‹ M. Laroche, prêtre de Saint-SulpiceChapitre 3 sur 7 · M. L\ HOCHE · texte numérisé non relu

M. L\ HOCHE

lière, plus imagée, plus poétique, et peut-être, k cause de cela, plus appropriée à un auditoire de jeunes gens. On attendait avec impatience, dans les retraites d'ordinands, son explication du Pontifical. L'excellence des Saints Ordres, la perfection requise chez les prêtres, la dignité de vie qu'ils doivent montrer au peuple chrétien, l'amour de la science et du travail, étaient les points où il appuyait avec plus de complaisance. On retrouvait, dans toutes ses allocutions, la hauteur de vues de la grande école mystique des Réformateurs du clergé français au xvii* siècle, des Vincent-de-Paul, des Eudes, des Olier, des Bourdoisf% des Condren, des Bérulle... Les détails de mœurs, où il excellait, révélaient le fin moraliste. La forme avait une propriété et une distuiction sans pédantisme ni recherche, et d'autant plus remarquable que, si tout avait été longuement médité, rien n*é(ait écrit.

Cette paresse à tenir la plume, dès qu'il s'agissait de rédiger une note ou un sermon, faisait qu'il était inégal, comme tous les improvisateurs, parce qu'il dépendait trop de la disposition du moment, de la température, qui avait sur son corps uneintluence considérable, ou d'autres conditions. Je ne crois pas qu'il ait écrit plus

de deux ou trois sermons dans toute sa vie. J'ai devant moi, au moment où je trace ces lignes, quelques sujets d'oraison, sur la simplicité, sur la T. S. Vierge, sur S. Joseph, d' autres i^ourldL Dédicace, i^ouvXe Jeudi-Saint ySur S. Jean{i),

(1) De la méditation sur saint Jean — ébauchée seulement — j'extrais

ces quelques lignes : « L'amitié rend toutes choses communes entre

ceux qui s'aiment; et, si la nature ou la grâce a mis entre eux quelques différences, elle a, pour les rapprocher, des secrets merveilleux. En faudrait-il d'autre preuve que le spectacle du repos de saint Jean sur la poitrine du divin Maître? C'est alors, surtout, que s'est consommée l'union des deux âmes ; c'est alors que Jésus s'est donné tout entier à son ami ; c'est alors qu'il l'a fait entrer en ses pensées, en son affection, dans sa vie. Unité de pensées, d'affection et de vie, voilà ce qui a fait l'amitié de Jésus et de saint Jean.

« Unité de pensées. — Nous avons tous notre pensée cachée au plus intime de notre âme comme au fond d'un sanctuaire. Notre pensée, c'est notre secret; et ce secret, nous voulons qu'il ne soit connu de personne : Secreium meum mihi. Si nous avons trouvé quelqu'un que nous ayons jugé digne d'être le confident de notre pensée, en la lui donnant, il nous semble que nous lui avons donné notre vie. Souvent même, on aura gagné notre affection avant d'avoir pu pénétrer le mystère qui est en nous tant nous sommes réservés et délicats à l'endroit de notre pensée.

« Dieu a ses pensées, qui ne sont pas les nôtres : il a son secret et son

mystère : Arcana verba Mysterium absconditum. Et son secret, c'est

à son Fils, qui est dans son sein, qu'il le révèle d'abord. Notre-Seigneur nous dit partout qu'il a été instruit par son Père; et saint Jean nous a dit cette belle parole : Unigenitus qui est in sinu Patins ipse enarravit. Ainsi le Fils est instruit sur le sein du Père, et saint Jean sur le sein du Fils. Le Père a tout dit à son Fils, et Jésus a tout dit à son ami.

« Où donc saint Jean aurait-il appris les grands mystères qu'il nous a révélés? Et quelle merveillo n'est-ce point de voir ce pauvre pêcheur de

Il m'a montré, voilà une vingtaine d'années, deux sermons, Tun sur le péc/u', l'autre sur Imfer, entièrement composés, l'un à Issy en 1857, l'autre à Angers en 18G1 ; le premier était très émouvant... J'ai souvenance que M. Ruchaud lui promit un jour, en riant, trois louis s'il réussissait à composer pendant ses vacances trois sermons pour la retraite du commencement de Tannée ; il en composa un, dit-on, et ce fut tout... La chronique, ou la légende, qui ne prête qu'aux riches, rapporte aussi qu'un de ses sermons, copié ou sténographié à son insu, à Paris, avait été publié dans un recueil, comme la Tribune sacrée, mais sans nom d'auteur. Il arriva qu'un séminariste d'Angers, qui avait à faire un travail sur le même sujet, le découvrit eu cherchant des lumières, l'emprunta et le prêcha tel quel devant les maîtres et les élèves, au réfectoire. Après le repas, les Directeurs se réunirent pour la « critique ». Chacun donna son avis, louange et blâme. M. Laroche ne disait rien; ses yeux, sous les épais sourcils, avaient des lueurs ironiques. Interpellé par M. lloubart, il répondit humblement : « Je crois que le sermon a été fait jadis

la Galilée s'élever si haut dans la contemplation de la Divinité ! In principio erat Verbum »

par votre serviteur, et que vous venez de juger mon œuvre ! » On se récria. Mais il fallut se rendre à l'affirmation du confrère. Et le séminariste emprunteur fut sévèrement admonesté (1).

Tous ces détails ne sont pas un hommage à la mémoire de M. Laroche ; mais, placée à côté de la lumière, la tache d'ombre la fait ressortir. Tel qu'il était, avec ses qualités et ses lacunes, M. Laroche produisait sur nous, à bon droit, une grande impression. Un blâme, venant de lui, était vivement ressenti; un éloge était un vigoureux stimulant. A la fin de Tannée, le professeur donnait des conseils pour les vacances, et saluait le cours qui allait partir pour le ministère ou pour l'enseignement. Cette dernière classe était comme une revue suprême, où le travail, les succès, la bonne tenue, la piété des partants étaient mis discrètement à l'ordre du jour. Assurément nul de nous n'avait travaillé pour cette ultime classe, ni pour être loué du maître. Il était doux, cependant, de lui entendre dire qu'il était content de ses élèves. C'était une consolation, au moment de

(1) Le sermon se trouve, en effet, dans la Tribune sacrée. Le sténographe a signé : La Roche. Le sermon a pour titre et pour sujet : Marie^ mère des hommes...

Tadieu, qui était plus pénible au maître qu'aux auditeurs. C'était, à la veille du combat, une espérance pour « les soldats de la classe ». Tel et tel cours, qui avaient obtenu constamment pendant les trois années une plus belle (( moyenne », en gardaient comme une auréole. Et, au souvenir de ces fastes de notre jeunesse cléricale, on se prend à répéter, non sans un soupir : « Heureux élèves ! Heureux maître ! »

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