‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 14 sur 40 · M. BOURASSA ET SIR WILFRID LAURIER · texte numérisé non relu

M. BOURASSA ET SIR WILFRID LAURIER

A Nicolet, comme chaque fois qu’il a l’occasion de parler ou d’écrire, M. Bourassa a réservé à sir Wilfrid Laurier une bonne part de ses injures ; il fallait s’y attendre.

On se demande depuis longtemps quelle est la cause de cette haine que le chef nationaliste a vouée à l’illustre chef libéral. Pour le plus grand nombre, c’est un mystère ; mais quand on connaît M. Bourassa, on peut s’expliquer son étrange attitude vis-à-vis d’un homme que les écrivains de notre pays, comme de l’Angleterre et de la France, ont proclamé une des plus grandes personnalités de l’empire.

C’est à l’atavisme et à l’orgueil qu’il faut attribuer la haine de M. Bourassa pour sir Wilfrid Laurier.

“L’atavisme, dit un auteur, est une particularité que présente souvent l’hérédité, et qui consiste en ce que le descendant reproduit des caractères qui ne se rencontrent pas chez ses ascendants immédiats, mais se trouvaient chez des ascendants plus éloignés. La ressemblance fréquente des enfants à leurs grands-parents est un fait d’atavisme.”

Maintenant, si vous avez lu l’histoire de Louis-Joseph Papineau, grandpère de M. Bourassa, vous reconnaîtrez la ressemblance entre le grand-père et le petit-fils.

M. A.-D. Decelles dit de Papineau:

“C’était évidemment un tempérament voué à la critique outrancière que Papineau” OU encore: “Blâmer toujours quelqu’un tendait à passer en habitude chez lui, et lorsque l’occasion manquait à sa verve mordante de s’exercer chez les tories, ses ennemis naturels, il la laissait se rabattre sur ses amis les libéraux.”

Rappelez-vous les relations de Papineau et de LaFontaine; rappelezvous la haine que Papineau a vouée à LaFontaine et vous vous expliquerez comment il se fait que Bourassa ne peut parler de sir Wilfrid Laurier sans y mettre de l’invective et de l’injure. Quel homme fut plus dévoué à Papineau que Lafontaine? C’est à LaFontaine que Papineau devait la faveur de rentrer au Canada après son long exil et pourtant quel homme a été pris plus à parti par Papineau que LaFontaine?

Ce que je sais des relations de sir Wilfrid Laurier avec M. Bourassa, me permet d’affirmer que ce n’est pas au chef libéral qu’il faut attribuer la cause de la dissension qui les sépare maintenant. 11 ne faudrait pas connaître la bonté de coeur, la grandeur d’âme, la magnanimité de sir Wilfrid Laurier pour supposer qu’il ait rompu le premier ses relations avec M. Bourassa. auquel il a donné plus d’une preuves de son estime, j’allais dire de son affection.

M. Bourassa, à l’instar de Papineau, a voulu s’attaquer à l’homme le plus grand de notre nationalité; et à l’instar du grand’père, le petit-fils ne recueillera avec le temps qu’indifférence et antipathie.

On dit aussi que l’orgueil est pour beaucoup dans l’attitude de M. Bourassa vis-à-vis de M. Laurier. On dit ordinairement: “l’orgueil perd son maître.” C’est vrai.

Dans notre bon vieux “petit catéchisme de Québec” vous et moi avons appris que “l’orgueil est une estime déréglée de soi-même qui fait qu’on se préfère aux autres et qu’on veut s’élever au-dessus d’eux.”

Quand on a lu cela, est-ce injuste de dire qu’on y reconnaît bien le chef nationaliste?

M. Bourassa a été élevé comme un demi-dieu ; il voulait que tout le monde se pliât à ses volontés! son moindre désir était un ordre. Elevé seul, il n’a pas subi ce contact violent qui arrondit les angles, les aspérités. Et toute la vie du chef nat’onaliste s’en est ressentie.

C’est l’orgueil oui a détaché de M. Bourassa ses plus dévoués collaborateurs de la première heure; c’est l’orgueil qui a refroidi l’enthousiasme de ses plus ardents admirateurs du début de sa carrière. Que de choses je pourrais écrire là-dessus, et que de noms je pourrais donner.

C’est l’orgueil qui a emnêché de faire un parti fort, de ce que M. Bourassa se voit obligé d’appeler aujourd’hui un simple mouvement nationaliste.

C’est l’orgueil qui lui fait répandre à pleine bouche et à pleine plume les “Moi”, les “Je”.

Rien d’étonnant alors nue l’nromeil de M. Bourassa prenne ombrage du grand prestige que sir Wilfrid Laurier a conservé, non seulement parmi ses oomeatriotes, mais dans tout le ravs ; même en Angleterre ; mâme aux Etats-TTrps ; même en France ; prestige qui fait qu’un homme comme Paul Lerov-Beaulieu disait que Laurier était la plus grande figure des conférences impériales.

Page 1