III - UN DISCOURS DE 1, BOURASSA A NICOLET LE 30 SEPTEMBRE
A l’occasion de la remise de son mandat à ses électeurs, M. Paul-Emile Lamarche les avait convoqués à une grande réunion à Nicolet, le 30 septembre 1916. M. Henri Bourassa s’y trouvait et y prononça un de ses grands discours ; on y retrouve toute sa doctrine. Quelques jours plus tard, à la suite d’une lettre d'un voyageur de commerce parue dans le “Devoir,” j’adressais au directeur du “Canada” la lettre suivante, dont je n’ai détaché qu’un passage d’un caractère personnel, n’altérant en rien aucune des idées exprimées et qui sont celles de la saine opinion publique.
Montréal, 11 octobre 1916.
Monsieur le directeur du “Canada.”
“Je lisais ce soir dans le “Devoir” la lettre d’un voyageur de commerce qui assure M. Bourassa que son discours à Nicolet a fait “sensation” et après avoir flatté son chef il termine : “Que la Providence vous protège et vous aide comme elle a toujours protégé dans le passé nos hommes vraiment patriotes” (Sic).
Puisque ce voyageur de commerce veut bien dire à M. Bourassa ce qu’il pense de son discours, me permettriez-vous de dire à mon tour ce que ce que l’on dit et ce que l’on pense de la dernière diatribe du chef nationaliste ?
Je ne su;s pas voyageur de commerce, mais je rencontre aussi beaucoup de monde ; c’est un peu de l’opinion de tout ce monde dont je veux vous faire part.
Il va sans dire que je ne pourrai, ne voulant pas abuser de votre généreuse hospitalité, reprendre une à une les idées jetées à pleine bouche par le tribun. Je veux seulement retenir quelques-unes de ses plus méchantes injures à l’adresse de sir Wilfrid Laurier, de l’Angleterre et de la France. Je veux aussi ne dire qu’un mot de son nationalisme comparé au véritable patriotisme.
Le voyageur de commerce du “Devoir” dit que le discours de son chef a fait sensation : oui, sûrement, il a fait sensation ; l’oeuvre de haine et de diffamation d’un démagogue ou d’un pamphlétaire ne manque jamais de faire sensation : mais c’est de la sensation malsaine.
Le chef nationaliste a débuté à Nicolet en d’sant qu’il “avait pris la résolution ferme de ne plus prendre part à des assemblées politiques teintée d’agitation électorale.”
Pour sauvegarder ce qu’il croit avoir de prestige, pour sauvegarder l’union de tous, pour sauvegarder l’harmon'e nationale, le tribun n’aurait-il pas pu s’abstenir de prendre part à cette réunion et de s’en tenir “à sa ferme résolution.” Et on dit que Bourassa a perdu là une belle occasion de se taire.