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Ecrire la vie de M. Pilote, professeur, directeur, procureur, etc., du collége de Sainte-Anne, c’ést faire, en même temps, l'historique de cette belle institution durant les trente-quatre ans compris entre 1836 et 1870; car, soit qu’il fût directeur, ou procureur, ou supérieur, M. Pilote a été l'âme de tous les travaux importants qui se sont accomplis au collége durant cette période.
En 1867, trois ans avant son départ de Sainte-Anne, M. Pilote et ses collaborateurs faisaient publier le Cataloque par ordre alphabétique des élèves du collége de Sainte- Anne. Le lecteur nous saura gré-de lui donner ici la préface de ce catalogue, si bien faite, si bien dite par un écrivain tellement humble qu’il a voulu qu’on ignore son nom.
‘“ Plus que jamais il fait bon de se souvenir de ce qu’on à été dans sa jeunesse !
La jeunesse est bonne et généreuse !
Dieu veut que la nature au printemps produise des fleurs... Mais la jeunesse passe: vient l’époque des réalités, de l'ambition, des intérêts; les illusions s’envolent; plus de pures enthousiasmes, plus d’amitiés...., plus de confiance sublime.... Qui fera survivre la jeunesse du cœur à la jeunesse de l’âge ?
‘“ Souvenons-nous! Sonvenons-nons, Car Dieu a placé au début de notre vie assez de lumière, de poésie et de vérité, pour éclairer, consoler et conseiller, pendant toute sa durée, ceux qui sauront se souvenir,
“ Le collége de Ste-Anne n'existe que depuis 1829. II a été fondé par feu Messire C. F. Painchaud, curé de cette paroisse, aidé de la coopération de ses braves paroissiens et de la générosité de quelques amis dévoués. En 1842, lorsqu’on créa le cours commercial, on l’augmenta de moitié, puis enfin en 1855, on construisit l’aîle du centre qui a 100 pieds sur 57, à 4 étages. La longueur totale de l'édifice est
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de 364 pieds. Cet établissement depuis sa fondation, grâce à son double enseignement commercial et classique, a donné l'instruction à un grand nombre de jeunes gens provenant des différentes parties de la province. Son vénérable Fondateur, confiant dans la divine Providence et dans le patriotisme de ses concitoyens, avait entrepris cette œuvre religieuse et nationale avec une volonté si énergique, que les difficultés et les obstacles de tout genre ne purent faire faillir son courage un seul instant. Il voulait donner à la nom. breuse jeunesse de ce district les moyens de s’enrôler dans la milice sacrée. L'institution de Ste-Anne n’a pas failli à sa noble et religieuse mission. Depuis une douzaine d’années surtout, elle a fourni de nombreux sujets au clergé du diocèse de Québec, sans compter ceux donnés aux professions libérales.
‘€ L'idée de publier le catalogue complet des élèves qui ont fréquenté cette maison, nous a été inspirée par l’épigraphe placée en tête Gi ces pages. À toutes les heures de la vie, dit-on, on aime à évoquer les souvenirs de l’enfance, et surtout ceux d’une religieuse éducation : ils procurent à l’âme un moment de bonheur, et apportent de bonnes inspirations de calme et d'espérance. Arrivé dans les tristesses et les labeurs de l’âge mûr, on se sent porté comme par instinct au souvenir des directions et des enseignements d'autrefois, on jette en arrière, au delà de la jeunesse éteinte, un regard vers les jours purs et heureux de l'enfance. Cette douce satisfaction qu’on éprouve à faire revivre ainsi le passé, ces pages renfermant les noms des amis de l'enfance la feront renaître dans l'esprit et le cœur des anciens élèves de Ste Anne. Le collége, a-t-on dit, est une patrie. Oui, si la patrie éternelle de l’âme est au ciel, sa patrie d’ici-bas est aux lieux où elle est née à Dieu et à la vérité. On se rappellera avec une indicible joie le lieu du travail, du jeu,
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“du repos et de la prière, avec les différents épisodes qui s'y rattachent toujours nécessairement. Le départ de la maison paternelle, départ toujours accompagné de si solennelles émotions ; la vue du collége, avec ses bosquets, ses vastes jardins, sa verte colline, ses aspects enchanteurs, son large horizon, s'étendant au nord jusqu’au sommet des Laurentides, aux pieds desquels l'œil aperçoit la paroisse de la Baie St-Paul et de l'Isle-aux-Coudres, des Eboulements, de St-Irénée, de la Malbaie, et le beau fleuve St- Laurent; embrassant du côté de l’est les vastes plaines de la Rivière-Ouelle, avec son antique église, et les plaines de St Denis avec son superbe temple et sa flèche brillante, s’élevant sur le côteau qui domine le village, puis enfin le clocher de l’élégant village de Kamouraska ; son jeu de paume, ses cours de récréation où se forment des groupes joyeux ; les salles d'étude où travaillent avec une attention ardente deux cents enfants, et où l’on connaît les premiers plaisirs de l'intelligence; la classe avec ses luttes pacifiques et les traits d’un professeur vénéré dirigeant et excitant l’émulation ; le dortoir où le sommeil est si pur et si tranquille ; enfin la chapelle avec ses fêtes bénies, ses chants joyeux, ses instructions en rapport avec la vie d’écolier, tout cela repassera devant les yeux de l’âme et fera naître de douces émotions.
‘ Le souvenir des jours de deuil renaîtra aussi à la lecture .de certains noms. Quelles sont les institutions où les élèves ne voient la tombe s'ouvrir tout à coup au milieu d’eux ? Dans les rangs de cette joyeuse et turbulente jeunesse, la Mort fait parfois sa revue invisible, elle se choisit des victimes, et frappe tout à coup comme à l’improviste des têtes pleines d'espérance et d'avenir. Ces tombes prématurées qui ont donné à plusieurs les premiers enseignements de la mort, ont eu le rare privilége de n'être pas oubliées, leur