‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 24 sur 40 · LE JAPON · texte numérisé non relu

LE JAPON

Après avoir lu un grand nombre d’ouvrages de toutes nuances, de toute opinion, car j’ai meme lu de la littérature boche — je croyais que la Belgique se battait pour le respect de la parole donnée ; que la France, l’Angleterre, s’étaient jointes à elle pour faire triompher le droit ; mais non. M. Bourassa a trouvé autre chose, et il le dit dès le deuxième aliénas de son troisième article :

“C’est donc principalement pour assurer à la Russie Constantinople que nous nous battons”.

Pourtant dans le même numéro du “Devoir”, du 20 février, j’ai lu dans une interview de M. l’abbé Thellier de Poncheville, le passage suivant, qui tout en étant très révélateur sur les méthodes de guerre des amis de M. Bourassa, ne dit rien de ce que M. Bourassa avance. Lisez encore :

— Et vous savez, continue M. l’abbé, il ne faut pas croire que les Allemands soient devenus plus civilisés, à la suite des revers qu’ils ont éprouvés. Leurs brutalités sont tout aussi révoltantes à l’heure actuelle qu’iis y a deux ans, particulièrement en Belgique et dans le Nord, où sous prétexte de culture de la terre au profit des populations envahies, ils emmènent indistinctement femmes, jeunes filles, enfants, en Allemagne, où la plupart sont forcés de travailler aux munitions, directement ou non. 51 est un de mes jeunes parents, âgé de dix-huit ans, qui a été déshabillé et fouetté au sang parce qu’il se refusait à fabriquer des obus allemands. D’autres ont eu les poignets serrés dans des tenailles de fer jusqu’à ce que la douJ leur les fit consentir à tout. Et il est des mères de famille qui sont mortes de douleur en voyant leurs jeunes filles emmenés cyniquement par la sol. datesque allemande. C’est le retour absolu à la barbarie...

Toujours soucieux de sauvegarder les intérêts allemands, turcs et bulgares, M. Bourassa suggère à M. Borden de proposer la neutralisation de Constantinople et des Dardanelles. Et à l’appui de sa théorie le diplomate suggère toute une série de moyens.

Or, n’en déplaise à M. Bourassa, je ne crois pas que sa théorie aie de chance de rallier les suffrages au congrès de la Paix et cette question de Constantinople que M. Bourassa vous règle comme ça tout de go, est encore une des grandes difficultés diplomatiques, qui se dénouera à la pointe de la baïonnette quand le temps sera venu.

Oui, M. Bourassa voudrait laisser Constantinople aux Turcs, les bourreaux de la chrétienté et la honte de l’Europe? Il va bien notre homme.

Quant à la question qui touche à la Russie et le Japon, le chef nationaliste étale beaucoup de théories et nous fait un long exposé des “tricheries” de l’Angleterre; ce n’eut pas été complet.

Mais résumons :

Le plus probable, c’est que le Japon cherchera à partager avec la Russie Sa domination de l’Asie et à agrandir son empire maritime. Cette expan-

sion le mettra, un jour ou l’autre, en conflit avec l’Angleterre ou avec le* Etats-Unis, peut-être avec les deux. Dans le premier cas, l’Australie et la Nouvelle-Zélande seraient fort exposées; dans le second cas, les Philippines courraient des risques sérieux. Dans les deux alternatives, les côtes de la Colombie-Anglaise seraient également menacées.

Si, au milieu des préoccupations que lui causa le salut de l’E-mire, sir Robert Borden a encore le loisir de penser au Canada, il devrait profiter de ses entretiens avec les ministres anglais pour s’enquérir de leurs disposons à cet ép-ard. Cette situation très complexe peut nous mettre en conflit avec les Etats-Unis, si l’Angleterre reste d’accord avec la Russie et le' Japon; ou nous forcer de nous entendre avec les Etats-Unis sur des mesuy res de commune défense, si la Grande-Bretagne renonce à sa politique» actuelle pour se solidariser davantage avec la République américaine. Dans un cas comme dans l’autre, il serait utile de savoir à quoi nous en tenir.

Vous voyez que notre diplomate ne manque pas d’horizon. C’est un devin. Il voit tout venir ça.

Dommage que M. Borden auquel ces articles sont destmés n’ait pas eu l’avantage de les prendre comme vade-mecum. S’il allait oublier cette question du Japon et de la Russie, que deviendrions-nous, je vous le demande ?

Souhaitons que le ciel nous laisse encore longtemps notre grand diplomate pour conjurer le “péril jaune,” après le “péril anglo-russe.” mate pour conjurer le “péril jaune,” après le “péril anglo-russe” et le “péril anglo-saxon”.

“Brrrrr”. — J’en frémis.

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