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souvenir est ineffaçable, ces jeunes gens vivent dans le cœur et l'esprit de leurs condisciples. On sentira plus vivement dans tous ces souvenirs la vérité de ces touchantes paroles :
“ Revenez parmi nous ! vous ne pouvez attendre
Dans ce monde où déjà se portent vos désirs,
Ni de bonheur plus pur, ni d’amitié plus tendre, Ni de plus innocents plaisirs. ”?
: Dans le monde, ceux qui n’ont jamais connu les charmes de la vie commune où l’on travaille, on prie, souffre et espère ensemble, sont souvent portés à plaindre la jeunesse étudiante. Ah! ceux-là sont dans l'erreur. Si l'enfant
éprouve quelque tristesse dans les moments des premières :
absences, il se fait bientôt à ce nouveau régime, et les soins bienveillants et paternels de ceux qui font son éducation ne tardent pas à faire descendre dans son cœur la joie et le bonheur. D'ailleurs cette tristesse au cœur de l'enfant se séparant pour la première fois de ceux qu’il aime le plus au monde, est toute naturelle : c’est la fleur que le jardinier transporte de sa terre natale en une terre étrangère. Comme elle, elle s’acclimate bien vite.
‘ Ces pages que nous présentons au public, et surtout aux anciens élèves de Ste Anne qu’elles intéressent plus spécialement, ne sont que des tableaux, indiquant la date d’entrée et de sortie de chaque élève, son lieu de naissance, sa profession. On ignore les occupations d'un grand nombre
depuis leur sortie de la maison. Plusieurs d’entre eux ont
aussi laissé le pays. La liste finit avec les élèves de la pré: sente année.
‘ En tête de cette brochure se trouve la liste complète du personnel de la maison, depuis sa fondation jusqu’à ce jour. Chaque année nous offrira le tableau des noms de ceux qui méritent sous tant de rapports toute notre reconnaissance.
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JT] ne faut pas oublier le dévouement de ceux qui se consacrent à l'éducation, ils vivent de la vie de leurs élèves, et subissent leur règlement à tous les moments de la journée ; ils ne s’appartiennent plus à eux-mêmes.
‘ Le collége de Ste-Anne est une institution religieuse qui, quoique bien jeune encore, à fourni au clergé un grand nombre de sujets, comme nous l'avons dit plus haut, et comme on pourra s’en convaincre en lisant ces pages. La Providence qui a veillé sur son berceau, qui l’a protégé comme son enfant, ne l’a pas abandonné. Tous les catholiques dignes de ce nom qui se sont plu et qui se plaisent encore à travailler à sa prospérité, travaillent, par là même, à faire fleurir la religion dans notre pays. C’est dans ces institutions, qui ont été le salut des Canadiens Français, que se recrutent encore les rangs de cette phalange d'hommes distingués par le savoir et les vertus religieuses et sociales, et qui ont rendu et rendent encore de si importants services à leurs concitoyens.
‘ Nos maisons d'éducation ne sont pas seulement des institutions religieuses, mais elles sont encore éminemment nationales, Quiconque voudra se dépouiller de ses préjugés antireligieux et antinationaux, le reconnaîtra facilement en faisant la comparaison entre les Canadiens et les Acadiens. Sans elles notre sort eût été indubitablement lé leur. A ce point de vue, nous leur devons aussi respect et reconnaissance. Pour nous, élèves de Ste-Anne, qui savons apprécier les bienfaits de l'éducation que nous avons reçue, conservons à notre collége un précieux souvenir, et que la reconnaissance gravée en caractères ineffaçables au fond de nos <œurs s’augmente progressivement en face de l’ingratitude de ceux que le vice dégrade, et n'oublions pas que plus que jamais à fait bon se souvenir de ce qu'on a été dans sa jeunesse, ? |
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Nous avons vu que M. Pilote devint le directeur du collége le 12 février 1838.
Durant l'année scolaire de 1838-39, il fut directeur et procureur, et il occupa cette charge jusqu’à 1842-43 inclusivement.
Ce fut le 13 d'août de 1840 que l’on fit l'inauguration d’un marbre sur la façade du collége, à la mémoire du fon-
dateur, M. C..F. Painchaud.
Le 8 de juin, 1841, eut lieu la bénédiction de la première pierre de l'aile destinée au cours commercial, par M. C. Bégin, curé de la Rivière-Ouelle. Ce fut Messire F.-X. Delâge, alors curé de l’Islet, qui fit le discours de circonstance,
L'année suivante, le 11 d'août, on fit la bénédiction de cet édifice (le cours commercial). Cette belle cérémonie fut présidée par Messire F. Boissonnault, curé de Saint-Jean- Port-Joli, le jour même de la distribution des prix.
L'édifice consacré au cours commercial augmentait, par ses proportions, le vieux collége d’un annexe qui lui était d'égale grandeur.
En 1843-44, M. l'abbé E. Montminy devint procureur du collége et M. Pilote conserva la position de directeur. Dès l’année suivante, cependant, on ajoutait de nouveau à son titre de directeur celui de procureur. Il conserva ces deux positions jusqu’à l’année 1846-47 inclusivement.
Remarquons ici que la démolition de la vieille église paroissiale de Sainte-Anne, située à quelques pas seulement du collége, se fit le 28 d'avril 1845. Nous nous rappe lons, comme si c'était hier, la manière dont on fit dégringoler de son piédestal le vieux clocher qui accusait une autre époque. Nous, comme tous nos camarades de cette année, nous avions la main au câble qui devait abattre cette relique, et nous faisions sans remords ce travail de
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démolisseur, sans respect même pour les souvenirs attachés à ce clcher d'où s'étaient échappées tant de notes gaies ou fanèbres, soit qu’il annonçât l’arrivée ou le départ d’un enfant de la paroisse, Nous ne pensions point à autre chose qu'au plaisir de voir faire la culbute à cette partie élevée du vieux temple.
Ne Jen RES edge ‘ Que de défauts elle a Cette jeunesse! On l'aime avec ces défauts-là. ”
Le 19 juin de la même année eut lieu la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église par M. C. Bégin, archiprêtre, curé de la Rivière-Ouelle. Le sermon fut donné par Messire E. Quertier, curé de Saint Denis, le Bridaine du Canada. Comme nous admirions l’éloquence mâle, hardie, électrisante de ce vénérable prêtre !
Le 27 d'octobre de 1846, Mgr A.-M. Blanchet, évêque de Walla-Walla, consacrait la nouvelle église de Sainte- Anne.
En 1847-48, Messire J.-C. Cloutier, aujourd’hui curé de Cacouna, notre bien-aimé professeur, fut nommé directeur du collége, et M. Pilote retint la charge de procureur qu’il occupa jusqu'à 1849 50 inclusivement.
L'année suivante, il fut chargé de plus de l’enseignement de la théologie ; et, en 1851-52, il devint directeur des ecclésiastiques, tout en conservant les deux charges onéreuses qu'il avait déjà.
M. le grand vicaire ©. Gauvreau, mort le 9 juin de 1862, et supérieur depuis 1847-48, fut obligé, pour rétablir sa santé, en 1852-53, de prendre un an de congé. Ce fut encore M. Pilote qui fut chargé de le remplacer avec le titre de vice-supérieur. Il était done à la fois chargé des devoirs du supérieur, de la direction des ecclésiastiques et de l’en-.
seignement de la théologie. Pendant cette même année, on
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ajouta à toutes ces obligations, à ce travail déjà trop lourd, la charge de procureur.
L'année scolaire 1853-54 le vit supérieur, et, le 7 d’avril, 1854, M. Tremblay, plus tard curé de Beauport, étant. devenu incapable de remplir les devoirs de sa charge de directeur, ce fardeau fut imposé à M. Pilote.
L'année suivante, on nomma un successeur à M, Tremblay, et M. Pilote fut le supérieur du collége jusqu’à 1856-
Le 14 juin de 1855, Mgr de Tloa bénit la première pierre de l’aile centrale du collége.
En 1857-58, M. Pilote dut ajouter à son travail de supérieur celui de procureur du collége, M. le grand-vicaire Gauvreau s'étant chargé de la direction des ecclésiastiques depuis la fin de 1855 seulement. On avait adjoint à M. Pilote, au travail de la procure, M. Ths Bégin, un laïque. D’après cet arrangement, M. Pilote put remplir les devoirs de ses deux positions jusqu’à 1859-60 inclusivement.
Ce prêtre, taillé pour les grandes entreprises.et ami dévoué de la classe agricole, avait conçu le projet de doter le colléce de Sainte-Anne d’une école et d’une ferme-modèle d'agriculture. C'était une entreprise digne de lui, et qui ne fut pas vue d’un bon œil par tous ses collaborateurs du collége. Ceci ne lempêcha point de poursuivre son but, Loin de là, les obstacles ne semblaient que redoubler son ardeur à mener à bonne fin le plan qu'il avait conçu et mûri.
Le 10 de février de 1859, il part pour l'Europe. Son but était de visiter les établissements agricoles de la France, de J’Angleterre et de l'Irlande, et d’y étudier les meilleurs systèmes.
Il était de retour au pays en septembre de la même année, après une absence de près de huit mois.
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Le 10 d'octobre suivant, Mgr de Tloa bénissait l’école d'agriculture, à la suite d’une messe solennelle chantée à l’église paroissiale. Ce fut M. Quertier qui prononça, dans cette occasion, un de ses sermons les plus éloquents. Après la messe, M. Chapais, alors député de Kamouraska, donna un discours remarquable. Il s’appliqua surtout à faire ressortir la grandeur et l'utilité de l’agriculture, aussi bien que les avantages de l'établissement que venait de fonder
M. Pilote.
En 1859-60, M. Pilote reprit les devoirs de supérieur et de procureur, et, les deux années suivantes : 1860-61 “ 1861-62, il fut encore le supérieur du collége.
Le 3 d'avril 1862, le septième numéro de la Gazette de Campagnes ares à l’école d'agriculture, par M. Firmin-H. Proulx. La lettre suivante donne l’historique complet de cette publication si utile.
‘Je me fais un plaisir de vous communiquer les renseignements suivants concernant la Gazette des Campagnes.
‘ M. Emile Dumais a publié les six premiers numéros de la Gazette des Campagnes. La .date de publication du premier numéro a été le ler novembre 1861, et le 20 janvier 1862, il publiait le 6me et dernier numéro. Il fut obligé de suspendre la publication, faute de moyens.
‘# Le Rév. M. F. Pilote, qui tenait à relever ce journal, qu'il croyait utile à son école d'agriculture, fit des démarches dans ce sens, et il s’adressa à M. Léger Brousseau pour qu'il lui désignêt un imprimeur. pouvant se charger de la | publication de ce journal. M. Brousseau me recommanda à M. Pilote.
# La tâche, pour moi, était bien difficile, car je n'avais pas le sou pour l’achat d’un matériel d'imprimerie. Je vivais de mon salaire, au jour le jour. De plus, en relevant ce journal, je devais le distribuer, à mes propres frais, à ceux
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qui avaient payé d'avance à M. Dumais leur abonnement pour toute l’année : à peu près 500 abonnés.
€ Comme point de départ, M. Pilote avait réussi à me faire obtenir $250 du conseil d'agriculture. Avec cette faible somme, je consentis à publier la Gazette des Campagnes à mes risques et propre responsabilité, ayant l’assurance de M. Brousseau qu'il me reprendrait à son service comme typographe, si je ne réussissais pas dans cette hasar-
deuse entreprise.
‘ Un M. Charpentier, de Montréal, avait, de confiance, consenti à me vendre un matériel d'imprimerie de la valeur de $800, à quatre ans de crédit, payable à tant par année, un premier paiement de $200 ayant été fait sur les $250 re. ques de M. Pilote. Le Rév. M. Nazaire Leclerc fut choisi comme rédacteur de la partie agricole ; le Rév. M. Thomas Pelletier, pour la Revue de la semaine; M. Pilote et quelques autres prêtres du collége, comme collaborateurs.
I] en fut ainsi jusqu’au 31 mars 1868, alors que M. J.-D. Schmouth fut chargé de remplacer le Rév. M. Nazaire Leclerc, pour la partie agricole, jusqu'au 20 mars 1874. Depuis cette date jusqu'aujourd’hui (1), j'ai été le seul rédacteur de la Gazette des Campagnes. Quoique simple typographe, n'ayant que juste ce qu'il faut pour exercer ce métier, j'ai eu la témérité d'entreprendre la tâche difficile de rédacteur d’un journal d'agriculture.
J'ai souvent dit, dans la Gazette des Campagnes, que le Révd M. Pilote devait être considéré comme le fondateur de ce journal, et voici pourquoi : Sans l'appui moral et matériel donné à la Gazette par cet homme d'initiative et de progrès, ce journal n'aurait pas existé au delà des six numéros publiés par M. Dumais, qui, lui, ne saurait en être
(1) M Proulx m’écrivait cette lettre le 16 de février 1835.
considéré comme le fondateur, quand, après six numéros, il a dépensé ce qui aurait suffi à l'existence de ce journal pendant un an au moins.
‘ J'ai suspendu la publication de la Gazette des Campagnes à deux reprises différentes; et, à chaque fois, M. Pilote m'a fait obtenir du conseil d'agriculture un appui qui me permettait de reprendre la publication interrompue. La première fois, je reçus $400; puis, pendant deux ans, le conseil se chargea des frais de poste : tout cela grâce à l’intervention de M. Pilote.
‘ Si je reçois une allocation du gouvernement, malheureusement réduite de $500, cette année, je dois aussi en remercier M. Pilote, qui s’est servi de son influence auprès du gouvernement et des députés de l’assemblée législative de Québec, pour me la faire obtenir. C’en est assez pour que le titre de fondateur de la Gazette des Campagnes soit donné à ce prêtre dévoué, comme il a déjà celui de fondateur de l’école d'agriculture de Sainte-Anne,
‘ Votre ami dévoué, FirmiN-H. Prourx. ”
P. S—J’ai été un instrument entre les mains de M. Pilote, qui m'a inculqué le dévoñment à la cause agricole, et cela à l'excès ; je dis : à l’excès, car, d'ordinaire, n'est-on pas payé d'ingratitude par ceux qui ont reçu la mission spéciale de nous aider ? On était loin de m'encourager quand, d’un seul coup, on m'a fait une saignée de
8500. J'ai cependant perdu bien des cinq cents piastresà
la publication de la Gazette des Campagnes ! N'importe; marchons, et en avant toujours | ”