‹ M. Jean le SueurChapitre 5 sur 17 · A ARE · texte numérisé non relu

A ARE

Desportes, issu de son premier mariage avec Guillaume Hébert. Joseph Hébert épousait Marie-Charlotte de Poitiers, originaire d'Amiens, en Picardie (1). Le mariage fut célébré par M. Torcapel; et il eut comme témoins, outre M. Le Sueur et Noël Morin, Denis- Joseph Ruëtte D’Auteuil, Jean Bourdon, et Louis Couillard De L’Espinay, trois des plus honorables citoyens de la colonie.

L'amitié de M. Le Sueur était une bénédiction pour les familles qui en jouissaient. Noël Morin et Hélène Desportes eurent le bonheur de voir un de leur fils, Germain, se consacrer à Dieu dans le sacerdoce. M. Germain Morin est le premier prêtre canadien né dans le pays. Après avoir été secrétaire de Mgr de Laval, il fut ordonné par ce saint évêque, et se dévoua à l’œuvre du Séminaire de Québec.

Une de ses sœurs se fit religieuse dans la communauté de l’Hôtel-Dieu de Montréal. La Sœur Morin a écrit avec beaucoup de talent les annales de cette maison.

Une autre famille de Québec qu'affectionna particulièrement M. Le Sueur, c’est celle de Pierre Soumande et Simone Côté. Pierre Soumande était de la Gascogne : il exerça à Québec le métier de taillandier et parvint à une honnête aisance. Il épousa, dans l’automne de 1649, Simone Côté, fille de Jean Côté, l’un des plus anciens habitants du pays (2). C’est M. Le Sueur lui-même qui bénit leur union, dans l’église paroissiale de Québec, en présence de Jean Bourdon, Jean Juchereau de la Ferté et Martin * Grouvel (3). Treize enfants naquirent de ce mariage. L’ainé eut pour parrain M. Le Sueur (4); il fit ses études au Séminaire de Québec, devint l’un des prêtres les plus remarquables de cette grande institution, s’occupa beaucoup de l'Ecole des arts et métiers de Saint-Joachim ainsi que de la colonisation de Saint-Féréol, et rendit à tout le diocèse des services inappréciables (5). Une de ses sœurs, Louise, se fit religieuse à l’Hôtel-Dieu de Québec, fut

(1) M. Le Sueur assista aussi à leur contrat de mariage. (Greffe Andouart).

(2) « Jean Costé avait un emplacement à l’encoignure de la rue du Trésor et de la rue Buade, côté ouest. Il le donna en dot à sa fille Simone, qui se maria à Pierre Soumande. » (N.-D. de Recouvrance, p. 5.)

(3) Acte de mariage de Pierre Soumande, 16 novembre 1649.

(4) Acte de baptême de Louis Soumande, 49 mai 1652.

(>) Vie de Mgr de Laval, par l'abbé Auguste Gosselin, t. 1, p. 567; t. 11, p. 429.

choisie plus tard par Mgr de Saint-Vallier (1) pour être une des fondatrices de l’'Hôpital-Général, et devint la première supérieure de cette communauté.

Les amis de Jean Bourdon étaient aussi, tout naturellement, ceux de M. Le Sueur. Aussi voyons-nous ce digne prêtre tenir sur les fonts baptismaux, avec Mlle Marguerite Bourdon, les enfants de plusieurs Rouennais, Guillaume Thibault, Pierre Lemieux, Jean Lemire. Avec Mlle Bourdon, il est aussi parrain d’un enfant de Claude L’Archevêque, du pays de Caux, ainsi que de Jean- Charles Cadieu de Courville, fils de Charles Cadieu de Courville et de Michelle-Madeleine Macart, qui avaient établi leur domicile « proche le Saut-de-Montmorency (2). »

De Saint-Sauveur de Thury, son ancienne paroisse, étaient venus les deux frères Le Gardeur, Pierre Le Gardeur de Repentigny (3) et Charles Lé Gardeur de Tilly, avec leur mère Catherine de Cordé (4). Ils étaient passés au Canada en 1636, en même temps que leur beau-frère Jacques Le Neuf de la Poterie (5), citoyen de la ville de Caen : les trois familles formaient quarante-cinq personnes (6).

Nous avons été surpris de ne trouver nulle part, dans les actes de baptêmes ou de mariages, le nom de M. Le Sueur associé à ceux des Le Gardeur, ses anciens paroissiens (7). Ce n'est pas toutefois qu'il n’eût pour eux une sincère estime : et eux la méritaient bien. Voici ce que Marie de l’Incarnation écrivait de M. de Repentigny à l’occasion d’un voyage en France :

« Cest un homme d’une grande oraison, et d’une vertu bien

(1) Deuxième évêque de Québec (1688-1727).

(2) Acte de baptême de François Cadieu, 3 décembre 1673. (Notes sur les Archives de N.-D. de Beauport, par l'abbé Jean Langevin, p. 14.)

(3) Dans les registres de N.-D. de Québec, on trouve, à la date du 17 mars 1637, l’acte de baptême de « Charles, fils de Noble Pierre Le Gardeur, sieur de Repentigny, et de Marie Favery. » En effet, les Le Gardeur étaient nobles. Leur ancêtre, Jean Le Gardeur, sieur de Croisilles, avait été anobli par lettres royales données à Dijon en mai 1510. (Extrait des Registres de la Cour des Aydes en Normandie.)

(4) Elle était veuve de René Le Gardeur, qu’elle avait épousé à Thury en 1582.

(5) Marié à Marguerite Le Gardeur. (Dictionnaire généalogique de Monseigneur Tanguay.)

(6) Relations des Jésuites, 1636, p. 3.

(7) Une seule fois, Charles Le Gardeur assiste comme témoin à un mariage célébré par M. Le Sueur.

VO GIRES

épurée. Sa maison, qui est proche de la nôtre, est réglée comme une maison religieuse. Ses deux filles sont nos pensionnaires : ce sont de jeunes demoiselles qui ont sucé la vertu avec le lait de leur mère, qui est une âme des plus pures que j'aie jamais connues. [l passe en France pour les affaires du pays et de la colonie française (1)... »

M. de Repentigny avait été chargé par un certain nombre des principaux citoyens du Canada, organisés en société, de solliciter le droit de faire la traite avec les Sauvages, ce qui avait été jusque là le privilège exclusif de la Compagnie des Cent-Associés. Ceux-ci consentirent à partager leur privilège avec la Compagnie des Habitants, moyennant certaines conditions. Aussi l’on vit, dès l’année suivante, dans l’automne de 1645, partir de Québec pour la France cinq vaisseaux « chargés de vingt mille livres de castor pesant pour les habitants, et de dix mille pour la Compagnie générale, à une pistole, ou dix ou onze francs la livre (2)... »

M. de Repentigny était amiral de la flotte qui transportait ainsi chaque année en France ces quantités prodigieuses de peaux de castor qui faisaient à cette époque la principale richesse du Canada. On tirait trois coups de canon, du Fort, lorsqu'il prenait congé du gouverneur de la colonie, et trois coups, du magasin, lorsqu'il mettait le pied dans la chaloupe qui devait le conduire à bord du vaisseau : réciproquement tous les navires, levant l'ancre, saluaient le gouverneur (3).

Comme il repassait de France au Canada, au printemps de 1648, la maladie se déclara à bord du navire qu'il montait : il en fut saisi un des premiers, et « enlevé, dit le P. Lalemant, en moins de douze jours, mais avec une bénédiction toute particulière. Sa mort a été précieuse devant Dieu, tant il était solidement résigné à ses volontés (4). »

Les chagrins de famille n’avaient pas manqué à ce bon citoyen, comme on peut s’en convaincre par le petit passage suivant du Journal des Jésuites (5) :

(1) Leltres de Marie de l'Incarnation, édition de l’abbé Richaudeau, t,. 1, p. 228.

(2) Journal des Jésuites, p. 7.

(3) Ibid., p. 8.

(4) Relations des Jésuites, 1648, p. 2.

(5) Journal des Jésuites, p. 68.

(+ 27 PP No 0

Page 1