LE PARTI CONSERVATEUR ET LA GUERRE
Autant il faut féliciter le gouvernement conservateur de l’empressement qu’il a mis à offrir à l’Angleterre l’aide du Canada, autant il faut blâmer les méthodes qu’il a employées pour mettre à exécution son genereux
dessein. • •
La politique à courte vue de Sir Robert Borden, son inqualifiable incom-
pétence et sa veulerie ont fait qu’au lieu d’avoir été pour le Canada une occasion de s’affirmer grandement et de donner aux Alliés toute l’assistance possible, elle n’aura servi qu’à profiter aux “scheemers’, aux encaisseurs de dividendes, qu’à gonfler des bourses “aplaties” par le “crack” de l’immeuble et enfin à compromettre l’autonomie du Canada et à désorganiser sa vie économique.
On trouvera peut-être, cette appréciation bien sévère; pourtant les faits ne sont-ils pas là pour la justifier ?
N’est-ce pas la politique à courte vue de Sir Robert Borden, qui sans tenir compte des conditions particulières à notre pays, est allé promettre 500,- 000 hommes sur une population mâle, d’âge militaire de 1,500,000 ?
N’est-ce pas la politique à courte vue du gouvernement qui faisait dire à M. Meighen, un de ses membres les plus importants, qu’il fallait mettre plutôt le Canada en banqueroute que de laisser périr l’empire ?
N’est-ce pas la politique à courte vue du premier ministre qui l’a empêché d’inviter Sir Wilfrid Laurier, le chef du parti libéral, à faire partie du gouvernement ? N’eut-il pas été plus sage tant au point de vue national qu’au point de vue politique de convier le chef de l’opposition à faire partie du gouvernement militaire ?
N’est-ce pas aussi la politique à courte vue de Sir. Robert et de ses ministres qui leur a fait oublier d’organiser avec notre coopération militaire la coopération économique ?
Et de quel gâchis l’incompétence du gouvernement conservateur ne donne-t-elle pas de spectacle au peuple canadien ?
L’agriculture est abandonnée au profit de la fabrication des munitions. Le service des chemins de fer a été paralysé une partie de l’hiver. L’organisation militaire a commis bévues sur bévues. Aucune mesure n’a éjé prise pour que le peuple canadien ne soit pas exploité par les profiteurs de la guerre. Avec des ressources inépuisables le coût de la vie a atteint un niveau qu’aucune autre colonie anglaise n’a vu. Au lieu de faciliter l’échange des produits avec les Etats-Unis le gouvernement canadien a élevé une nouvelle barrière pour en empêcher l’entrée au Canada. Des hommes aucunement qualifiés autrement qu’au point de vue politique, ont eu la direction de services importants. Mais on pourrait accumuler haut comme ça, de preuves de l'incompétence du gouvernement conservateur.
Et que dire de la veulerie du premier ministre qui a laissé commettre les pires exactions à ses amis?
A-t-on jamais vu un pillage pareil des fonds publics? A-t-on vu au cours de notre histoire politique une époque plus fertile en scandales? Scandale du camp Valcartier, scandale du camp Borden, scandale des bottes militaires, scandale Allison, scandale des chevaux, scandale Garland et que d’autres encore dont on ne connaîtra l’énormité qu’après la guerre.
Et si l’on doute de ces avancés la correspondance de Sir Sam Hughes à Sir Robert Borden n’est-elle pas assez révélatrice? Il faut lire les terribles accusations portées par l’ancien ministre de la Milice contre son chef et ses collègues pour se rendre exactement compte de leur extrême gravité.
Si le premier ministre eut eu l’énergie voulue nous n’aurions pas eu à déplorer l’état de choses actuel dans notre pays.
Si le premier ministre n’eût pas été si veule il aurait vite mis fin aux intrigues qui se machinaient autour de lui.
Si le premier ministre eut eu la force de caractère voulue il se serait débarrassé de ceux qui, à la faveur de ces intrigues, ont organisé les gaspillages et la danse des millions.
Si le premier ministre eut été un homme à poigne il aurait empêché la main-mise sur notre organisation militaire par les autorités anglaises, comme Sir Sam. Hughes le lui reproche.
Si n’eut été la faiblesse de caractère de M. Borden on n’aurait pas vu les jaunes d’Ontario et les nationalistes de Québec conduire le pays presqu’à la guerre civile : la censure au lieu d’empêcher de faire connaître des choses ignorées de personne, eut coupé court aux articles incndiairss de Willison et de Bourassa.
S’il eut eu l’énergie qu’il fallait, M. Borden aurait fait nationaliser
les industries de guerre, plutôt que de les laisser entre les mains des profiteurs.
S’il eut eu tant soit peu de courage, le gouvernement aurait fixé le prix des vivres plutôt que de laisser les accapareurs pressurer la population.
Quand on considère tous les abus qui ont été commis et les conséquences qu’ils ont amenées, on ne peut s’étonner que des protestations se soient élevées ; que des dénonciations aient été faites.
Le parti conservateur a eu le grand tort d’avoir voulu tout accaparer. N’eut-il pas été plus raisonnable d’appeler dès le début de la guerre les hommes les plus éminents de tous les groupes pour coopérer au succès de notre participation militaire et économique ? Poser la question, c’est y répondre, ce me semble.