‹ M. Littré et le positivismeChapitre 18 sur 55 · Revue de philosophie positive^ septembre-octobre · texte numérisé non relu

Revue de philosophie positive^ septembre-octobre

donne abondamment ses raisons. Le régime de la liberté est, à son avis, non seulement plus efficace que l'autre, mais le seul efficace, avec de la constance, de la modération et de l'habileté. On parle de représailles légitimes. Eli quoi ! nous dit-on, faut-il donc accorder la tolérance à qui ne tolère pas? Faut-il accorder la liberté à qui la refuse à autrui? M. Littré n'hésite pas à dire : Oui. Depuis longtemps les laïques, les sectateurs des idées et des inslilutions modernes prétendent remporter en moralité, c'est-à-dire apparemment en justice et en équité, sur les fauteurs des doctrines théologiques; le principal témoignage de. cette supériorité, la plus précieuse de toutes, est justement la tolérance qu'ils pratiquent à l'égard de leurs adversaires et qui est le nouveau labarum, portant comme l'ancien : In hoc signo vinces, — (( Mais fau(-il donc permettre aux jésuites de former, au scinde la nation, une nation ennemie toujours dispesée à ruiner de façon ou d'autre tout l'établissement laïque? — Cette nation ennemie, qui existe, continuera d'exister, n'en doutez pas, soit qu'on inlerdise ou non l'enseignement aux jésuites. Les convictions religieuses

qui rentretieniient défient les mesures temporelles. Ce sont des convictions contraires qu'il con- Yient de lui opposer, et ces convictions contraires ne manquent pas, car elles ont fait la France ce qu'elle est. Sachons donc en prendre noire parti et nous résigner à ce danger bien connu, ni surfait ni atténué. Rien d'ailleurs n'est plus salutaire, quand on sait s'élever au-dessus des infatuations, qu'une menace toujours présente et le frein auquel nous soumet la vigilance redoutable d'un ennemi acharné ^ »

Telle est en substance cette lameuse déclaration de principes qui fut comme son discours suprême au Sénat, discours que sa timidité l'aurait en tout cas empêché de prononcer, même s'il en eût eu la force, mais qu'il adressa du fond de son cabinet de travail à ses amis et à ses ennemis et qui eut un retentissement profond dans les esprits. On eut tort, selon lui, d'y voir autre chose qu'une protestation au nom de la justice, égale pour tous. Sur ce seul point il se sépara de ses amis politiques. Sur le fond des

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