‹ M. l'abbé François Pilote, curé de Saint-Augustin (Portneuf) [microforme]Chapitre 12 sur 17 · IX · texte numérisé non relu

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“ Souvent, quand on raconte, on sent l'insuffisance des mots; on voudrait être peintre, avoir une toile, des couleurs, des pinceaux, et pouvoir faire un tableau vrai, de ce que l’on ne dit pas comme on voudrait le dire.

“Figurez-vous, debout sur les marches du calvaire rustique, au pied de la croix, le jeune prêtre, les bras levés, les mains étendues, bénissant la foule des pêcheurs, des paysans agenouillés sur le chemin avec leurs femmes et leurs filles. Les petits enfants sont venus se grouper tout à côté du curé, leur meilleur ami, qui répétait sans cesse comme son divin Maître: ‘“ Laissez, laissez les petits enfants venir jus-

“qu'à moi. ”

‘ Puis, au bas de la côte, sur le rivage, entre les galets et les prairies, le petit village d’Etretat avec sa vieille église et son cimetière tout hérissé de croix mortuaires; au delà, la vaste, la majestueuse mer |

N'y a-til pas là de quoi inspirer un peintre ? ”

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Il ne nous reste plus qu'à parler de M. Pilote comme écrivain, après l'avoir vu à l’œuvre en sa qualité de deuxième fondateur du collége de Sainte-Anne et de curé de la paroisse de Saint-Augustin.

Au collége, durant les 34 ans qu'il y est demeuré, c’est M. Pilote qui était chargé de faire toutes les écritures destinées au public, comme comptes-rendus, rapports, programmes, documents nécessaires, soit à la défense du col-

* lége et à celle de l’école d'agriculture, ou bien propres à

faire connaître, sous leur vrai jour, ces deux institutions dont l’éxistence était si chère au cœur de ce prêtre dévoué. Lorsque la calomnie s’est attaquée à lui personnellement, il n’a même pas daigné répondre ; mais s’agissait-il du collége ou de l’école d'agriculture, on le voyait aussitôt les défendre de sa plume, dans ce style clair et concis qui lui

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est particulier, Placé sur un autre théâtre, M. Pilote serait devenu un jouteur redoutable, un polémiste distingué. Ceux qui ont voulu se mesurer avec lui, lui ont rendu ce témoignage : qu’il avait le respect de ses adversaires et l'amour de la polémique ou dispute scientifique et honnête,

Il est, de plus, né observateur minutieux, autre qualité importante du bon écrivain. Ajoutons à cela une grande connaissance des hommes et des choses de son temps; une intelligence supérieure ; des études profondes et solides, et, pour compléter ce tableau, un amour vrai, sincère et constant de son pays et de la religion dont il a été le ministre irréprochable,

M. Pilote s'est montré, en tout temps, l'ami dévoué des travaux agricoles. Tout jeune, il avait compris que l'agriculture était notre sauve-garde, notre ancre de salut, la source la plus pure de notre prospérité nationale. Il savait aussi que cet art honorable était l'ennemi naturel de l’émigration de nos compatriotes aux Etats-Unis, cette plaie profonde et hideuse de notre pays. “ Emparons-nous du sol!” fut toujours pour cet ami du laboureur une devise sacrée qu'il aimait à répéter dans ses nombreux écrits sur l’agronomie,

Si l’on veut se convaincre de la profondeur de ses connaissances en agriculture théorique et pratique, que l'on relise ses nombreux rapports publiés sur les journaux et sous forme de brochures, à partir de 1859, Qu'on relise surtout le travail intitulé : “ Les écoles d'agriculture de la province de Québec vengées. ” C’est une réponse victorieuse à l’ “ Etude sur l'éducation agricole, ” par l'hon. Louis Beaubien, On est surpris, en lisant cette réponse, de voir un prêtre dont la vie s’est passée derrière les quatre murs d’un collége, occupé à enseigner la théologie, à remplir les fonctions multiples de supérieur, directsur, économe,

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etc. ; occupé à la surveillance et la direction des travaux énormes de construction qui se sont faits au collége de Sainte-Anne, de 1841 à 1870 ; on est surpris, disonsnous, de voir cet homme traiter avec tant de science la question de l’agricu:ture au double point de vue de la thécrie et de la pratique. La surprise provoque tout naturellement cette question : ‘ Où et quand ce prêtre, déjà surchargé de travail, a-t-il pris ces connaissances en agro: nomie ?

L'école d'agriculture de Sainte-Anne, comme toutes les œuvres utiles, a eu ses ennemis, ses détracteurs, plus ou moins sérieux, plus ou moins habiles.

‘ La langue du détracteur est un feu dévorant, ” a dit Massillon. Sur ce feu dévorant, M. Pilote jetait une eau tellement froide, que le feu ne se rallumait plus de ce côté; ou, si l’on veut, ceux qui ont attaqué les œuvres chères à ce prêtre agronome, n’ont pas eu le courage de revenir à la charge : une première réponse leur a toujours suffi. Ils se sont retirés sans tambour ni trompette de la dispute qu’ils avaient provoquée.

Au nombre de ces réponses, on peut placer celle que fit M. Pilote, en 1868, à “ M. Cléophe Cimon, ci-devant député de Charlevoix. ” Ce monsieur, poussé par un ressort qu'il n’osait avouer, avait porté contre l’école d'agriculture de Sainte-Anne des accusations tombant dans la catégorie des accusations en l'air. La réponse digne, motivée, appuyée sur des statistiques, ne se fit pas attendre et prouva à M. Cimon une chose qu’il devait apprendre à ses dépens: c'est qu’un détracteur se détracte lui-même par le seul fait qu'il détracte. Nous donnons ici un extrait de cette belle réplique publiée en brochure.

‘€ Tous les étrangers qui nous ont fait l'honneur d’une visite, n’ont jamais manqué de nous donner les témoignages

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les plus flatteurs. Quand il y a eu des critiques, ils se sont: toujours trouvés parmi ceux qui n’ont jamais daigné ni voir, ni lire ce qui s’est fait ici. Etrangers, par calcul ou autrement, à tout ce qui se passe depuis huit ans à Sainte- Aune, ils n'ont pas la moindre idée de l’excellente organisation de l’enseignement et de la pratique agricole à laquelle nous sommes arrivés après des essais laborieux et pénibles.

‘ Si, avant de nous faire donner ce rude soufflet, on eût pris la peine de lire quelques-uns de nos rapports, ou mieux de venir se renseigner sur les lieux, ou même de questionner à distance une seule personne attachée à l'établissement, on aurait connu la vérité, et on nous eût ménagé cette humiliation. C’est ainsi que, par un seul trait de plume, on fait bon marché des sacrifices énormes de temps, de patience, de repos et d'argent qu’il a fallu faire pour créer une institution capable de rendre les plus importants services, si elle recevait du Gouvernement l’encouragement auquel elle a droit. Et c’est au moment où cette même institution reçoit trois distinctions honorifiques de la part du jury international de l'Exposition universelle de Paris, que M. Cimon vient déclarer que nos écoles (il n’a pas osé dire notre école) ne sont pas ce qu’il faut pour régénérer l'agriculture canadienne, ‘ parce que le système qu’on y enseigne est trop dispendieux. ” Entre M. Cimon et le verdict du jury international, le public saura bien faire une différence.

“ De telles misères usent vite les hommes. Mais si les hommes passent, la vérité reste. Elle finit toujours par prévaloir. Si quelques contemporains sont ingrats, la postérité reconnaissante saura bien leur mettre au front une marque qui les fera reconnaître. ”

Le travail le plus important de M. Pilote est son livre ayant pour titre: ‘ Le Saguenay en 1851; le passé, le

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présent et l'avenir du Haut-Saguenay, au point de vue de la colonisation, ” ayant pour épigraphe : ‘ Emparons-nous du sol, si nous voulons conserver notre nationalité ! ”

On ne saurait être l’ami de l’agriculture sans être, en même temps, l'ami de la colonisation. C’est pourquoi M. Pilote écrivait, dans les observations préliminaires de son livre :

& C'est donc un service à rendre à la colonisation du Saguenay que de réunir, dans un certain ordre, tous les renseignements possibles. Cette tâche, plusieurs amis de l’œuvre nous l’ont imposée. La nouveauté du sujet, l’inexpérience, et le peu de temps que nons avions à y mettre, nous faisaient un devoir de refuser, Mais, d’un autre côté, la juste déférence due à la demande d’un haut fonctionpaire, ami sincère de la colonisation, et l'urgence de faire mieux connaître au public tous les avantages du Haut Saguenay, surtout dans un temps où des Canadiens, mus par on ne sait quel esprit, font tant d'efforts pour dépeupler le Bas-Canada, au profit des Illinois, malgré d’hypocrites protestations de ne vouloir conseiller à personne de quitter le Canada ; toutes ces raisons nous ont forcé de ‘céder à de très légitimes répugnances. Le lecteur voudra donc bien se montrer indulgent. ”?

Ce livre renferme des détails très intéressants et fort importants sur les premiers missionnaires du Saguenay : les RR. PP, de Crépieul, Druillet, Dablon, Albanel, Cocquart et Labrosse. Nous ne pouvons résister au désir de reproduire une autre page de ce travail précieux, et où l’auteur a parlé de l’avenir de la vallée du lac Saint Jean d’une manière prophétique. En 1851, ces vues au sujet d’un pays presque ignoré ont dû paraître exagérées ou comme les rêves d’une imagination portée à l'optimisme. Cependant, tous ces rêves d'il y a trente-quatre ans se sont réalisés à la

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lettre, et plût à Dieu que les écrivains eussent tous le don de rêver de cette manière !

Voici cet extrait :

‘“ A quelques pas du bassin de la rivière Chicoutimi, l'on voit encore la vieille chapelle de la Mission sur le penchant d’une colline qui commande la vue à une assez grande distance, ayant le bassin à droite et la rivière Sa. guenay à gauche. On a cessé d’y faire les saints offices depuis 1849. II était temps. Les cent et quelques années qui pèsent sur elle l’auront bientôt écrasée. En 1850, son vieux clocher fortement incliné du côté du portail, menaçait de s’abattre sur quiconque voulait entrer. C’est une vieille relique pleine de touchants souvenirs. Elle rappelle une époque qui, sans être ancienne, semble déjà bien loin de nous, tant on l’a oubliée. Tous les étrangers qui vont à Chicoutimi ainsi qu'à Tadoussac, à peine débarqués, courent vite au poste, voir l’ancienne chapelle, le cimetière, le jardin, etc. Ceux qui connaissent quelque chose des anciennes missions du Canada, quelles que soient leurs croyances religieuses, ne manquent pas de mettre dans leurs sacs de voyage quelques fragments de pierre ou autres objets comme souvenirs. La pierre tumulaire du Père Cocquart, mort à Chicoutimi en 1771 (1), n'existait plus qu’en morceaux, sur lesquels on distinguait des lettres incrustées, et qui avaient appartenu à des mots latins. Les capitaines de vaisseaux et autres étrangers, ont ramassé avec avidité ces divers fragments. M. de Puibusque, écrivain français, et grand amateur d’antiquités canadiennes, en reçut les deruiers morceaux de M. le curé de Chicoutimi, il y a trois ou quatre ans. (l’est ainsi que des étrangers viennent de plus de mille lieues nous apprendre à donner quelque attention à des souvenirs qui devraient pourtant

(1) Ou en 1766 suivant la liste chronologique etc., de 1E34.

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nous être bien chers. Profiterons-nous de la leçon ? Il est bien tard maintenant que tous les registres, livres d'église, tableaux, pierres gravées, etc., ont été perdus, abandonnés sans souci dans les chapelles et sacristies ouvertes au premier venu, Quelques débris ont pourtant échappé à ce honteux gaspillage, et sont en mains sûres. Espérons que ces vieux mémoires ne resteront pas longtemps une lettre morte. ”

Encore un mot au sujet du livre de M. Pilote, et nous avons fini.

L'histoire du Haut-Saguenay, en 1851, ne pouvait se faire sans parler des travaux accomplis là par deux prêtres dont les noms vivront toujours sur les bords du lac Saint- Jean. Ces noms sont ceux de M. A.-F. Boucher, curé alors de la paroisse de Saint-Ambroiïse, et de M. N.-T. Hébert, alors curé de Saint-Pascal de Kamouraska. Ces deux grands amis de la colonisation et, par là-même, de leur pays, ont poussé le dévoñment jusqu’à l’héroïsme. En lisant le récit de leurs travaux, de leurs peines ct de leurs fatigues, on se demande comment ils ont pu endurer autant de misère sans succomber. Le patriotisme qui s'inspire de la Religion a pu seul enfanter autant de courage et d’abnégation.

Comme souvenir de reconnaissance bien méritée, on a donné à la plus belle paroisse de la vallée du lac Saint-Jean Je nom de son fondateur : Hébertville.

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