‹ M. l'abbé François Pilote, curé de Saint-Augustin (Portneuf) [microforme]Chapitre 14 sur 17 · PS · texte numérisé non relu

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mant qu'il ne faut pas les mettre en trop grand nombre. ‘Cinq commissairés ou sept feront moins d'ouvrage que trois.

L'expérience le prouve assez. On devrait s’en tenir là. Sur an 8i grand nombre, il y a toujours des hommes ignorants, indifférents où mal disposés. Le reste éntravé U'u gêné, se ‘dégoûte et se contente de gémir sans rien faire, oune fait

‘que le quod justum, comptant pour le surplus sur son voisin,

‘qui lui-même se repose sur un troisième, celui-ci sur un quatrième, etc. Il est à regretter que ces hommes de cabinet, si babiles ailleurs et si dévoués, n’aient pas à mettre euxtiêmes à exécution des lois trop sages en théorie. Ils comprendraient sans peine qu’une loi doit être faite pour le peuple, mais qu'on ne f*‘+ pas le peuple pour la loi. Pour en revenir aux commissaires d'école, je pense donc que trois pour chsque paroisse sufiraient; deux étant élus chaque année et le troisième étant de droit le curé ou ministre du culte. L'élection du curé est sujette aux plus ‘graves inconvénients. Humiliation pour lui de se voir bal- ‘lotté dans une assemblée publique avec un protestant qui aura le dessus, comme à la Pointe-Lévis, ou avec un intrigant qui criera à tue-tête que M. le Curé est trop vieux ou qu'il ne fait pas grand’ chose pour l'éducation, pendant qu'il soutient et encourage presque seul plusieurs écoles, comme à St-Jean ; ou bien on le mettra sur les rangs avet ‘son servant de messe, comme à l’Islet, Quoi! dans un paÿÿ (je parle du Bas-Canada seulement pour lequel le dernier projet a été rédigé) où les trois quarts sont catholiques, où tous les sacrifices imaginables en faveur de l'éducation ‘üft été faits par le clergé, où tant d'établissements ont été fondés et même dotés par lui, où à l'heure qu'il est, le peu d'écoles que nous trouvons dans les eampagnes, ont été établiés ‘et sont journellément encouragées par les curés, malgré l’apathie très prononcée et trop souvent l'opposition

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de cette traînée de commissaires que la loi leur a associés ; dans un pays, disje, comme le Bas Canada où l’on trouve tous ces faits et bien d’autres, s’agit:il d’une loi pour l'éducation, il n’est pas plus question du clergé que s’il n'avait jamais riectfait ou s'il ne pouvait rien faire! On lui laisse courir,sa Chance d'élection tout comme le premier venu, ou bien, si l’on daigne faire mention de lui, c'est seulement pour lui donner, en commun avec un juge à paix ou un colonel de milice qui peut-être refuseront d'envoyer leurs enfants à l’école, un droit de surveillance générale, y compris le droit de faire rapport au Surintendant chaque année ! Comme si le Prêtre n’avait pas déjà ce droit en sa qualité de curé! Remarquez le principe d’où je suis parti; je ne voudrais pas forcer la minorité d’une population, supposé qu’elle différât de croyance, à fréquenter les écoles de la majorité. Non.

‘On avait raison, lors de la passation du bill actuel en 1841, de dire qu'une loi générale pour les deux provinces ne devait pas favoriser exclusivement la majorité d'aucune religion, parce qu’une telle loi, injuste en elle-même, serait contre les catholiques dans les localités où ils seraient en minorité. On avait raison alors, parce qu’il n'était point question des écoles de minorité, auxquelles on n’eut recours que vers la fin de la discussion du projet devenu loi depuis. Je m'en rappelle fort bien, étant sur les lieux mêmes à Kingston. Aujourd'hui, cette raison n’a plus de valeur; et, dans mon hypothèse, chaque religion ayant droit d’avoir son école, et pouvant compter sur une protection égale, il n’y a plus de difficultés.

Pardonnez-moi toutes ces réflexions confiées à votre amitié seule. Jetées à la hâte sur le papier, elles pourraient vous paraître exagérées, incohérentes ou portant à faux. Mais de grâce laissez la forme, pour bien saisir le fond.

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Une conviction intime, fruit de longues méditations jointes à un peu d'expérience, m'a fait un devoir de vous communiquer toute ma pensée. Si j'ai été un peu loin, c’est pour avoir trop compté sur votre indulgence, Vos services passés et votre dévouement à toute épreuve me donnaient une sorte de droit de vous parler franchement. Au reste, con ne je tiens beaucoup à n'occasionner aucune méprise, aucun malentendu, je donnerais volontiers des explications. Maïs on se passera bien de mes avis ; aussi je n’ai pas la prétention d'en donner.

Je vous remercie de deux documents que vous m'avez adressés, ainsi que deux Minerve reçues ultérieurement, contenant le rapport malheureux des notables de St-Hyacinthe. Je vous aurai beaucoup d'obligation chaque fois que vous aurez la complaisance de me communiquer des papiers qui peuvent intéresser l'éducation. Je ne reçois ni Minerve, ni Aurore, ni aucun papier du Haut Canada.

MM. les Grands Vicaires Mailloux et Gauvreau vous saluent très affectueusement.

Nous sommes sur le point de commencer une maison pour avoir des Frères à Ste-Anne, non seulement pour une école de paroisse, mais encore pour l’enseignement de notre cours secondaire anglais. Ce sera l’objet d’une autre lettre.

Agréez, mon cher Monsieur, l’assurance de mon sincère

dévouement et croyez-moi votre très humble serviteur, F. PILOTE.

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