CONCLUSION
M. Pilote est donc un prêtre qui forme une belle figure dans l’histoire ecclésiastique de notre pays. Les différentes positions qu’il a occupées au collége de Sainte-Anne, durant plus d’un tiers de siècle, les travaux importants et énormes qu’il y a accomplis, ont fait de lui un des bienfaiteurs distingués de la haute éducation. L’axiome : Zn labore requies,
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semble avoir été fait pour lui. C’est ainsi qu’arrivé à l’âge où d’autres demandent le repos, il voulut encore doter sa
paroisse d’une maison d'éducation : le couvent de Saint- Augustin.
La fondation de l’école d'agriculture et de la ferme-modèle qui en dépend ; l’établissement de la Gazette des Campagnes ; ses nombreux écrits en faveur de l’agriculture théorique et pratique et de la colonisation, ont contribué à ajouter à son premier titre de bienfaiteur de l'éducation cet autre titre non moins beau: ami sincère et dévoué de la classe agricole.
Comme tous ceux qui travaillent dans l'intérêt de la religion et de la patrie, il a rencontré des contrariéiés, mais il s’en est vite consolé, car il n’attendait rien des hommes. Il a travaillé le regard tourné vers Celui qui paie au centuple même un verre d’eau donné en son nom.
La meilleure réponse que l’on puisse faire aux accusations injustes portées contre lui par la malveillance et la jalousie, ou par les nains de son époque, c’est que le collége de Sainte-Anne, qui devait trouver la ruine dans l’acquisition des terres achetées par M. Pilote, est, à l’heure actuelle, une des maisons d'éducation les plus prospères du pays, et qu'il doit sa prospérité, en grande partie, à ces mêmes terres, C’est pourquoi le nom ‘de ce prêtre vivra, lorsqu'on aura oublié, depuis longtemps, celui de ses détracteurs.
Québec, le 5 mai 1885.
Correspondance avec le Docteur Meilleur, surintendant de l'Education.
LETTRE ÎÈRE.
Collége de Ste-Anne, 5 janvier 1844.
Mon cher Monsieur,
La dernière malle m'a apporté votre circulaire du 18 décembre dernier, Déjà, depuis plusieurs semaines, une copie de votre Rapport sur l'Education et celle d’un autre document, coté No. 3, C., que vous aviez eu l’obligeance de m'envoyer, étaient parvenues à leur adresse. Malheureusement, j'étais absent du collége. La maladie, ou plutôt un état d'épuisement et de faiblesse générale, m'a forcé de m'éloigner quelque temps des affaires pour reprendre un peu de forces. Aujourd’hui de retour, quoique bien faible encore, j éprouve un grand plaisir à vous écrire pour vous remercier de votre attention, qui me fournit en même temps l'occasion de vous faire part, si vous l’agréez encore, de quelques réflexions sur 1: sujet important qui fait l’objet de vos louables travaux. Ce n’est pas que j'attache un grand prix à mes propres idées, qui du reste s'accordent. assez avec les vôtres, mais c’est plutôt pour obéir au désir que vous m'avez déjà plusieurs fois manifesté. Je le ferai avec d'autant plus de confiance, et avec d'autant moins d’apprêt, que cette correspondance toute amicale n'aura aucun caractère officiel, soit du département que je dirige, soit du corps auquel j'ai l'honneur d’appartenir, et que, d’ailleurs, elle ne verra probablement jamais le grand jour.
Aujourd’hui, je n'ai ui le temps ni les forces de répondre à votre désir comme au mien. Je me contenterai sculement de vous dire, sans flatterie aucrne, que je concours pleinement aux louanges que les Mélanges Religieux ont données
à votre Rapport en le publiant par parties. Je n'ai encore eu que le temps-de lire ces extraits; mais cette lecture me sufñit pour me convaincre que la charge importante de Surintendant de l'Education ne pouvait tomber en de meilleures mains que les vôtres. Je m'en réjouis bien sincère. ment, dans l'intérêt de l'Education à laquelle d’autres liens m'attachent aussi moi-même,
Lerrre 24e AU De Mercier.
Collége de Ste-Anne, 5 avril 1844.
Mco cher Monsieur,
Depuis longtemps je veux répondre à votre bonne lettre du 2 mars. Votre correspondance m'honore trop pour que je la néglige. Mais l’état d’épuisement où je suis tombé tout à coup, l’automne dernier, m’interdit encore toute occupation sérieuse et suivie, Je vais toutefois tâcher de remplir, aujourd'hui, ce que je regarde, avec raison, comme un devoir, tout en me procurant à moi-même une douce satisfaction. |
Les réflexions que je vous ai promises sur l'éducation ne s’arrêtaient pas au mécanisme à l’aide duquel on cherche, avec un zèle si louable, à en répandre les bienfaits parmi toutes les classes de la société. Je voulais reprendre les choses de plus loin. La lecture de plusieurs écrivains célèbres tels que De Bonald, Laurentie, Lamennais, De Maistre, D'Exauvillez et autres qui, sur l'éducation comme sur bien d’autres sujets, ont écrit des pages immortelles, cette lecture, dis-je, avait fait sur moi une impression profonde que je voulais soumettre à votre méditation. Mais je n'en ai pas la force. Je me permettrai seulement quelques réflexions sur le nouveau projet de loi Le dans la dernière session. Je regrette beaucoup de n’en avoir lu qu'une aësez courte analyse dans les gazettes de l’automne dernier,
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n'ayant pas eu l'avantage, comme d’autres, d'en recevoir une copie de la part du représentant de notre comté. C’est pourquoi, s’il y a dans mes paroles quelque chose d’irrégulier, vous voudrez bien vous ressouvenir que je parle de mémoire, D'abord la taxe. Comme vous, je la crois indispensable, sans toutefois me dissimuler ses nombreux inconvénients. Toute la difficulté est de trouver le meilleur principe d’après lequel on puisse la prélever. Ce principe ou cetté base de la taxe doït être non-seulement juste en théorie, maïs encore efficace en pratique. De tous les moyens indiqués dans votre Rapport, page 19, celui de taxer les en-
. fants de 5 ans à 14 me paraît préférable, parce qu'ils sont
l'objet immédiat de la taxe. La somme de 30 soùs par chaque enfant, quoique bien modique sans doute, est peutêtre encore un peu forte. D’après votre calcul, basé sur la population de 1831, le montant de cette taxe, supposée de 30 sous par tête, produirait plus de £69,000. Aujourd’hui, cette même taxe s'élèverait, je pense, à £80,000 au moins, vu l'augmentation considérable de la population. Je ne parle point de la déduction à faire à cause des enfants pauvres, cet inconvénient est commun à presque tous les systèmes de taxation. J’avouerai sans peine que la taxe des revenus nets à laquelle vous donnez la préférence est en réalité la plus équitable en spéculation, parce que celui qui possède davantage doit payer davantage pour l'éducation dont il a plus de besoin à cause de ses biens. Mais, dans is pratique, c'est autre chose. Le riche consentira-t-il à payer pour l'instruction du pauvre? Cette taxe n'excitera-t-elle pas un mécontentement général, une opposition d'autant plus forte qu’elle sera plus soutenue ? Ne trouvez-vous pas les plus graves inconvénients à forcer ainsi chaque propriétaire à soumettre à un agent de taxe souvent envieux ou mal disposé, un état circonstancié de ses revenus et de ses
dettes ? Que d’infidélités à craindre dans de tels exposés ? Que de précautions à prendre pour les prévenir ? etc., etc.
Le système de la capitation par chaque enfant est bien plus simple. L’étendue d’une lettre ne me permet pas d'en dire plus sur ce sujet.
Le second point sur lequel je prendrai la liberté de vous dire quelque chose, est cette sorte de fusion de diverses croyances que l’on tâche d'effectuer dans les mêmes écoles. Il faut convenir que tous ces ménagements, ces concessions forcées, ces pis aller auxquels on est forcé d’avoir recours dans ce système, n'ont pas peu contribué à paralyser le bon effet attendu du dernier acte d'éducation, comme de ses devanciers. J’avouerai qu’il y a là un pas glissant, une
question très délis. ‘+, puisqu'il s’agit de ménager des intérêts opposés, incompatibles: intérêts de conscience auxquels la loi ne peut porter atteinte. Mais, direz vous, que faire dans un pays mixte ? Le voici : Dans un pays comme le nôtre, où la loi est en général si favorable à l’esprit d’association, pourquoi, quand il s’agit d'éducation, ne pourrait-on pas attendre de sa part cette protection qu'elle accorde si libéralement et sous toutes les form s au commerce, à l’agriculture et aux arts en général. Le législateur avec toutes ces combinaisons forcées, cette complication de rouages sans proportion naturelle les uns avec les autres, n’obtiendra jamais l’heureux résultat qu'il attend. Il pourra bien créer un système matériellement uniforme, mais qui ne donnera jamais au peuple l'éducation qui lui convient le mieux, celle dont il a le plus de besoin. Il y aura toujours quelque part excès ou défaut, surabondance ou disette.
Le nouveau projet de loi paraît mettre l'éducation dans chaque comté sous le contrôle trop immédiat de la municipalité, malgré vos suggestions réitérées, Veut-on diriger
l'éducation à peu près comme on règle les travaux publics, ou bien encore l'administrer, comme on administre les affaires municipales? Ce n’est pas que je prétende isoler les écoles, ou les rendre indépendantes de tout contrôle raisonnable, A Dieu ne plaise ! Le gouvernement qui fournit une partie de l'argent, a bien le droit de prendre connaissance de la manière dont il est employé. La municipalité de chaque comté peut aussi raisonnablement réclamer une petite part dans l'établissement des écoles, non pour les entraver, mais seulement pour rendre le prélèvement de la taxe plus efficace et plus prompt, avec le droit de prendre une connaissauce générale de l’état des écoles de sa juridietion, en ajoutant, si vous voulez, le pouvoir de juger les petites affaires de ménage, en cas d'appel. Mais liberté entière pour tout le reste aux syndics, ou commissaires des écoles de chaque localité. Protection égale de la loi en faveur de toute secte religieuse qui voudra avoir une école à part, suivant ses principes, pourvu qu’elle soit en nombre sufsant, ce qui serait facile à déterminer. Cette sage et libérale disposition dans une loi, la rendrait agréable à tous les partis qui y trouveraient une protection assurée. . Une telle loi cesserait d’être suspecte. On n’entendrait plus crier à l'intolérance. Le parti, dont un journal anglais de Montréal s'était fait l'organe, l’automue dernier, ne jetterait plus de cris d’alarmes disant que le ll de M. M... livre le parti anglais ou protestant à la discrétion des catholiques romains. C'était pourtant le dernier reproche à faire à l’œuvre de M. M......., car il était difficile de concilier avec plus de désintéressement, de ménager avec plus de talent des intérêts si opposés. Mais la théorie doit céder le pas à l’expérience. Il faut prendre notre état de société pour ce qu'il est. Ce qu'on aura forcément concédé à un parti le sera toujours aux dépens de l’autre. Ainsi il y aura toujours
des mécontents. Et ‘sur ce chapitre, lés hoinimes sont trop: chatouilleux pour les froisser sans danger. Je:sais que le dernier bill reconnaît des écoles de minorité; mais ‘cette concession faite ad duritiem cordis n’est pas assez étendue. La loi des écoles devrait même être basée sur un principe qui reconnaîtrait les écoles de ‘chaque religion, en les sou mettant à des règlés à peu près uniformes, quant à la manière de rendre compte de l'argent, etc., ete. Nos lois antérieures se sont trop étudiées à exclure des écoles le caractère religieux que porte nécessairement avec soi l'éducation. Je sais que la pratique contraire a aussi ses inconvénients. Mais il n’y a rien de parfait dans ce bas monde. Tous les systèmes ont leurs inconvénients. Le meilleur est celui qui en a le moins. Je n’ai pas besoin de dire que, par école de minorité, je n’entends nullement les subdivisions d'écoles parmi les hommes de même croyance, mais seulement quand il s’agit de sectes différentes. Ainsi donc, je ne demande autre chose que liberté et protection égales pour les écoles de toute secte qui voudra instruire ses enfants suivant ses principes. Ce n’est pas que je veuille faire de chaque école une assemblée purement religieuse; ce serait un très grand mal qu’il faudrait prévenir. Mais je trouve injuste et intolérant de forcer des pères de famille à envoyer leurs enfants s’instruire dans des écoles dirigées par des maîtres d’une croyance différente. Il est dangereux de froisser ce droit du père. Vous me direz que‘l'on prévient cet inconvénient en empêchant l’enseignement du dogme, etc. ; mais on aura beau faire ‘et beau dire, le mal subsister» toujours, tant le éaractère religieux est inséparable de l'éducation.
J'ai dit qu'il fallait laisser aux syndics ou commissairés une graride liberté dans la régie des écoles; qu'il fallait-lés iettre le moins possible en contact avec la münicipalité, Wfin.que léur'action fût plus prompte, ete. J'ajoute mainte-
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