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épouse, comme une autre faille ; là, il a consolé tant de douleurs, allégé tant de souffrances, secouru tant de misères, béni tant d’unions, élevé tant d'enfants, administré tant de vieillards, jeté l’eau bénite sur tant de tombes, que son âme s’est mêlée, identifiée, fondue pour ainsi dire dans toutes les émotions de ceux qu’il appelait ses enfants et ses frères... ; aussi, quand il lui faut, par obéissance à ses chefs, se séparer de son troupeau, il y a déchirement, ”
À ce sujet, qu’il nous soit permis de mettre sous les yeux du lecteur une autre page du même auteur. (1).
‘ Le curé d’Etretat avait reçu l’ordre de l’Archevêque ; le jour de son départ était fixé ; il monta en chaire, et dans le prône du dimanche fit ses adieux à ses paroissiens. La voix du prêtre tremblait d'émotion, et chaque fois qu'il venair à prononcer les mots de frères et d'enfants, il sentait des larmes lui venir aux yeux. Ces enfants, ces frères, c'était le lendemain qu’il allait les quitter. Si celui qui allait partir était ému, ceux qui recevaient ses adieux l’étaient aussi. Dans toute l'assistance, pas un cœur froid, pas un œil sec ; jeunes et vieux, petits et grands, riches et pauvres, tous auraient voulu retenir leur bon curé.
‘“ Après lasgrand’ messe, il y avait foule au presbytère, et là, les anciens, les hommes influents de la paroisse, apprirent, de la vieille gouvernante, l'heure à laquelle M. le curé devait partir. ‘ C’est bon, dirent-ils, nous lui ferons la conduite.
€ Quand ils furent tous éloignés, la fidèle Marthe apprit à son maître que, le lendemain, toute la paroisse serait debout pour le conduire jusqu'aux limites de la commune,
‘ Pour leur éviter cette peine, pour ne pas les déranger de leurs travaux, dans ce moment de pêche, je partirai à
(1) Le vicomte Walsh, Souvenirs et Impressions de Voyages, pp. 319, 320, etc.
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quatre heures du matin, au lieu de partir à six, et quand ils viendront, vous leur direz, Marthe, que, pour éviter le déchirement de nouveaux adieux, je suis parti avant le
jour, et que ma dernière messe a été dite pour eux. ”
‘Je ne sais si Marthe a été indiscrète, si elle a redit à quelques-uns les projets du curé, mais le lundi, dès la petite pointe du jour, le presbytère était entouré d’une multitude d'hommes et de femmes. En voyant tout ce monde, le prêtre eût été contrarié, s’il n'avait été touché de cet empressement...….. En passant au milieu de cette foule, il leur montra l’église, et leur dit: ‘ C’est là qu'il faut que j'aille chercher de la force et de la résignation. ”
“ L'église fut bientôt pleine ; plus d’une fois pendant la messe, le curé, en se retournant du côté des fidèles et en leur donnant la paix du Seigneur, sentit ses genoux trembler. Le moment de la séparation était venu ; les infirmes, les malades, les aveugles, les estropiés, ceux qu. ne pouvaient marcher, étaient rassemblés sous le porche, et plusieurs s’écrièrent : ‘“ Vous nous abandonnez, qu’allons-nous devenir ? ”
— Mes enfants, je pars, mais Dieu reste avec vous, et le pasteur qui va venir vous «imera comme je vous ai aimés,
“ Pour sortir d’Etretat, pour gagner la plaine de Saint- Jouin, la côte est raide et dure; cependant les vieillards, les femmes, les enfants accompagnaient tous le curé, qui marchait en tête de ce touchant cortége. Les anciens de la paroisse, les marguilliers, étaient les plus rapprochés de lui. Sur le haut de la côte s'élève une croix de pierre portée sur quelques marches de granit; là, le curé monta, et, se retournant du côté de la multitude qui l'avait suivi, ii demanda à haute voix :
“ Mes amis, mes enfants, me regardez-vous toujours comme votre père ? ”
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— Oui, oui, répondirent des centaines de voix.
— Eh bien! on doit obéir à son père, m'obéirez-vous ?
— Oui, oui, crièrent les mêmes voix.
— Alors, séparons-nous ici ; obéissants à mon dernier ordre, redescendez au village, et maintenant que je suis arrivé à la plaine, laïissez-moi cheminer seul. Me séparer tout à fait de vous tous m'est un pénible sacrifice ; je le fais au
pied de la croix... . Mes enfants, cette croix nous donne à tous rendez-vous dans une céleste patrie où il n’y aura. plus de départs !...... adieu ! adieu !.....
— Bénissez-nous! cria la foule.
‘ Des marches du calvaire, les yeux pleins de larmes, les mains élevées et étendues, le prêtre bénit ainsi la foule agenouillée dans le chemin :
‘ Que le Dieu qui mûrit les moissons bénisse vos récoltes |
‘ Que le Dieu qui commande aux flots, les arrête au seuil de vos demeures !
‘“ Que le Dieu qui rendit, par un miracle, la pêche de ses apôtres abondante, emplisse vos filets!
‘ Que le Dieu qui donne la pâture aux petits des oiseaux, donne toujours, par les mains de la charité, du pain à vos pauvres |
‘ Que le Dieu qui aime les saintes amitiés, rende celle qui existe entre vous et moi durable et forte, malgré notre
séparation... Mes enfants, priez pour moi, comme je prierai pour vous.
‘€ C'était avec ces paroles que le ministre de Dieu bénissait ceux dont il s’éloignait, et pendant cette bénédiction, Jes malades et les infirmes, qui étaient restés sous le porche de l’église, sonnaient les cloches, comme pour répondre à sa. voix,