‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 30 sur 40 · M. BOURASSA · texte numérisé non relu

M. BOURASSA

Si je n’avais été à même de me rendre compte du mal fait par ce sophisme odieux de notre “grrrand écrivain caiholique” je n’aurais pas pris la peine de tenter de le réfuter ; je me fus contenter de déplorer l’aberration de ce compatriote que ses dévots proclament la bouche en coeur le plus illustre d’entre tous. Mais une conversation que j’eus un jour avec un jeune prêtre très brillant et très estimé m’a attristé au point que je crois faire oeuvre de réparation en entreprenant de montrer aujourd’hui combien M. Bourassa déforme l’opinion publique. Et ce que ce jeune prêtre m’a dit beaucoup d’autres le disent aussi et pour le savoir il suffit d’écoûter un peu.

Je me trouvais donc un jour dans une campagne, qui n’est pas à cent lieues de Montréal. Le curé de l’endroit, un de mes meilleurs amis et condiciples me fit l’honneur d’une visite. En compagnie de ma femme, d’une vieille tante et d’une cousine, nous passâmes deux bonnes heures dans le calme d’un après-midi ensoleillé. Comme vous le pensez bien nous abordâmes le sujet de la guerre. Au jeune prêtre je faisais part de ma certitude dans la victoire finale de l’Angleterre, de la France et de la Russie.

— Oh ! me répliqua-t-il, il ne faut pas être si certain que cela. L’Allemagne est bien puissante.

— Mais, lui répondis-je étonné, est-il possible de croire que la Providence ne donnera pas la victoire aux grandes nations qui se sont constituées les champions de la justice.

— Comment croire, riposta mon interlocuteur, que la France athée, la Russie schismatique et l’Angleterre protestante se fassent les champions de la justice. Ne faut-il pas plutôt croire que c’est l’intérêt qui les anime avant tout. La France et l’Angleterre sont allées au secours de la Belgique, et la Russie au secours de la Serbie, bien plus pour sauvegarder leur vie que celle de ces petites nations . . .

— Songez donc, cher monsieur le curé, que ce sont les prétentions de M. Bourassa que vous soutenez là, lui dis-je tout interloqué.

— Et oui ! et ces prétentions sont justes. On ne me fera pas croire que le catholicisme et la justice ont plus à gagner du triomphe de ces trois nations, que de l’Allemagne.

J’entrepris alors de lui démontrer que ce que M. Bourassa disait là n’était que les doctrines allemandes. Tant bien que mal j’essayai d’apporter des preuves, mais mon jeune ami restait sceptique et c’est à son intention comme à celle de ceux qui ont été comme lui trompés par les écrits de M. Bourassa, que j’écris aujourd’hui cette lettre.

Puisse-t-il voir dans le geste que je fais rien autre chose que le désir de rendre hommage à la vérité et justice aux grandes nations, que son chef se plaît avec tant de complaisance à discréditer.

Page 1