PARUS
filles, ce qui me semble un coup de Dieu. Ces petites filles, étant nourries à la façon des chrétiens, puis mariées à quelques Français ou quelques sauvages baptisés, retireront tant d’enfants de leur nation que nous voudrons..….. Ces enfants sont nourris chez le sieur Hubou, qui a épousé la veuve de M. Hébert, premier habitant de Québec; lui-même en a une à soi, qu'il nourrit et entretient. Le sieur Olivier Le Tardif en tient une autre dans la même maison, que les Sauvages lui ont donnée; il paie sa pension, comme nous faisons celle des autres qui sont au même logis. Ces petites filles sont vêtues à la française; elles ne se soucient pas plus des Sauvages, que si elles n'étaient pas de leur nation. Néanmoins, afin de les dépayser et de leur donner le moyen d'apprendre la langue et l'honnêteté française, pour secourir par après leur compatriotes, nous avons délibéré d’en envoyer deux ou trois en France, pour les faire loger et instruire en la maison des Hospitalières qu’on désire faire passer en la Nouvelle-France (1)... »
Certes, l’on admire, et avec raison, la charité héroïque que pratiqua la Mère de l’Incarnation dans ce qu’elle appelait son séminaire sauvage. Le séminaire sauvage du coteau Sainte-Geneviève était-il moins admirable parce qu'il était dirigé par une dame de qualité, au milieu des soucis et des embarras du siècle?
Les Hospitalières dont parle le P. Le Jeune étaient les Religieuses Augustines de Dieppe, nouvellement réformées par le vénérable archevêque de Rouen, Mgr de Harlay (2). La duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, ayant résolu de fonder un hôpital dans la Nouvelle-France, en avait offert la direction à
(1) Relations des Jésuites, 1636, p. 34.
(2) « Les Augustines hospitalières, dites de la Miséricorde de Jésus, étaient à Dieppe dès le xrv° siècle; mais alors elles portaient un costume noir, ne gardaient pas la clôture, et outre le service de l’Hôtel-Dieu, dont elles avaient la charge, elles allaient soigner les malades en ville. Ce fut l’an 1625 qu’elles se réformèrent et se soumirent à la clôture perpétuelle et revêtirent le blanc costume des chanoinesses de Saint-Augustin. » (Annales de la Communauté des Religieuses hospitalières d'Harcourt, étude par M. l’abbé C. Guéry, publiée dans la Revue catholique de Normandie, t. x, p. 208.)