des pèlerins, et avant de quitter le lieu saint donne rendez-vous pour onze heures à ses compagnons de voyage à la croix qui domine le côteau de sable, à un mille environ du débarcadère.

Chacun profite de ce temps libre pour aéjeüner.

A l'heure dite, tous les pèlerins sont au pied de la croix. Le directeur vient de gravir la chaire rustique que l'on a élevée à quelques pas de là.

“ Durant le voyage des Hébreux à travers le désert, s'écrie le prédicateur, un grand nombre d'entre eux furent mordus par des serpents venimeux, et ces morsures entraiînaient presque toujours la mort, Moïse effrayé de ce spectacle fit faire sur l’ordre de Dieu un serpent d'airain ; ce serpent, il l'attacha au haut d’un arbre, et tous ceux qui pouvaient le regarder étaient guéris de leurs blessures.

“ Mes frères, à travers le désert de cette vie, beaucoup d’entre nous ont été victimes des morsures du serpent, non pas, sans doute, de ce serpent dont se plaignaient les Israélites, mais d’un autre plus terrible cent fois, du serpent infernal. Vouiez-vous, comme les Hébreux, voir guérir vos plaies et vos blessures se cicatriser, regardez, vous aussi, au sommet de ce bois qui s'appelle la croix, et vous aussi vous trouverez ds ns ce regard votre salut.”

Puis prenant pour sujet d’entretien à chaque station un des péchés dans lesquels nous tombons le plus fréquemment, il en montrait la malice et les conséquences

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lamentables, mettait en regard les souffrances qu'ils | avaient coûtées à l’Homme-Dieu, et faisant appel au | cœur de ses auditeurs, il leur demandait s'ils voulaient encore renouveler la passion de leur Maître, en cédant | ainsi aux suggestions de Satan et aux occasions de | péché.

Entre chaque stat'on fort éloignée les unes des autres, le chapelet était récité par tous, entremèlé de couplets

de cantiques.

On devine sans peine l'effet de ces centaines, de ces milliers de voix au milieu de cette nature sauvage et grandiose, dans ces bois si peu accoutumés à de pareils concerts. La voix du directeur les dominait toutes et les

empêchait de défaillir,

Enfin, le chemin de la croix s'achève. M. Martineau fait une amende honorable à Jésus crucifié, et ses accents émus arrachent des larmes à l'assistance. Cette âme apostolique a gagné sa victoire. Nous nous sentons meilleurs, ou du moins sincèrement désireux de l'être.

Dans ces excellentes dispositions, nous quittons le sommet de la montagne pour nous rendre au village et prendre une petite réfection bien gagnée, A trois heures et dem.s, il faudra se trouver à l’église pour le salut du Très-Saint Sacrement.

Personne ne manque à ce dernier rendez-vous. A quatre heures le signal du départ pour Montréal est donné, et le directeur, qui devrait être brisé, anéanti, entonne d'une voix qui paraît se ressentir à peine de la fatigue, l’Ave Marie Stella. £

Les pèlerins devant tant de courage se sentent cou- 1 rageux eux-mêmes, et chantent avec leur vaillant capi-

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Puis le concert se tait.

Que va faire M. Martineau ? Son rôle est-il terminé ? Pas encore au gré de son cœur. Il ira de groupe en groupe raconter une histoire, et faire oublier ainsi à ceux qui l’écoutent la fatigue du chemin. C'est dans ces conditions que nous abordons à Lachine où nous nous sommes embarqués le matin,

Nous touchons à la fin de la journée qui laissera à tous un délicieux souvenir.

Comme au départ M. Martineau voudra voir chacun, le remercier et dire adieu à tous. Et l'on n'aura plus lieu de s'étonner quand ce prêtre annoncera un pèlerinage de voir qu’il ne peut suffire à toutes les demandes.

Nous avons tenu à peindre aussi fidèlement qu'il nous à été possible la physionomie de ce pèlerinage, afin de donner une idée de la manière de procéder de M, Martineau en pareille circonstance. Nous nous repéterions forcément si nous voulions entrer dans le détail de ces autres grandes manifestations qu’il présida après les avoir organisée:.

Nous aurions encore de fort belles pages à écrire au sujet de ces pèlerinages du cimetière de la Côte des Neiges, qu’il contribua tant à faire aimer et à rendre populaires.

Son pèlerinage d'hommes à Ste. Anne de Beaupré, qu’il a dirigé pendant de si nombreuses années, mériterait de même une attention spéciale. C’est à cette occasion qu’il composa ces cantiques que tous les pèlerinages ont chanté après lui.

airs appropriés,

Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos d'en citer ici

quelques couplets ?

Souvenez-vous des jours heureux Où nos pères chéris des cieux, Sur le rivage

Pour notre image

Dressèrent un autel pieux.

Nous vous apportons nos prières Avec nos begpins et nos chants ; Comme vous bénissiez nos pères

Bénissez aussi leurs enfants.

De tous les yeux séchez les pleurs, Mettez la paix dans tous les coeurs ; Et que la grâce

Reprenne place

Dans l’ame de tous Îes pécheurs.

C'était pour l'aller. Voici pour le retour :

Vos enfants de Ville-Marie A vos pieds ont trouvé la paix ; Sur nous durant toute la vie

Versez vos maternels bienfaits.

Vous avez béni le voyage Daignez protéger le retour ; Nous jurons devant votre image

De revenir vous voir un jour.

Non-seulement notre poète savait trouver des paroles pour les besoins du moment, il savait aussi choisir des

et s’il n’en trouvait pas, il en faisait lui-

11 nous souvient d'un troisième cantique à Ste. Anne,

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qu'il avait tiré d’un cantique vendéen très connu, en lui faisant subir quelques modifications. Le refrain suivant en particulier produisit un véritable enthousiasme parmi les pèlerins quand il le chanta pour la première fois ;

Oui, oui, chez nous, même au siècle où nous sommes, Les cœurs virils sont fiers d’être chrétiens. Dieu pour sa cause aura des hommes

bis.

Tant que vivront des Canadiens.

Ce qui précède montre suffisamment combien M. * Martineau se donnait de peine pour intéresser ses pèlerins. |

La justice et la vérité nous obligent à ajouter que ce dévouement était admirablement compris et apprécié.

On pouvait le constater dans cet empressement de la foule à répondre à l'appel du directeur, et aussi dans la soumission la plus absolue à tous ses désirs, durant le pèlerinage.

Plusieurs fois nous avons entendu les capitaines des bateaux à vapeur, à bord desquels il s'était trouvé, nous dire qu'ils préféraient avoir un nombre double de voyageurs avec ce prêtre, auquel tous obéissaient comme des enfants, qu’un nombre moindre sous d’autres directions, qui s’imposaient plus ou moins aux excursionnistes, et rendaient la marche plus difficile par leur placement défectueux et souvent impossible à modifier.

Mais cette puissance d'organisation, cette direction toujours suivie, cet effet merveilleux obtenu frappèrent surtout dans le pèlerinage que M. Martineau fit récemment à Notre-Dame de Lourdes en France, à la tête d'une cinquante de canadiens.

On ne se figure pas facilement les obstacles qu'il y

avait à vaincre pour la réalisation d’un semblable projet dont le succès fut par lui assuré,

Il en a raconté les diverses péripéties dans une longu pièce de vers. Qu'on nous permette d’en citer quelques passages :

Depuis longtemps la voix de la Vierge Marie Du Canada près d’elle appelait ses enfants.

Des monts pyrénéens descendait l’harmonie, Et nos cœurs s’enivraient à ses divins accents ; Et nos désirs brûlants, du fond de nos poitrines, S’échappaient en soupirs entremêlés de pleurs ; Et nos vœux s’élançaient vers les roches divines Où l’amour de Marie entraîne tous les cœurs,

hi: Mais nos corps restaient là... Devant les mers immenses, Devant le long chemin qu’il fallait parcourir, Devant tant de travail, de dangers, de dépenses,

| Malgré tout notre amour, nous nous sentions faiblir.

Quand soudain du sein de la nue

à Un cri tout-puissant éclata :

| Debout ! enfants du Canada,

| Des mers franchissez l'étendue ;

| Par delà les flots menaçants,

; Allez saluer votre Mère,

Et montrer à toute la terre

Ce que peuvent des cœurs aimants,

} C'en était fait. Fuyez obstacles ;

Disparaissez, vaines terreurs ;

Océan, calme tes fureurs ;

pen

Partons vers les monts des miracles,

Laissons-nous guider par nos coeurs !

C'était résumer en quelques vers l’histoire du pèleï rinage dans sa période d'organisation, et le faire, selon nous, de main de maître,

du pèlere, selon

Le poète at-il été moins heureux pour traduire le bonheur des pèlerins auxquels il était donné d'assister Sur Mer au divin sacrifice ? Écoutons-le :

Sur le plus mobile des mondes,

Se fiant au calme des ondes,

Le prêtre dressa son autel,

Il prépara le sacrifice,

Et de l’hostie et du calice

11 fit l’offrande à l’Éternel,

Le spectacle était magnifique!

Nous croyions voir le peuple antique Voyageant vers les bords promis, Et sacrifiant, en voyage,

L’agneau choisi, divin présage

Des grands biens par le ciel prédits….

Mais pourquoi remonter à l'ombre, Quand, malgré notre petit nombre Plus favorisés qu’Israel,

Nous avions la victime pure

À la place de la figure

Qui fumait sur l'ancien autel !!!

La traversée a pris fin, Après un court séjour dans la capitale de l'Angleterre, les pèlerins franchissent la Manche et abordent à Calais.

Le Français qui n’a pas vu depuis vingt ans le ciel de son pays ne peut contenir l’ardeur de son âme. Ce n’est plus un récit, ce n’est plus un chant, c’est un cri :

Mais Calais, c’est la France!!! au soleil du midi, Aux rivages français nos mains ont applaudi, Oui, c’est la France,

Mon cœur s’élance :

Et du vaisseau gourmandant la lenteur ; Comme en un rêve, Vers cette grève Je veux voler, laisser passer mon coeur ! Ton diadème, France que j'aime, A disparu sous un hideux bandeau.

Mais, noble mère, Tu m’es si chère, Que pour ton fils, ton front est toujours beau, Faites vitesse, Tournez sans cesse, Rames sans fin qu’agite la vapeur.

Voici la rive, Enfin j'arrive.

O France, enfin c'est toi! C’est le bonheur,

Lourdes a paru dans le lointain.

Le poète reprend son chant et célèbre ;

Le pays où l’amour immense

Abaissa le ciel jusqu’à nous,

Le pays où dans le silence,

La Vierge vient parler à tous.

Je me sens pris d’un saint délire :

Battez, mon cœur ; pleurez mes yeux’; Chantez ma voix! Je sens l’empire D’un transport qui me vient des cieux !

C'est donc ici, Vierge Marie,

Que votre bergère chérie

Vous vit dans le rocher béni,

Comme une colombe en son nid!

Laissez-nous dire notre hommage Bien près, bien près de votre image, Et que rien ne vienne troubler L'amour qui nous fait palpiter !

Mais laissons la parole aux Annales de Lourdes. Nous y tenons d'autant plus que le lecteur devant | cette appréciation d'un étranger saisira mieux la justesse | des nôtres, et demeurera convaincu que l'affection qui nous unissait à lui n’a rien ajouté aux éloges dont M, Martineau était digne.

$ ‘“ On ne franchit pas l'Océan en multitude, disent les ‘À Annales, et quarante-neuf délégués étaient une large représention du Canada au jubilé de Notre-Dame de Lourdes. Aimables et forts, pieux et fiers, ils avaient traversé les mers, l'Angleterre et la France en pèlerins, portant sur leur poitrine une coquille argentée avec ces mots : “ Pèlerins du Canada à Notre-Dame de Lourdes.”

“Le Père Martineau les commandait, assisté d’un de ses confrères de St. Sulpice M. Vacher, et d’un .autre prêtre canadien, M. Mathieu. Haute taille, voix éclatante, infatigable, aimant à se cacher quand il le pouvait, prêt à parler et à chanter s’il le fallait, cœur grand et doux, âme sacerdotale, d’une piété communicative, le Père Martineau est né pour conduire un lointain pèlerinage et suppléer au nombre,

“ A Lourdes, ils entrèrent dans la basilique en chantant, et y reçurent, avec l'accueil bien dû à ces catholiques français du Canada, la bénédiction du Très-Saint Sacrement. Toujours en chantant, ils descendirent à la grotte. “ La voilà! la voilà! s’écria M. Martineau, cette grotte vénérable, la voilà cette Vierge de Lourdes dont on nous a raconté tant de merveilles...

‘ On avait voulu nous effrayer, et au grand étonnement des matelots, l'Océan nous a toujours bercés comme une mère berce son enfant, la terrible Manche elle-même

en nen nnnaasane eq; ru

\ nous a été douce, la France respectueuse et sympathi-" que. Nous avons peut-être eu quelque mérite, mais que vous avez été bonne, Ô vierge de Lourdes, merci, merci losooossee”

‘ Les assistants se rapprochaient pour voir ce prêtre, pour écouter cette parole si française, si pénétrante toute de chaleur, de simplicité et d’une humilité qui touchait jusqu'aux larmes. Quand il eut fini de parler, il chanta, et la petite procession aux flambeaux se mit en marche. Les autres pèlerins se joignirent aux Canadiens, allèrent avec eux à la Vierge couronnée, à la Grotte et voulurent prier en leur compagnie,

“Dans cette charmante famille on voyait un grand peuple, et ce peuple était encore la France.

“Le lendemain le Rouergue nous envoya des pèlerins dignes de fraterniser avec le Canada. Villefranche monta à l’église paroissiale en magnifique procession,

jetant au loin les éclats de sa fanfare et les chants de à ses cantiques. Les quarante-neuf pèlerins du Canada passèrent dans ses rangs et entrèrent avec eux. Avec eux ils chantèrent les Vêpres. Tous ensemble le soir j ils récitèrent à la Grotte le chapelet ; tous ensemble, ils firent une belle procession aux flambeaux, et les cantiques du Canada se mêlèrent aux cantiques du Rouergue,

“ Mais l’incognito était trahi et M. Martineau dut parler.

Ce fut un triomphe pour l’humble Sulpicien. On r serra la main du brillant orateur. Villefranche poussa le cri de: Vive le Canada, et les Canadiens répondirent avec bonheur et enthousiasme: Vive la France! Vive le Rouergue!

Mais il fallait partir.

(l “ On voulut prier une dernière fois avec les pèlerins du

pathi-" Lis que merci,

prêtre, trante»

té qui parler, se mit Canae, à la

grand

èlerins ranche ession, ints de canada

Avec le soir ble, ils canti- 1ergue, parler.

1 On poussa ndirent |! Vive

rins du

Canada, communier avec eux, avoir une part à leurs intentions ; juste hommage rendu à leur piété,

“On les suit à la Grotte. “ Nous n'avons que des instants, dit M. Martineau, donnons-les à la prière, Notre cœur est plein de douceur, de reconnaissance et d’'espoir..... Ô Mère vous connaissez toutes nos intentions, exaucez-les !”

“La prière devient un chant. “O petit oiseau tu as placé ton nid près de ma Mère, si je pouvais prendre ta place !”

“Les paroles se pressent comme les minutes riches, tendres, brûlantes. Elles expirent dans ce mot : “ C’est fini; adieu, Mère, adieu !” Mais l'accent en est tel qu'il pénètre tous les cœurs et mouille toutes les paupières,

“Fini, non : de part et d’autre, il restera un doux et impérissable souvenir, une étroite et chère union de prières, et l'espérance fondée de se revoir encore plus d’une fois. Non, ce n'est pas fini : entre Notre-Dame de Lourdes et le Canada, c'est à la vie, à la mort, ‘ad convivendum, ad commoriendum,”

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