‹ M. LʹAbbé François PiloteChapitre 28 sur 70 · DE MAISTRE · texte numérisé non relu

DE MAISTRE

Les Cèdres, Dimanche, 26 juin 1887.

Salut à qui de droit. — Assistance aux offices. — Expressions vicieuses. — Ruban d’enfant de Marie. — Le tabac et ses effets funestes sur la jeunesse. — La pipe et les Dames. — Un rêve. — Dicton.

Beau soleil — grand vent — 57° Far.

Dans bien des villages, on ne salue pas assez le prêtre. Il faut donner cette habitude à la jeunesse. L'important n’est pas le salut mais ce qu'il signifie Un sage a dit avec raison que la meilleure société serait celle qui aurait la plus de respect pour le prêtre, pour le magistrat et pour la femme.

Beaucoup de fidèles à la grand’messe. Une paroïsse qui voit beaucoup de monde aux offices, le dimanche, sera toujours une bonne paroisse. M. le curé parle de la sanctification du dimanche. Malheur à celui qui n’observe pas le repos demandé par le Seigneur. Il ne faut pas avoir vêcu longtemps pour remarquer le grand nombre d'accidents souvent fatals qui arrivent surtout pendant la grand’messe et les vêpres, aux viola-

sr À cr

teurs du repos dominical. Qu'on se fasse une loi de ne jamais chasser, de ne jamais pêcher, - pendant les offices.

Mademoiselle Frédérica (1) annonce au dîner qu’elle se propose d’enrégistrer les fautes de francais que feront en conversation ses frères et sœurs. L'idée est excellente, Mile veut que l'on dise borborygme ; V'expression courante est cependant française. I] faut dire aussi :

coquille et non ‘‘écaille”

gare, station et non “ dépôt”

jouer, représenter, et non ‘ acter ” se démettre et non “ se démancher ” mécanicien et non “ingénieur ” libre à vous et non “ loisible à vous ” requéte et non réquisition.

Admis sur toute la ligne.

Les religieuses du couvent d'Hochelaga, si j'en juge par Mlle, leur élève, attirent l'attention de leurs enfants sur la propriété des termes ; on

(1) Sœur de l’auteur ; aujourd’hui Madame J.F. Guay.

Bud} |Ÿes.

ne saurait mieux faire. Il importe, avant toute érudition, de bien savoir sa langue. (2)

Maria Coutlée, petite cousine, vient faire visite après les vêpres. Excellente enfant. Il y à peu de jours encore, désireuse d'obtenir un diplôme d’institutrice, elle se rend à l’école Archambault, à Montréal, pour subir l'examen de règle. En arrivant à l’école elle s’aperçoit qu’elle a fait oubli de son ruban d’enfant de Marie. Elle retourne sur ses pas et revient avec son ruban ! Sa confiance en Marie ne fut pas dé-

cue et le résultat de son examen fut magnifique.

M. le Vicaire me parle des funestes effets du tabac sur son système nerveux. Le tabac le bouleverse ; ainsi, point de sommeil, s’il fume avant de se coucher.

Si les fumeurs s’observaient quelque peu, plu-

(2) On lira avec profit ‘ Anglicisme et Canadianismes ?’ publication récente, par M. A. Buies.

Open

sieurs ne tarderaient pas à toucher du doigt les conséquences fâcheuses qui font cortège à la

pipe et au cigare.

L'usage modéré du tabac, chez beaucoup d’adultes, peut ne pas avoir de suites funestes.

Ce qui doit attirer l'attention de tous, c’est l'usage du tabac chez les enfants.

Les Canadiens-Français marchent rapidement à la décadence physique et morale. Nos enfants de fait fument et fument avec rage.

L'enfant d'aujourd'hui sera l’homme de demain. Sila jeunesse s’use, se détériore, l’âge mûr en subira les conséquences et la société tout entière verra s’abaisser le niveau hygiénique et intellectuel. L'enfant étant en voie de formation, les organes ne peuvent avoir chez lui la consistance, la force nécessaires pour résister impunément à l’action des principes dangereux que renferme le tabac. Par suite de l’unité qui exis-

ni Pau

te dans l’homme, l'intelligence moins bien servie par les organes, s’il est permis de parler ainsi, ne produira que peu ou point.

Le Dr Richardson dit avec raison : “ Comme le corps humain conserve sa force vitale par le pouvoir qu'il a d’absorber et d'appliquer l’oxygène, le tabac, ayant pour effet d’entraver cette absorption et cette application de l'oxygène, nuit particulièrement à la jeunesse dont l’organisme est en voie de formation. ”

Pauvres enfants, vous ne savez pas tout le mal que vous faites à votre santé. Des personnes sages cependant vous engagent à ne point fumer. Vous restez sourds à cet excellent conseil. Vous verrez l’accomplissement de leurs prophéties. Fumez, jeunes gens, fumez et vous en retirerez... quoi ? vous en retirerez : perte dela mémoire, affaiblissement de la vue et de l’odorat, goût prononcé pour les liqueurs fortes, ébranlement du système nerveux, besoin de surrexcitants, affaiblissement du sang, digestion paresseuse, migraine, sommeil agité,bronchites, rhumes de cerveau, petite taille par suite de l'arrêt du dé-

veloppement physique, paralysie partielle, affaiblissement de l’organisme, diminution de la for ce vitale, empoisonnement lent, poumons noircis par la fumée, désordres dans les fonctions de l’estomac et des voies respiratoires, cancer des lèvres et... la dernière place ou à peu près en classe, avant longtemps, par suite d'incapacité pour les travaux intellectuels.

“ Les élèves fumeurs de l’Ecole polytechnique forment la classe de nos fruits secs” (c’est-à-dire ae ceux qui échouent aux examens de baccalauréat ) disait un jour un de leurs directeurs.

C’est un fait digne de remarque, consigné dans je ne sais plus quel auteur, que la plupart des hommes qui ont fourni nne grande somme de travail intellectuel de qualité supérieure s’abstenaieut de fumer.

La pipe aujourd’hui pénètre partout, fait sa marque partout.

Elle est le désespoir des ménagères qui

aiment la propreté.

Lg

Elle remplit la maison d’une fumée qui n’est guère hygiénique.

Surtout et par-dessus tout elle divise la société. On dit que les fémmes font les mœurs. Les bonnes femmes font les bonnes mœurs. Nos canadiennes, grâce à Dieu, grâce à nos religieuses et à nos institutrices, font fleurir au foyer la candeur et la foi. Eh! bien, grâce à la pipe il n’y a plus de conversation avec les femmes. Les hommes sont loin d’y gagner, tout au contraire.

Mais en voilà déjà trop sur ce sujet.

J éprouve cependant une certaine satisfaction, je me suis un peu déchargé ! Mes amis de Joliette ne m'en voudront pas trop je l'espère.

Trop heureux si je puis par ces lignes conver-

tir ou modérer du moins quelques fumeurs.

Contre mille défauts on écrit tous les jours ; On ne convertit pas toujours

Mais un seul changement est un grand service :

C’est toujours sur le mal autant de rabattu.

Tout ce que l’on dérobe au vice Tourne au profit de la vertu.

PESSELIER.

Je rêve une publication hebdomadaire pour . les familles. Les publications sont nombreuses. La table du festin est abondamment servie, mais l’utile ne s’y mêle pas assez à l’agréable et les

vases du temple y sont trop souvent profanés ! (1)

Treize métiers, quatorze misères ! disait aujourd’hui un visiteur. Ce dicton, bien médité,

peut profiter à plusieurs.

Il n’y a pas à dire : ‘“ À demain les choses sérieuses. ” Il faut s’occuper dès ce soir, pour la prochaine conférence ecclésiastique, de la question : Que faut-il penser de la liberté de la presse ? |

(1) La Lyre d'or a paru depuis. C’est une excellente publication, mais elle a le tort de n’être que mensuelle. L’abonnement est de $2.00 . paran. S'adresser à Stanislas Drapeau, Boîte 1069, Ottawa.

Saint-Timothée, lundi, 27 juin 1887.

Course à Saint-Timothée.— La vraie politesse chez MM. les curés.— Le couvent.— Un Frère comme il y en a peu.— Histoire émouvante. Richesse de la flore dans un ilot de 4 arpents seulement. — Comment on traverse de St-Timothée aux Cèdres.

J’allais me mettre au travail lorsque M. le curé me fait invitation de l’accompagner à St- Timothée. Accepté. En vacances, il ne faut pas parlementer longuement avec les occasions qui font trame d'argent à travers la chaîne plus ou moins modeste du commun de nos jours.

Il faut traverser le St-Laurent. Vingt minutes suffisent, même à l’aviron. Le bateau à vapeur nous paraît plus commode. Monsieur le vicaire fait route avec nous. Le Garnet a bientôt touché la rive droite. Nous sommes arrivés. Sept ou huit arpents nous séparent du presbytere. La voiture du Rév. M. Brissette est là. Le siège est malheureusement étroit. M. Bélair qui compte pour 200 livres dans la balance prend place sur le genou gauche de M. le vicaire et sur mon genou droit. Plus petit que M. l’abbé

et Ni ARE

Dufour, j'avais incontestablement la majeure partie du fardeau. Gare à ma jambe ! J’éprouvai dès lors quelques-unes des impressions dont Atlas portant le monde se faisait un badinage. Il en était tout autrement pour moi. Plus heureux qu'Atlas cependant, je ne devais pas en cette occurrence subir la métamorphose que l’on sait (1).

Le Rév. M. Brissette, curé de St-Timothée, reçoit fort gracieusement ses confrères et amis. . Lorsque la politesse n’est que mine et parade, elle peut être estimable mais elle est fade. Si elle est au contraire l’effloraison de la charité, elle est pleine de douceur, de suavité. La politesse dans le monde n’est trop souvent qu’un sépulcre blanchi.

‘ C’est parce que l'or est rare que l’on a inventé la dorure, qui, sans en avoir la solidité, en a tout le brillant. Ainsi, pour remplacer la bonté qui nous man-

que, nous avons imaginé la politesse, qui en a toutes les apparences. ” DE Lévis.

(1) Atlas, fils de Jupiter, avait pour mission de soutenir le ciel sur

ses épaules. Il blesse Persée par le froid accueil qu’il lui fait un jour. Persée, pour se venger, change Atlas en montagne !

pdd ARR

La politesse, fleur de la charité, a pour effet de nous mettre à l'aise.

On est à l’aise dans le presbytère de St-Timothée. On est à l’aise dans Les presbytères de nos curés, en général. Dieu en soit loué, car c’est

là l’indice d’une vertu solide et pleine de clarté.

L'église de St-Timothée, sans avoir conservé la fraîcheur de ses premières années, est encore un des jolis sanctuaires de la province de Québec. On admire avec raison la chaire et le mat-

tre-autel.

Le couvent de Saint-Timothée, sous la direction des Sœurs de Jésus-Marie, est un splendide édifice du coût de $14,000. Le site en face des rapides qui sont en cet endroit particulièrement accidentés,offre, du balcon, un spectacle grandiose. C’est là surtout qu’il faut dire avec M.

Chapman, parlant du Saint-Laurent :

‘ Salut, à fier géant, Ô fleuve romantique,

Oui, mon fleuve, ton flot est bouillant d’éloquence :”?

Log

Mais me voilà loin du couvent. Sœur Angèle de Méricis, supérieure, nous fait parcourir toute Ja maison. Il n’y a point là de gîte pour le luxe, mais l’utile y trouve toujours sa place.

Rien ne laisse à désirer.

L’académie des garçons, sous la direction des Cleres de Saint-Viateur, (1) se présente sous des dehors modestes. Entrons. |

\ Quel est ce personnage vénérable dont une barbe longue, abondante et indocile encadre la figure ? C’est le Rév. Fr. Martel, directeur de l'établissement : une des gloires de l'institut de St-Viateur, ni plus ni moins.

Après la visite de la maison il faut faire une descente au jardin. Celui qui veut apprendre ce que l’on peut faire avec de la science, du travail et de la patience, tout en ayant que peu d'espace, fera bien de visiter ce coin de terre.

. On y trouve de tout en abondance. La vigne y

croît merveilleusement, les pommiers y poussent

(1 ) Elle a subi depuis des améliorations considérables.

Page 1