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ces Religieuses, et elles avaient accepté. Le contrat de fondation fut signé le 16 août 1637 : la fondatrice obtint de la Compagnie des Cent-Associés, outre un terrain dans l’enclos de Québec pour y construire l'hôpital, un fief de soixante arpents dans la banlieue, entre le Cap Rouge et le coteau Sainte-Geneviève; puis elle envoya des ouvriers à Québec pour commencer les défrichements et préparer un logement aux Religieuses.
On pria M. Le Sueur de surveiller les travaux. Il s’y prêta d’autant plus volontiers que les terres de Sainte-Marie — c’est ainsi qu’on appelait le fief de l’'Hôtel-Dieu — étaient voisines du fief Saint-Jean qu’il était déjà occupé à mettre en culture. Il connaissait d’ailleurs les Religieuses Augustines de Dieppe; et comme il y avait un Hôtel-Dieu dans son ancienne paroisse de Thury (1), il savait le grand bien qu’une institution de ce genre pouvait faire à Québec.
Les trois Religieuses Hospitalières destinées à inaugurer l’Hôtel- Dieu de Québec quittèrent la ville de Dieppe le 4 mai 1639 : elles étaient accompagnées de quatre Religieuses Ursulines qui venaient établir au Canada une maison de leur Ordre. Elles arrivèrent à Québec le 1er août, après trois mois d’une très périlleuse navigation, et furent accueillies, sur le quai de la Basse-Ville, au bruit du canon du fort, par le gouverneur et les officiers de la garnison, par tout le clergé et les principaux citoyens de la colonie. On les conduisit en procession, avec de grandes marques de respect et de réjouissance, à l’église paroissiale, où un Te Deum fut chanté en actions de grâces. Le gouverneur les reçut ensuite au château Saint-Louis, les présenta au clergé et aux principaux citoyens, puis les fit conduire aux résidences qui leur avaient été préparées, les Ursulines à cette petite maison dont nous avons déjà parlé, sur le quai de la Basse-Ville, les Hospitalières à la maison des Cent-Associés, « située en face de la place d'armes, vers l’angle de la rue du Trésor (2). »
Ces Religieuses se trouvaient dans le plus grand dénuement : leur mobilier et leurs provisions n'étaient pas encore arrivés à
(1) Essai historique sur Thury-Harcourt, p. 74.
(2) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, par M. l'abbé Casgrain, p. 80. — « Cette maison devait être située vers l’emplacement de l’église anglicane. » (Journal des Jésuites, p. 7, note de M. Laverdière.)
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Québec; elles n'avaient pas même de lits pour se coucher. Mais elles avaient remarqué dans les rangs du clergé et des citoyens qui étaient venus à leur rencontre, un ecclésiastique qui portait le costume des abbés français, différent un peu de celui des Jésuites; c'était M. Le Sueur : elles le firent demander. « Nous le priâmes, écrit l’annaliste de l’'Hôtel-Dieu, d’avoir la bonté de nous faire apporter quelques branches d'arbres pour nous coucher, ce qu'il fit fort volontiers; mais, ajoute-t-elle, elles se trouvèrent si remplies de chenilles que nous en étions toutes couvertes (1). »
La maison des Cent-Associés, que l’on venait de prêter aux Hospitalières, était un corps de logis assez spacieux, à double étage, et renfermant six chambres. Elles firent subdiviser ces appartements, suivant les besoins de la Communauté. Au rez-dechaussée, une grande salle fut destinée aux malades, une autre pour les offices, et un cabinet pour la supérieure. Au deuxième étage furent placés la chapelle et le chœur, un parloir, et une salle de communauté. Les Jésuites leur prêtèrent un tabernacle où elles eurent la consolation de garder le Saint-Sacrement. En attendant l’arrivée du navire qui portait leurs effets et leurs provisions, et qui n’entra dans le port de Québec que le 15 août, l’agent de la Compagnie leur fournit quelques provisions, et les Jésuites les meubles les plus indispensables et des matelas pour servir de lits.
« Le lendemain de leur installation, dit l'abbé Casgrain, pendant qu’elles étaient occupées à ces premiers arrangements, le P. Le Jeune vint frapper à leur porte, accompagné de M. Le Sueur, ancien curé en Normandie, cet excellent ecclésiastique dont elles avaient réclamé l’assistance le premier soir de leur arrivée.
« Après leur avoir désigné pour confesseur le P. Vimont, le P. Le Jeune leur présenta M. Le Sueur comme chapelain et économe de la communauté. « C'était, disent les chroniques, un « homme fort entendu; il s'était déjà mêlé de nos affaires, ayant « fait défricher nos terres de Sainte-Marie. Nous allâmes les visiter « ce jour-là avec lui; il y avait quelques arpents de bois abattus « où l’on avait semé du blé qui nous parut assez beau... »
M. Le Sueur fut donc le premier chapelain de l’Hôtel-Dieu de Québec; il en fut aussi bientôt le confesseur : et il exerça ces
(1) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, par M. l'abbé Casgrain, p. 76.
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fonctions durant six ou sept ans, à deux reprises différentes : la première fois, de 1639 à 1640, la seconde fois, de 1644 à 1650.
Au printemps de 1640, les Religieuses Hospitalières se décidèrent à quitter Québec pour aller s'établir à Sillery. Durant la construction de leur hôpital, elle se logèrent dans une petite maison près de la Pointe-à-Puiseaux, où M. Le Sueur les suivit et continua de les desservir. Mais lorsqu'’au commencement de l'hiver, elles entrèrent dans leur résidence de Sillery, il ne voulut pas rester plus longtemps si loin de ses chers habitants du coteau Sainte- Geneviève. Il revint chez Jean Bourdon, et fut remplacé par le P. Ménard comme chapelain de l’'Hôtel-Dieu.
Vers la fin de mai 1644, les Hospitalières reprirent le chemin de Québec, où elles devaient se fixer définitivement; et en attendant que leur monastère füt prêt à les recevoir, elles se logèrent dans une pauvre maison de la Basse-Ville, la même probablement qui avait servi de résidence aux Ursulines lors de leur arrivée dans le pays. Puis lorsqu'elles prirent possession, dans le cours de l’automne, de leur monastère à la Haute-Ville, « M. Le Sueur fut nommé pour la seconde fois confesseur et chapelain de la communauté (1); » et il revint chez les Hospitalières.
Il est probable que, malgré la gène considérable où elles se trouvaient, les Religieuses lui donnaient, outre la pension, un modeste traitement : « Notre dépense excédait de beaucoup nos revenus, écrit l’annaliste de l’Hôtel-Dieu. Nous étions cinq religieuses, nous avions un chapelain, quatre pensionnaires, une servante et sept hommes à gages (2). »
M. Le Sueur était un homme de zèle et de piété. La même annaliste lui rend le témoignage qu'il s’acquitta toujours de ses fonctions « avec assiduité et bon exemple. » Mais ce digne prêtre, accoutumé à la vie active du ministère paroissial, devait évidemment se trouver à l’étroit dans les murs d’un hôpital. Il était un
(1) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, par M. l'abbé Casgrain, p. 140.
(2) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, par Sœur Juchereau, dite Sainte- Ignace, p. 67. À Montauban, chez Jerosme Legier, imprimeur du Roy, 1751. — — On sait que le véritable auteur de cette Histoire est la Sœur Duplessis dite Sainte-Hélène, « La Sœur Juchereau a fourni les documents; l’autre a donné la forme et le style. » (Lettres du P. Duplessis, par M. J. Edmond Roy appendice, p. XIV et xvirr.)
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grand amateur de chasse et de pêche (1) : sa nature avait besoin d'exercices violents. Aussi acceptait-il avec joie et empressement de faire quelque excursion dans les environs de Québec pour porter des secours spirituels aux colons qui s’y étaient établis, lorsqu'il en était prié par ses supérieurs. Ceux-ci le remplaçaient alors temporairement à l’hôpital.
M. Gilles Nicolet desservait habituellement Beauport et la côte Beaupré (2). Dans l’automne de 1645, le gouverneur l'ayant emmené avec lui à l’Ile-aux-Oies, on proposa à M. Le Sueur de visiter à sa place la côte Beaupré. « Ce même jour (25 octobre), M. de Saint-Sauveur partit pour Beaupré, dit le P. Lalemant. MM. de la Compagnie (des Cent-Associés) lui donnent 25 écus par an pour y faire quelques voyages et y avoir le soin du spirituel et du temporel; ce qui s’est fait avec notre consentement pour pourvoir cependant de prêtre à l’hôpital. » Puis il ajoute : « Cela ne se fera que pour un an; on mande un autre prêtre en France pour l'hôpital, à la place de M. de Saint-Sauveur (3). »
Ainsi les Jésuites ne trouvaient évidemment pas commode que le chapelain de l'Hôtel-Dieu s’absentât, même temporairement, pour la mission de la côte Beaupré. Ils songeaient à le laisser libre de tout son temps pour cette mission; mais ils ne purent lui trouver de remplaçant à l’'Hôtel-Dieu. 1l resta donc chapelain des Hospitalières, avec la permission de s’absenter de temps en temps pour la mission de la côte Beaupré.
Aussi le voyons-nous, dans l'hiver de 1647, au mois de février, baptiser à la Longue-Pointe, dans la maison de Massé-Joseph Gravelle, qui était établi dans cette localité (4), puis à la Rivièreau-Chien, dans la maison de Robert Drouin (5), des enfants de
(1) « Le 10 mai (1647) se prirent les premiers poissons par M. de Saint-Sauveur, et entr'autres un saumon... » — « Le 18 mai (1648) se prit le premier saumon par M. de Saint-Sauveur... » (Journal des Jésuites, p. 85 et 108). — « Il était, dit M. Ferland, un pêcheur de première force; il pouvait s'exercer à la pêche dans les eaux de Québec, où le poisson de toute espèce abondait alors. » (Notes sur les Registres de N.-D. de Québec).
(2) Jean Nicolet, dans la Revue catholique de Normandie, t. 11, p. 642.
(3) Journal des Jésuites, p. 8.
(4) Acte de mariage de Massé-Joseph Gravelle, 1er mai 1644. (Archives de N.-D. de Québec.)
(5) Carte depuis Kebec jusques au Cap Tourmente, par Jehan Bourdon,
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ces braves colons. Gravelle et Drouin étaient tous deux originaires du Perche, tous deux du diocèse de Séez dont M. Le Sueur faisait partie avant de venir au Canada.
Dans l’automne de la même année, après le départ de M. Gilles Nicolet pour la France (1), M. Le Sueur fait de nouveau la visite de la côte Beaupré. Au Château-Richer, il célèbre le mariage de Mathurin Gagnon et de Françoise Boudeau; et ce mariage a lieu «en la maison du dit Mathurin Gagnon (2). »
Mathurin Gagnon était l’aîné des trois frères Gagnon — les deux autres s’appelaient Jean et Pierre — qui avaient quitté leur pays natal, Tourouvre, au Perche, avant 1640, et s'étaient fixés au Château-Richer, voisins tous les trois les uns des autres, tout près de la Rivière-au-Chien (3). Quoique l'aîné des trois, Mathurin se maria le dernier (4); il eut le bonheur de voir bénir son mariage dans sa propre maison, par son compatriote, M. Le Sueur. Quelle belle fête de famille! quel rêve délicieux, devenu une réalité, que cette réunion de quelques Français de la vieille France célébrant une noce dans les forêts du nouveau monde!
C'était à la fin de septembre. Ceux qui ont visité notre pays à cette époque de l’année savent de quelles merveilleuses couleurs se revêtent alors nos forêts d’érables, de hêtres et de bouleaux. Atteintes par les premières gelées de l'automne, elles se dépouillent de leur vert manteau, et prennent une parure soyeuse, riche et brillante : leur feuillage devient orange, rose, rouge, avec les nuances les plus diverses. M. Le Sueur, descendant en canot de Québec, arrêtait d'étapes en étapes à Beauport, au Saut-Montmoreney, à la Longue-Pointe, au Saut-à-la-Puce, à la Rivière-au- Chien, à la Grand’Rivière, partout où il pouvait avoir quelques colons à visiter. Il dut admirer souvent le spectacle enchanteur de ces belles forêts qui ornaient alors les collines de l’Ile d'Orléans et les falaises de la côte Beaupré.
On a remarqué, sans doute, ce que dit le P. Lalemant, à l’occasion des visites de M. Le Sueur à la côte Beaupré : il n’avait pas à s'occuper seulement du spirituel, mais aussi « du temporel; » c’est-à-dire que la Compagnie des Cent-Associés l’avait prié de
(1) Le 21 octobre. (Journal des Jésuites, p. 95.)
(2) Archives de N.-D. de Québec.
(3) Carte depuis Kebec jusques au Cap Tourmente. (4) Dictionnaire généalogique de Mgr Tanguay.
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s'occuper un peu de la situation matérielle des nouveaux colons, de voir si tout allait bien dans ces nouveaux établissements, si lon y était encouragé, si la colonisation et le défrichement des terres prospéraient; il était chargé sans doute de régler ou de prévenir bien des contestations qui pouvaient s'élever entre ces vaillants colons du Perche et de la Normandie; il devait écouter leurs demandes. leurs réclamations; il devait voir si les intérêts de la Compagnie n'étaient pas lésés quelque part : et de tout cela il devait faire rapport au gouverneur de la colonie. Son rôle était important, et ses aptitudes pour les affaires, reconnues de tout le monde. Le P. Le Jeune, en le conduisant chez les Hospitalières, le leur avait présenté non seulement pour être leur chapelain, mais aussi « pour avoir soin de leur temporel. » Egalement, la Compagnie des Cent-Associés, qui connaissait M. Le Sueur, et avait probablement contribué à le faire venir au Canada, l'avait prié d’avoir soin, dans ses visites à la côte Beaupré, non seulement du spirituel, mais aussi du temporel.
M. Le Sueur continua ses visites annuelles comme missionnaire à la côte Beaupré jusque vers 1650. Quand il rentrait à la ville, il reprenait ses fonctions de chapelain de l'hôpital.
« À la fin de l'automne 1650, écrit l’annaliste de cette maison, M. de Saint-Sauveur sortit de chez nous, et nous restâmes sans chapelain. Les Jésuites nous en fournirent jusqu'à l’année suivante, qu'un prêtre nommé M. Delisle, que nous avions demandé en France à ce dessein, arriva (1). »
M. Bourdon venait, en effet, de construire une chapelle sur le coteau Sainte-Geneviève, non seulement pour sa famille, mais aussi pour toute la population de l'endroit. Avec la permission des Jésuites, M. Le Sueur se chargea de la desservir. Il se chargea également de l'éducation des enfants de son ami Bourdon, qui commençaient à grandir. [l s’attacha définitivement à cette famille, où il avait trouvé l'hospitalité en arrivant au Canada, et qu’il ne devait plus quitter.
En parcourant les anciens registres de la paroisse Notre-Dame
(1) Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, par Sœur Jucherau, p. 87.
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de Québec, on y rencontre assez souvent le nom de M. Le Sueur; on n’y trouve nulle part sa signature. Les actes de baptêmes, mariages et sépultures sont tous rédigés, à la troisième personne, par le Supérieur ou quelque autre Père de la mission; aucun n’est signé. M. Torcapel, le premier curé de Québec nommé par Mgr de Laval, est aussi le premier dont on trouve la signature dans les registres (4 août 1659).
Dans les actes, l’ancien curé de Saint-Sauveur de Thury est désigné tantôt sous le nom de « M. Jean Le Sueur, » tantôt sous celui de « M. Jean Le Sueur dit de Saint-Sauveur, » tantôt enfin sous celui de « M. de Saint-Sauveur. » Jusqu'à l’année 1650, on lui donne le titre de « chapelain des Religieuses Hospitalières, » ou « chapelain de l’Hôtel-Dieu. » A partir de cette date, il n’a plus aucun titre; une seule fois, cependant, il est appelé « prêtre habitué en cette paroisse: » et une autre fois, on lit : « Messire Jean Le Sueur, jadis curé de Saint-Sauveur en Normandie. »
Il a fait peu de baptêmes, et ceux qu'il a faits ont été presque tous célébrés à domicile, lors de ses visites sur la côte Beaupré : in domo Roberti Drouin; in domo dicti Gravelle, etc. Tous les actes, d’ailleurs sont enregistrés à la paroisse de Québec par le Supérieur de la mission.
Mais le bon curé normand consentait quelquefois à être parrain des enfants de ses compatriotes; et il accordait cette faveur, non pas à ceux qui déjà à cette époque trarchaient du grand, mais aux pauvres, aux gens modestes, aux braves et honnêtes bourgeois auxquels il était sûr de faire un grand plaisir en la leur accordant.
Les vieux documents sont éloquents à leur manière : un mot qu'ils nous disent, un détail qu'ils signalent est souvent un trait de lumière qui éclaire une situation, fait connaître un personnage. Ce que les registres de Québec nous disent de M. Le Sueur nous révèle sa grande bonté de cœur, son dévouement à ses compatriotes de France, son attachement spécial à ses chers Normands, et tout particulièrement à ceux de son ancienne paroisse de Thury.
Il y avait sur le coteau Sainte-Geneviève une humble et modeste famille originaire de Thury, celle de Léonard Goujet et Catherine Dufrençois : les deux époux, dont M. Ferland mentionne la présence au Canada, repassèrent probablement en France, car on n’en trouve pas de traces dans nos registres. Mais leur fille, Catherine Goujet, mariée à Nicolas Bonhomme, resta à Québec et
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fut la souche d’une nombreuse postérité. M. Le Sueur avait la charité de visiter souvent cette ancienne paroissienne. Il le faisait surtout lorsqu'elle était malade, et lui prodiguait alors les consolations dont la religion seule a le secret. Il voulut un jour donner à cette pauvre femme un témoignage spécial d'affection. Ayant été obligé, immédiatement après ses couches, d’ondoyer son enfant en danger de mort, il voulut ensuite accompagner cet enfant à l’église et le tenir lui-même sur les fonts baptismaux. La marraine fut Hélène Desportes. Les cérémonies du baptême furent suppléées par le P. Lalemant (1).
Quelques années plus tard, M. Le Sueur, toujours pour faire plaisir à son ancienne paroissienne de Thury, voulut célébrer solennellement lui-même dans la chapelle Saint-Jean le mariage de son fils Guillaume Bonhomme avec Françoise Hachée, de la paroisse de Saint-Eustache de Paris (2). Il avait assisté auparavant à leur contrat de mariage (3); et nous voyons que c’est un service que M. Le Sueur rendit souvent à ses chers Normands : ce qui prouve non seulement l'intérêt qu'il leur portait, mais aussi la confiance que leur inspirait son aptitude pour les affaires : ils voulaient profiter de ses lumières et de ses conseils sages et désintéressés.
Hélène Desportes, qui, avec M. Le Sueur, avait tenu sur les fonts baptismaux l’enfant de Catherine Goujet, était une femme d'un grand mérite, et jouissait de l’estime toute particulière de l’ancien curé de Thury. Elle était veuve de Guillaume Hébert, le fils de Mme Hubou, qui tenait sur le côteau Sainte-Geneviève ce pensionnat de filles sauvages dont nous avons parlé, et elle avait épousé en secondes noces Noël Morin, un honnête artisan de Québec. En 1643, M. Le Sueur baptise une de ses filles, Louise, et il la marie en 1659 à Charles Cloutier, fils de Zacharie Cloutier. En 1652, il est parrain d’un autre enfant de Noël Morin et de Hélène Desportes (4). En 1653, il maria leur fille Agnès à Nicolas Gaudry, originaire de Feings, au Perche; puis enfin, en 1660, il assiste au mariage et aux noces de Joseph Hébert, fils d'Hélène
(4) Acte de baptême de Nicolas Bonhomme, 5 février 1653.
(2) Acte de mariage de Guillaume Bonhomme, 30 octobre 1664. (3) Greffe Duquet.
(4) Acte de baptême de Noël Morin, 12 octobre 1652.