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ne voulut point se prévaloir de sa longue carrière passée au service de l'institution d’où on voulait l’éliminer; il ne voulut s’en faire ni un titre, ni un droit, ni un drapeau. Humble et modeste toute sa vie, ennemi des menées sourdes et des réclamations, il justifia, dans cette occasion, cette parole de l’Ecriture : Adolescens juxta viam suam, etiam cùm senuerit, non recedet ab eû. La pensée de Dieu qui l'avait toujours soutenu, le grandit assez, dans cette cir- <onstance pénible, pour qu'il pût endurer sans murmure, l'injustice que l’on commettait à son égard. Sans rien dire, il dévora en silence les larmes que provoquait l’ingratitude de quelques anciens élèves. Il ne voulut même pas faire connaître le départ auquel on le forçait, afin de ne pas donner occasion à des démonstrations hostiles à la coterie.
M. Pilote avait alors près de 60 ans Il en avait passé 34 au service du collége. Il aurait dû trouver, dans cette institution dont il était le deuxième fondateur, un refuge assuré à ses vieux jours: il y trouva l'ingratitude et la calomnie de ses intentions.
Après plus d’un tiers de siècle consacré à l’œuvre de M. Painchaud ; après avoir usé au profit de cette œuvre une santé robuste par un travail incessant et onéreux ; à l'âge où l’on a besoin de se reposer avant d'entrer dans le repos de la tombe, M. Pilote quittait le collége de Sainte- Anne n'ayant pour tout avoir que son linge de corps. Tout le chiffre de ses minces appointements avait passé pour se vêtir et le reste pour les améliorations faites au collége, de sorte qu’au bout de 34 ans de services et déjà sexagénaire, il n’emportait pas avec lui, une somme suffisante à son entretien l’espace de quelques mois. Il avait reçu en échange de sa longue vie de sacrifices et de travail ce que reçoivent assez souvent les hommes qui se sont dévoués à des œuvres utiles : l’ingratitude et la pauvreté.
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À côté de ces souvenirs si pénibles, mettons un autre souvenir faisant voir que le sentiment de la reconnaissance n'est pas un sentiment nul dans tous les cœurs. À côté de: la honte de la conspiration ourdie dans l’ombre et qui devait provoquer le départ de M. Pilote du collége, plaçons un de ces traits d'amitié qui empêchent de désespérer tout: à fait de la pauvre espèce humaine.
‘ L'amitié, charme de la vie, Peut seule du malheur alléger le fardeau. ”
M. Pilote eut la consolation de trouver ce charme de la vie à l'époque où nous sommes, en 1870. Sur le nombre d'élèves qu'il avait formés, UN, wn seul eut le courage de. protester, par sa conduite, contre l’injustice commise à l’égard de son bienfaiteur. Cet homme généreux, qui vit encore auprès de M. Pilote, qui n’a point voulu se séparer de lui, se nomme : MESSIRE AMABLE BLANOCHET.
Les membres du nouveau régime, sentant l'importance: qu'il y avait pour eux de s'attacher M. Blanchet, lui avaient fait des offres les plus séduisantes. Celui ci n'avait. ni accepté, ni refusé; mais, au jour du départ de M. Pilote, on vit M. Blanchet s'attacher aux pas de son bienfaiteur, méprisant les offres qui lui avaient été faites et voulant suivre dans la mauvaise fortune, comme il l’avait suivi aux jours heureux du calme et de la paix, l’ancien supérieur: du collége. Grande fut la surprise des nouveaux dictateurs, dont pas un ne sut apprécier cet acte d'abnégation dicté par la reconnaissance. Grand aussi fut le désappointement de. ces messieurs qui avaient besoin, moralement et matériellement, de M. Blanchet, et dont le départ inattendu jetait de: l'eau froide sur leurs projets ambitieux.
La Providence avait ménagé cette consolation à M. Pilote dans les chagrins que lui causait la conduite tenue à:
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son égard ; car, si la reconnaissance est douce pour celui qui la ressent, mille fois plus douce est-elle pour celui qui en est l’objet.
Dans les circonstances pénibles où se trouvaient MM. Pilote et Blanchet, il ne leur restait d'autre alternative que de devenir curés, quoiqu’ils n’en eussent jamais exercé les fonctions. C'est ce que sentit Mor Baïllargeon, qui avait vu avec regret le départ de MM. Pilote et Blanchet du collége de Sainte-Anne. Ce saint évêque, dont le cœur était fait pour comprendre et apprécier tous les beaux sentiments, avait été touché de l’amitié qui unissait l'élève au bienfaiteur ; il ne voulut point les séparer; et, pour dédommager M. Pilote de l’injustice dont il était la victime, il lui donna la cure d’une des plus belles paroisses du pays : Saint-Augustin de Portneuf.
Voulant aussi récompenser l'acte d’abnégation de M. Blanchet, en refusant la position qu’on lui avait offerte au collége, Mgr Baïllargeon le nomma curé assistant de la même paroisse, :
Ils arrivaient à Saint-Augustin le même jour: le 19 septembre 1870. C’est là qu’ils attendront, placés près l’un de l’autre dans la mort, comme ils l’ont été dans la vie, le grand jour de la rétribution universelle.
Nous n’entrerons pas dans les détails des travaux accomplis par M. Pilote, sur le nouveau théâtre que lui avait assigné son évêque bien aimé: cela nous mènerait au delà du. cadre que nous voulons donner à cette esquisse. On pourra, . cependant, avoir tous ces détails en lisant l'Histoire de la paroisse de Saint-Augustin, que nous avons écrite et qui est à la veille d’être imprimée.