‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 32 sur 40 · I— L’ANGLETERRE PROTESTANTE · texte numérisé non relu

I— L’ANGLETERRE PROTESTANTE

Combien de fois M. Bourassa nous a-til rabâché que l’Angleterre est protestante ? Si vous le voulez bien, nous allons voir ensemble ce qu’il faut penser de cette affirmation et comment il faut l’accepter.

Reconnaissons que l’Angleterre est un pays protestant, mais est-ce à dire, comme le laisse supposer M. Bourassa, que pour ce fait il faut se méfier de l’Angleterre ? Est-ce à penser qu’il ne faut rien attendre de bon de l’esprit de justice et de libéralisme du peuple anglais ?

Pour qu’on ne mette pas ma parole en doute, je me hâte d’apporter des témoignages, qui ne devraient pas être suspects à des esprits larges et généreux.

Aux pages 94-95 des Annales de la Propagation de la Foi, mars 1915, un Capucin missionnaire au Somaliland publie ce qui suit :

“Quelle différence entre l’Angleterre d’autrefois et celle de nos jours ? Prenons un exemple : combin de religieux et de religieuses ont reçu l’hospitalité sur le sol britannique ! et ils y vivent en paix. .Or, si l’on se report* à quelques années en arrière, sur ce même territoire, on trouve la persécution déchaînée, le “papisme” honni, tout culte catholique interdit, les prêtres obligés de se cacher ou mourant pour leur foi. . Maintenant, les prêtres agissent librement. .Que d’écoles catholiques ont été ouvertes en Grande-Bretagne et sont subventionnées par l’Etat ! Que de monastères fleurissent !. .

“ C’est un mystère psychologique que, seule, la largeur d’idées de ce peuple explique. . Et voici que cette largeur d’idées incline les Anglais vers la religion catholique... et les conversions se multiplient. .Qui donc penserait maintenant à arrêter une solennelle abjuration comme celle d’un sir George Carfield d’Arcy Irvine ?

“Ce n'est pas seulement dans la métropole que l’Angleterre manifeste son esprit libéral. Dans ses colonies aussi, que d’exemples elle en donne 1 Où trouve-t-on un peuple qui traite les missionnaires étrangers eux-mêmes comme ceux de sa propre nation ? C’est ce qui se passe cependant dans les colonies anglaises. Partout, les missionnaires français sont reçus, non seulement sans entrave, mais encore avec des sentiments de courtoisie, de respect et de gratitude.”

Voyons ! ce témoignage pèse-t-il autant que celui de M. Bourassa ?

Tandis que le chef nationaliste affirme que l’Angleterre est protestante un écrivain allemand, lui, prétend que l’Angleterre renie le protestantisme et Mgr Batiffol possède une lettre en date du 1er septembre 1915 adressée à un de ses amis en Suisse par un pasteur luthérien de Francfort, qui déclare voir dans l’alliance de l’Angleterre avec la France et la Russie “un reniement du passé protestant de l’Angleterre et, par là, une lutte pénible contre la puissance du protestantisme.”

Dans son ouvrage, Quelques motifs d’espérer, l’abbé Félix Klein, professeur a l'institut catholique de Paris, publie un chapitre des plus consolants sur la Renaissance catholique en Angleterre. Je le soumets à la méditation de M. Bourassa. Il pourrait aussi lire avec profit 'la Crise religieuse en Angleterre et l’Anglo-Catholicisme du P. Ragey. Dans une petite brochure intitulée Petite histoire de l’Eglise catholique au XIXe siècle, Pierre Lorette écrit (p. 97) en parlant des conquêtes du catholicisme en Angleterre.

Les conversions se multiplient, les ritualistes se rapprochent sans cesse de l’Eglise romaine, quoique les décisions de l’Encyclique “Satis cognitum (29 juin 1896) et le Bulle “Apostolicae curae” (13 septembre 1896) aient déclaré nulle “les ordinations anglicanes.”

Et je termine ces citations par les suivantes cueillies dans Le réveil du catholicisme en Angleterre au XIXe siècle de M. l’abbé J. Guibert, supérieur

du Séminaire de l’Institut catholique de Paris. Parlant de l’Eglise catholique, l’auteur écrit:

“Je ne te cherche plus ô Eglise catholique d’Angleterre, tu ne te caches plus dans les angles, mais tu parais au grand jour, mais tu grandis au soleil

de la liberté reconquis', mais tu attires sur tes progrès les regards du tout

Funivers. (p. 10).

Et après avoir donné des statistiques étonnantes des progrès du catholicisme en Angleterre, M. l’abbé Guibert (p. 11) écrit ce qui suit:

“Le catholicisme ne s’affirme pas moins par son attitude que par îej nombre. Les églises sont en évidence, tant dans les riches quartiers des villes que dans les populeux faubourgs; elles se dressent fièrement jusque} sur les places publiques, témoin cette majestueuse cathédrale que le Cardinal Vaughan élève aux portes de Westminster comme un acte public de la) foi catholique. Dans ces sanctuaires désormais à l’abri de toute crainte, nos cérémonies se déroulent avec la splendeur des ornements sacrés et les plus riches inspiration de la musique religiieuse. Le culte déborde jusque dans les rues, où l’anglican étonné et respectueux voit passer les processions. Cette expansion de vie catholique ne soulève ni passion politique, ni fanatisme religieux ; le catholique jouit, au-delà de la Manche, d’une liberté que des nations catholiques comme la France lui envient, hélas! trop justement”.

Mais pourquoi aller chercher si loin des témoignages quand nous avons celui même de Sa Grandeur Mgr Bruchési, qui rappelait à son retour du congrès eucharistique de Londres, en 1908, les grandes conquêtes du catholicisme en Angleterre?

M. Bourassa, lui-même, sait bien où aller prier Dieu quand il va à Londres, et il sait aussi bien que quiconque la liberté dont jouissent les catholiques anglais, qui ont eu un des leurs maire de la ville de Londres.

C’en est assez, je crois, pour démontrer qu’il n’y a rien à craindre pour le catholicisme de la part de l’Angleterre et que c’est par besoin de dénigrement que le chef parle toujours de la “protestante Angleterre”.

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