ALLEMANDES
M. le directeur,
Montréal, 30 mars 1917.
. vi.ens de lire les deux articles de M. Henri Bourassa sur la conscnpton, je ne m attarderai pas à montrer ce que ces éjaculations du puissant cerveau de notre grand homme ont encore d’meffable. Comme vous le dites dans le Canada des 28 et 29 mars, le chef nationaliste trompe sciemment ses lecteurs en leur disant que si auiourd’hui il est question de conscription, c est que le parti libéral et Sir Wilfrid Laurier, son vénéré chef, Pont voulu.
Ce que je veux surtout relever de ces deux articles, c’est une vilenie que le directeur du ‘‘Devoir” a déjà proférée plusieurs fois et qui vise les trois grandes nations de l’Entente.
Dans son journal, M. Bourassa écrivait le 27 mars :
Egalement démagogique et détestable est l’argument du même journal, que le dessein d’imposer le service militaire s’inspire de la ‘‘haine bête de la race française ; ce qu on veut, c est d’envoyer le plus possible de ces “d.... Frenchmen” sur les champs de bataille d’Europe pour les y faire tuer. On croirait lire 1 Electeur et le Soir de 1896. Un journal grave qui veut tout “instaurer dans le Christ” (par l’entremise de l’Angleterre protestante, de la France officiellement athée et de la Russie schismatique et révolutionnaire), qui a laissé circuler dans toute la presse tory du pays les élucubrations impérialistes de son principal rédacteur sous l’égide du “Cardinal-archevêque de Québec,” devrait s’abstenir d’un tel langage. Ces
expressions virulentes auraient peut-être trouvé leur place - et encore !
- lorsque “la haine bête de la race française” s’exerçait sur son vrai terrain, pour dépouiller la minorité du Keewatïn et tyranniser les Canadiensfrançais de l’Ontario. Dans les circonstances actuelles, ces violences sont inutiles, dangereuses et mal placées.
Je n’ai pas l’intention de défendre ici les théories un peu outrées du journal v:sé par M. Bourassa. Ce que je tiens à signaler à vos lecteurs, c’est le passage que j’ai souligné dans l’entrefilet cité, où l’auteur dénonce encore l’Angleterre protestante, la France officiellement athée et la Russie schismatique et révolutionnaire. En répandant cette affirmation dans le pays, M. Bourassa ne fait que colporter une infamie que les Allemands ont déjà propagée dans les pays neutres, dans le seul but de d:scréditer l’Angleterre, la France et la Russie. Et si on veut la preuve de ce que j’avance, on n’a qu’à lire la conférence prononcée à Paris, le 24 mars 1916, par Mgr Baudrillart, recteur de l’Institut catholique de Paris.
Au témoignage de l’.llustre prélat, quand l’Allemagne a voulu gagner la sympathie des catholiques des pays neutres, comme l’Espagne, l’Italie, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud, elle ne leur dit autre chose que ce que M. Bourassa écrit dans son journal.
“Qu’attendre, disaient les publicistes à la solde de la Germanie, d’une victoire remportée par la protestante Angleterre, la schismatique Russie, la France révolutionnaire et athée, sinon partout l’affaiblissement de la foi et le progrès de la Révolution ?”
Eh ! bien, n’en déplaise à M. Bourassa, c’est encore avec l’Angleterre, la France et la Russie qu’on compte le plus pour “tout instaurer dans le Christ,” comme notre saint homme l’écrit ironiquement.
Ce sophisme habile et pernicieux que colporte M. Bourassa ne devrait plus avoir cours dans notre pays et c’est pour essayer de le battre en brèche que je vous demande l’hospitalité de vos colonnes.