‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 3 sur 40 · LA NATURE DU CONFLIT ACTUEL COMMANDAIT AU CANADA D’INTERVENIR · texte numérisé non relu

LA NATURE DU CONFLIT ACTUEL COMMANDAIT AU CANADA D’INTERVENIR

Les écrivains, les historiens de tous les pays sont unanimes à proclamer que jamais dans les annales du monde on aura vu une guerre aussi horrible, aussi universelle; jamais, non plus, on ne vit un agresseur se ruer sur les nations avec des instincts aussi pervers.

La guerre fut toujours un grand fléau, mais le genre humain n’aura jamais été affligé d’une calamité comme celle qui l’éprouve depuis trois ans

Ce n’est pas le temps de remonter aux origines lointaines de la guerre présente; cette histoire ne trouverait pas place dans les cadres étroits de cet opuscule; mais on peut bien affirmer que la cause immédiate réside seulement et uniquement dans l’inassouvissable ambition de l’Allemagne à la domination du monde.

En’ termes plus précis, je dirai que la cause immédiate qui a fait éclater sur le monde cet effroyable cataclysme réside exclusivement dans le pangermanisme, qui n’est l'ien autre chose que le nationalisme poussé à son paroxysme et servi par des forces formidables et par les pires manoeuvres.

“L’Allemagne au-dessus de tout,” “La force prime le droit,” “Nécessité ne connaît pas de loi,” telles sont les formules de ce nationalisme pervers et arrogant et qui a voulu et préparé la guerre.

Je sais bien que M. Bourassa et les siens vont sourire en lisant ces lignes; mais à Dieu ne plaise qu’ils soient les seuls. Aux esprits ouverts à la conviction, j’apporterai des preuves que j’estime si péremptoires qu’aucun des scribes nationalistes n’osera les attaquer.

Les hommes d’Etat et d’Eglise de toutes les grandes nations qui se sont alliées pour écraser la brute immonde que s’est révélée la Germanie ont bien reconnu et dénoncé cette rage de conquête, ce pangermanisme j mais ce n’est aucun d’eux, si illustres et si grands soient-ils, que je prendrai à témoin.

Puisque M. Bourassa, comme je le prouverai, veut prétendre que ce n est pas l’Allemagne qui a déclaré la guerre au monde et qui a lancé le défi à l’humanité, je recourrai à des écrivains et à des hommes politiques allemands, oui allemands, pour le démentir. Ce sont eux qui définiront pour moi la nature et les buts de la guerre actuelle. Ainsi on ne pourra pas m’accuser d’apporter à l’appui de ma thèse des témoignages trop intéressés ou trop préjugés.

Quelques citations suffiront pour faire voir toute l’étendue du désastre dont l’Allemagne menaçait le monde et pour ce faire les déclarations ne manqueront; elles sont catégoriques.

Ouvrez l’ouvrage d’Ernest Hasse :

Welpolitik (Deutsche Politik, fasc. V) page 65, vous .trouverez définies bien clairement les revendications du pangernanisme.

“Le territoire futur de l’expansion allemande, située entre les territoires de l’Est et de l’Ouest, devra absorber tous les pay3 mitoyens; s’étendre de la mer du Nord et de la Baltique par les Pays-Bas, en incluant le Luxembourg et la Suisse jusqu’au territoire danubien, jusqu’à la Péninsule balkanique, et comprendra l’Asie Mineure jusqu’au Golfe Persique. De tout ce grand territoire il faudra éliminer l’influence étrangère.”

Est-ce assez précis ?

Parmi les écrivains allemands qui jouissent le plus de notoriété se trouve Maximilien Harden; c’en est un, de plus, qui est très bien avec le kaiser, quoiqu’il eût déjà quelques démêlés avec lui à propos de cette affaire de sodomie découverte à la cour impériale.

En 1909 Harden écrivait: “Il faut prouver à l’Europe et autres continents que les deux empires qui s’étendent de la mer du Nord à l’Adriatique sont assez forts et assez tenaces pour arriver à leurs fins... Les Allemands doivent être convaincus que l’Orient peut amener une guerre que seuis les sots chercheraient à éviter, et qui ne se ferait pas pour l’Autriche comme les gens à courte vue le supposent, mais bien pour les intérêts vitaux de l’Allemagne.”

Ce passage d’un article de Harden est cité par lui dans sa “Zukunft” du 1er août 1914.

Après l’incident d’Agadir, Harden disait encore :

“L’Allemagne a le droit de . dire . comme le Messie: “Celui qui n’amasse pas avec moi dissipe...” L’Allemagne a la force et la France la flamme..., mais nous l’éteindrons dans le sang si elle ne sert qu’à échauffer la colère de nos ennemis..., dès demain même. Car notre maison fermée depuis quarante ans devient trop petite et nos petits-neveux en porteraient ïes conséquences si leurs ancêtres employaient honteusement à un jeu applaudi, mais sans profit, le repos qui leur est accordé pour augmenter l’étendue de la puissance nationale.” . (Zukunft, 1 juillet et 19 août 1911.)

Un autre écrivain allemand, Paul Rohrbach, dans son ouvrage “Der deutshe Gedanke in der Welt, p 7, menace à son tour la paix du monde et met bien à jour les ambitions de son pays quand il écrit:

“La nation allemande seule s’est développée de telle sorte, à côté des Anglo-Saxons, qu’elle semble assez nombreuse et intérieurement forte, pour exiger que son idée nationale ait une part décisive dans le droit de donner sa forme à l’ère future.”

Interrogeons maintenant un homme de guerre allemand, celui qui est le mieux connu, von Bernhardi. Dans son ouvrage fameux: “Vom heutigen Kriege (I. p. 12) on lira encore ce défi:

“Il est impossible par des artifices diplomatiques d’améliorer en notre faveur le partage aujourd’hui existant du globe. Si nous voulons procurer a notre peuple la situation mondiale qui convient, il nous faut nous confier à notre épée.”

Et cette politique de conquête n’a pas été prônée seulement par des publicistes, par des têtes chaudes, comme M. Bourasa pourra le prétendre, mais par des hommes de la valeur de von Bulow.

Voici par exemple deux échantillons:

Le 10 janvier 1900 eut lieu le lancement du Deutschland, qui fut à l'époque le plus grand paquebot océanique; le prince de Bulow fut invité à baptiser le navire et à cette occasion il prononça les paroles suivantes:

Comme ce navire prétend être supérieur à tous les autres navires, si

■ombreux soient-ils, qui silionnent les mers, de même puisse-t-il être vrai à Jamais pour tous les Allemands que l’Allemagne est au-dessus de tout, audessus de tout le monde.”

Et le 14 janvier inaugurant le palais de la Chambre des Seigneurs, von Bulow proclamait encore :

.“Que le roi soit à la tête de la Prusse; la Prusse à la tête de l’Allemagne; f Allemagne à la tête de l’univers.”

“Mais, dira-t-on, où prouvez-vous qu’il y ait danger pour le Canada dans cette politique pangermanique? Ne savez-vous pas que les Etats-Un s mettraient un frein à l’ambition du kaiser? Que faites-vous de la doctrine Monroe?”

Les Allemands aussi ont prévu ces questions et c’est l’un d’eux qui va y répondre. L’ambition de conquête allemande ne se limitait pas aux vieux continents, mais elle couvrait aussi bien les nouveaux continents comme l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Océanie.

A la page 77, de l’ouvrage de Julius Goebel: Das Deutschtum in den Vereinigten Staaten” on lit ce qui suit pour les Etats-Unis.

La crainte qui était venue à Benjamin Franklin de voir l’Amérique se germaniser n’a pas été dénuée de raison; et si la vie américaine aujourd’hui a une autre physionomie que de son temps, cela doit s’attribuer d’abord à l’influence du germanisme.

Ce n’est pas à l’Angleterre mais au peuple allemand et au peuple américain, joints par les liens du sang, comme par de hautes et communes aspirations intellectuelles, que se trouve confié le progrès de la civilisation. Et les gardiens de cette amitié sacrée, ce sont les Allemands d’Amérique.”

Telle est l’opinion d’un professeur allemand à l’Université d'Illinois.

Si donc un des grands “intellectuels” allemands prijette ainsi de “civiliser” le nouveau monde que n’a-t-on pas à redôuter de cette “kultur” fameuse pour notre pays qui est à la portée de l’emprise germano-américaine? Et les événements n’ont-ils pas démontré assez cruellement combien le3 appréhensions étaient justifiées?

Que sert-il d’ailleurs de multiplier les textes, quand la plus dure évidence nous crève les yeux, que l’Allemagne aspirait à la domination de tous les mondes, du vieux comme du nouveau.

Et c’est quand on a des preuves aussi précises, aussi caractéristiques de cette rage effrenée qu’on douterait encore de notre devoir de faire quelque chose pour briser cette infâme hégémonie teutonne.

Il n’est pas un homme sincère et “humain” qui n’ait pas senti bondir son coeur quand il apprit que partant pour sa grande conquête T Allemagne avait écrasé une petite nation paisible et adonnée aux oeuvres de la paix, comme la Belgique, et que PAulriche s’était ruée sur un pauvre pays épuisé par deux guerres comme la Serbie?

Il n’est pas un homme de bonne foi, ayant consulté sa raison, qui ait hésité à dire que le Canada devait faire quelque chose. Il n’est pas un Canadien qui interrogeant son patriotisme, n’aie pas souhaité pour sauver notre pays de la conquête allemande, voir le gouvernement faire le mieux possible selon les moyens et les ressources nationales pour aider aux grands peuples qui entreprirent d’arrêter l’envahisseur.

Et c’est ce que le gouvernement canadien a voulu faire, c est que le parti libéral lui a conseillé de faire et c’est ce qu’Asselin, le fondateur du parti nationaliste a invité nos jeunes compatriotes à faire.

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